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Carnets de transition

Quelques semaines après la Biennale des Villes en transition, qui s’est déroulée à Grenoble du 9 au 12 mars, trois observateurs attentifs de l’événement, Luc Gwiadzinzki, Olivier Frérot et Monica Fossati, décryptent et analysent le phénomène de transition et dressent un bilan de cette première édition.

Luc Gwiadzinzki
Géographe, enseignant-chercheur en aménagement et urbanisme à l’IGA.

« Si la Biennale avait également vocation à être une vitrine de la transition à l’échelle locale, on peut considérer que la ville et la métropole sont déjà entrées dans la transition sur certains sujets : mobilité durable, habitat durable, démocratie locale, économie sociale et solidaire (…).

Même s’il paraît délicat de classer les thématiques en fonction de ce critère et à partir d’une connaissance partielle des acteurs et des dynamiques, on peut considérer que d’autres questions n’ont pas le même degré de maturité : espace public, éducation, temps et rythmes, économie, art, esthétique, paysage, culture, numérique, vieillissement, jeunesse, extrême pauvreté, migrants, santé et imaginaire. Ce dernier point est central.

Sur les thématiques, elle doit s’inscrire sur des sujets porteurs de sens pour la Ville de demain, la transition et sur les activités qui mobilisent un large public : la gastronomie et tout ce qui est comestible ; le végétal ; l’art, le design et la beauté ; la mobilité ; la santé ; l’école et la pédagogie ; le commerce de produits locaux ; le bien vieillir ; le temps ; l’entreprenariat sous toutes ses formes ; le bricolage et le faire. »

 

 

Monica Fossati
Éco consultante, experte en développement durable.

« Ici une visite à vélo de bâtiments en construction bois, là un comptoir d’échanges de graines entre jardiniers, entre les deux, une table ronde avec des intervenants internationaux et des étudiants, ou encore les coulisses d’infrastructures locales, les nombreux meetings informels où chacun prend la parole… la Biennale a fait ressurgir toutes ces multiples initiatives associatives, académiques et RSE qui, à travers l’élan de l’économie circulaire et de l’éco-citoyenneté, matérialisent la transition.

Le territoire est en cela un vivier riche et expressif, et surtout bigarré.
Avec cet état d’esprit commun animant les acteurs locaux, qu’ils soient élus, étudiants, dirigeants ou habitants, on peut se demander ce qui freine sa généralisation. La transition, comme son nom l’exprime, est le passage d’un état à un autre, une étape. Elle n’est donc pas une finalité, mais un moyen. Comment l’exprimer de sorte à être comprise par tous et accessible à chacun-e ?

Là est la clef de voûte pour raccrocher la vision théorique et philosophique portée sur notre monde actuel pour « transitionner » vers un système social, économique et environnemental plus viable face aux enjeux planétaires. La Biennale est une opportunité pour désacraliser et concrétiser les réponses à ces enjeux, en renforçant la dynamique et les acteurs locaux, en les unissant, tout simplement.

Car la transition est déjà en route sur le territoire Grenoblois, elle est enracinée depuis longtemps : c’est le bon sens, une échelle de valeurs humaines et environnementales axées sur la vie. Le « buen vivir » à la Grenobloise ne demande qu’à s’étendre et à s’épanouir ! »

 

Olivier Frérot
Ingénieur des Ponts et Chaussées, fondateur de Philométis pour une réflexion sur la métamorphose de notre société.

« L’expression “villes en transition” est aujourd’hui largement utilisée. Convient-elle cependant si, comme le dit Nicolas Hulot, nous passons d’un monde qui meurt à un nouveau monde qui naît ? S’il y a de la continuité dans ce passage, il y a probablement davantage de discontinuité. Et c’est ce qui pose bien des difficultés à la pensée, qui habituellement pense ce qu’elle connaît déjà.

Il y a du radicalement neuf dans ce qui est en train d’émerger, que nous n’avons jamais vu et donc jamais pensé. Il est bien compréhensible que les humains que nous sommes préfèrent ne pas lâcher complètement ce qu’ils connaissent. Nous sommes d’accord pour évoluer, pour changer, pour nous transformer, mais pas trop vite, pas trop fort, pas en perdant trop de nos appuis.

D’où le vocable de “transition” que nous utilisons pour dire un changement à la longue important, mais cependant progressif. Or, il est possible, voire probable, que des ruptures nettes nous arrivent, si ce n’est pas déjà le cas. Ne faudrait-il pas utiliser plutôt le terme de “métamorphose” ?

Derrière cette discussion se pose la question de comment nous pouvons collectivement passer de l’angoisse à la confiance : est-ce en trouvant les mots les plus justes ou en se rassurant avec du connu ? »