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Althéa et l’Amicale du Nid : deux associations aux côtés des personnes prostituées

A Grenoble, deux associations proposent un accompagnement global aux personnes en situation de prostitution : Althéa 38 et l’Amicale du nid 38. Accueil, écoute, prévention, construction d’un parcours de sortie… Ces missions s’accompagnent d’un travail de sensibilisation en direction des professionnels et du grand public pour déconstruire les clichés et défendre la dignité de ces personnes. Rencontre.

Qu’il s’agisse de l’Amicale du Nid (312 personnes contactées et 106 accompagnées en 2016) ou d’Althéa 38 (246 personnes contactées et 95 accompagnées) par le biais de son service l’Appart (voir encadré ci-contre), la première mission est l’accueil de personnes en situation ou en risque de prostitution, qui sont le plus souvent orientées par différents partenaires : travailleurs sociaux, foyers d’hébergement, médecins…

Les associations vont aussi régulièrement à la rencontre de ces personnes par le biais de maraudes. Agnès Bonneau, responsable du service Isère de l’Amicale du nid précise :

« Le but est de les informer tant sur le plan des risques sanitaires que sur leurs droits car ces femmes sont souvent d’origine étrangère et ignorent tout du cadre légal« .

 

 

Un accompagnement individualisé

Au-delà de l’information, les deux associations proposent « un accompagnement global qui se construit vraiment en fonction des attentes et se doit d’être très individualisé car chaque parcours de vie est différent » souligne Catherine Deschamps, assistante sociale à Althéa.

Logement, santé, ressources, droit de séjour pour les étrangers…

Qu’il s’agisse de répondre aux besoins fondamentaux ou de construire une vraie alternative à la prostitution, « nous nous efforçons de trouver des leviers pour qu’elles puissent s’extraire de situations complexes » précise Agnès Bonneau. Une démarche qui se construit dans la durée, en s’appuyant sur une relation de confiance qui se tisse peu à peu puisque chaque personne est accompagnée par un référent, et s’inscrit toujours dans une perspective de libre adhésion et de bienveillance.

Un nouveau dispositif de soutien

Depuis avril 2017, grâce à la mise en place des Commissions départementales pour lutter contre la prostitution (voir encadré) Althéa 38 et l’Amicale du Nid ont en charge de porter devant celle-ci des dossiers pour « le parcours de sortie de la prostitution ».

Alexis Vaussenat, directeur d’Althéa 38, note que « ce dispositif montre qu’il y a une volonté de faire avancer les choses légalement et pourra offrir une alternative à des personnes en situation de grande détresse ».

Néanmoins, comme le précise Agnès Bonneau : « il nécessite d’avoir un titre de séjour et ne concernera qu’une minorité de femmes, la plupart étant en situation illégale. »

Autre écueil auquel se heurtent les associations : la prostitution dite « invisible » se développant dans les bars à hôtesses ou sur les réseaux sociaux.

Catherine Deschamps explique :

« On est confronté à un public vers lequel il est difficile d’aller. Nous essayons de développer des actions de phoning pour toucher les femmes qui se prostituent sur Internet, mais vu l’ampleur du phénomène, c’est une goutte d’eau dans la mer ! »

Sensibilisation et prévention

Le second volet de l’action des associations est un travail de sensibilisation qui peut toucher différents publics. Les partenaires sanitaires et sociaux d’abord (Mission locale, centre d’hébergement…), mais aussi le milieu scolaire où Althéa, par le biais d’outils pédagogique adaptés, aborde la question des facteurs de risques avec des collégiens et des lycéens.

La participation des deux associations aux rencontres avec les habitants qui ont abouti en octobre 2016 à la campagne de sensibilisation dénonçant la responsabilité du client en est une autre illustration, de même que leur forte implication dans la Quinzaine de sensibilisation à la prostitution en septembre 2017.

 

Présentes à la représentation du spectacle « Drive In », qui dénonçait la marchandisation du corps des femmes, les associations ont animé ensuite un temps de débat qui a permis aux spectateurs d’exprimer leurs interrogations et leur ressenti.

De plus, c’est l’association Althéa qui est à l’origine, avec l’association Et Pourquoi pas ? (voir encadré ci-contre) de l’exposition « Prostitutions à quel prix ? » présenté à l’Hôtel de Ville. Pendant 18 mois, les membres de Et Pourquoi pas ? ont travaillé à l’Appart, participant régulièrement à ses temps collectifs et proposant des ateliers d’expression (dessin et photo) accompagnés de témoignages sur le parcours de vies des personnes en situation de prostitution.

Cette collecte d’images et de paroles s’est concrétisée par l’exposition et s’est pérennisée par la publication d’un ouvrage (disponible auprès d’Althéa 38 – 20 €).

informationRenseignements divers
Amicale du Nid 38 - 15, place Gustave Rivet (1er étage)
Accès code 1789A
téléphone 04 76 43 01 66
courriel amicaledunidisere@wanadoo.fr
Althéa 38 - L'Appart
8, rue du Vieux Temple (2e étage)
téléphone 04 76 43 14 06

Les commissions départementales pour lutter contre le système prostitutionnel

Créées par la loi du 13 avril 2016, les commissions départementales de lutte contre la prostitution ont pour mission de mettre en place une politique coordonnée d’actions en matière de prévention et de lutte contre la prostitution et d’accompagnement des victimes.

Placée sous l’autorité du préfet, la Commission est composée d’un magistrat, d’un représentant de l’Ordre départemental des médecins, de représentants des services de l’État, d’un représentant du Département et d’un représentant des deux associations agréées (Amicale du nid 38 et Althéa 38-l’Appart).

La Commission a aussi pour rôle de statuer sur les dossiers présentés par les associations pour le parcours de sortie de la prostitution. Celui-ci permet aux personnes s’engageant dans le parcours de sortie de la prostitution et ne pouvant bénéficier d’aucun autre revenu minimum social de bénéficier de l’AFIS (Aide Financière à l’Insertion Sociale et professionnelle), instaurée en avril 2017, d’un montant mensuel de 330 €.

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