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Eric Piolle

« Depuis toujours, à Grenoble, les transitions, c’est ce que l’on réussit de mieux ! »

Alors que Grenoble se prépare à accueillir la Biennale des Villes en transition, Gre.mag a rencontré Éric Piolle, maire de la ville, pour échanger sur les transformations en cours à Grenoble.

Du 9 au 12 mars, Grenoble consacre sa Biennale aux Villes en transition. De quoi s’agit-il ?

Les territoires sont au cœur des défis à venir, comme l’a confirmé la COP 21 fin 2015. Écomobilité, nouvelles solidarités, prospérité et emplois durables, végétalisation et embellissement de la ville, reconquête des biens communs (air, énergie, environnement, etc.) : à Grenoble, comme ailleurs, ces défis en appellent à la créativité de tous.

Chacun de son côté innove déjà, anticipe, crée, transforme, recycle ! Partout, ça bouge ! En mettant en commun les projets, la Biennale des Villes en transition contribue à fédérer tous les acteurs, divers mais jusqu’ici isolés, de la transition !

Ensemble, nous avons à inventer une nouvelle façon de vivre la ville, où la polyvalence des lieux et des espaces remplace les gaspillages, où le partage remplace la concurrence, où la convivialité remplace l’isolement et les replis. Ni le dérèglement climatique ni l’effritement de notre lien social ne sont des fatalités. Une vingtaine de villes et de territoires sont invités à Grenoble pour la Biennale afin de partager les expériences, les réussites, les envies et aussi les doutes. Place à la découverte et au débat !

À Grenoble, vous sentez qu’il y a un appétit pour changer la donne ?

Depuis toujours, Grenoble est un carrefour d’initiatives : notre intelligence collective est notre bien le plus précieux. La vitalité économique, culturelle et associative de notre bassin de vie est un atout extraordinaire pour répondre aux urgences de l’époque. Les Grenobloises et les Grenoblois ont un temps d’avance sur la vie publique, dans tous les domaines. Accompagner cette exigence citoyenne est enthousiasmant.

Cela ne date pas d’aujourd’hui : que cela soit sur la révolution de la Houille Blanche au XIXe siècle, le boom du Grenoble olympique dans les années 1960, les vagues successives d’innovations sociales et de piétonnisation qui ont suivi, tout comme le retour du tram dans les années 1980, la reconquête des biens fondamentaux (remunicipalisation de l’eau) ou la naissance des premiers écoquartiers.

Depuis toujours, à Grenoble, les transitions c’est ce qu’on réussit le mieux ! Par notre action, nous contribuons à une belle histoire qui nous dépasse. Cela donne confiance. Nous démontrons au quotidien que oui, on peut changer la vie en changeant la ville.

Le rôle de la puissance publique est d’accompagner, des tout-petits aux aînés, de favoriser les rencontres partout dans la ville en permettant à chacun de trouver sa place et de préparer la transition.

 

Un exemple de piétonnisation réussie : place de la Cymaise, dans le quartier Saint Laurent.

Et aujourd’hui, à quoi voyez-vous cela ?

Tous les signes sont là. Deuxième ville de France pour les trajets domicile-travail à vélo (7 000 Métrovélos en circulation), 400 propositions d’aide aux réfugiés grâce à la Plateforme de solidarité, une centaine de projets de végétalisation en pied d’immeubles, plus de 6 000 participants au Budget participatif en 2016, plus de 200 000 Certificats qualité de l’air commandés en Isère, 100 000 participants à la deuxième Fête des tuiles, la circulation automobile en baisse d’environ 10 % aux points les plus sensibles en période de pic.

À chaque fois, les Grenobloises et les Grenoblois répondent présents. La culture s’empare des murs de notre ville. La Grenoble grise d’hier laisse place à une ville tout en couleurs. La liste est longue… Quelle fierté !

Concrètement, comment la Ville accompagne-t-elle cet élan ?

Le rôle de la puissance publique est d’accompagner, des tout-petits aux aînés, de favoriser les rencontres partout dans la ville en permettant à chacun de trouver sa place et de préparer la transition. Grenoble se transforme dans cette direction.

D’abord, priorité à la jeunesse ! Alors que les contraintes financières n’ont jamais été aussi fortes, Grenoble a lancé un plan d’investissement majeur de 60 millions d’euros pour construire ou agrandir six écoles et moderniser quatre restaurants scolaires, dont trois seront livrés en 2017. Il s’agit de rattraper le retard pour bien accueillir les 250 nouveaux écoliers chaque année. L’école Simone Lagrange sera inaugurée cette année, quartier Jean Macé, à l’entrée de la Presqu’île qui est en pleine métamorphose. Les générations futures sont notre avenir : elles méritent le meilleur dès maintenant.

Nous sommes à l’aube d’un nouveau cycle : au niveau local une nouvelle économie émerge, qui prend soin de l’autre et des ressources naturelles

Les Grenoblois ont un temps d’avance dans leur façon de vivre leur ville : la marche est la première façon de se déplacer et la circulation à vélo a augmenté de 35 % en six ans !

Sur le principe des Incroyables Comestibles, des citoyens cultivent un jardin partagé, parc Paul Mistral.

Le besoin de nature en ville est très fort, notamment pour diminuer les pollutions et contribuer à réduire le dérèglement climatique. Pendant ce temps, il faut amplifier la mobilisation pour le commerce de ville, qui subit de plein fouet la concurrence des grandes surfaces et la révolution numérique.

Piétonniser, embellir, donner sa place à chaque mode de déplacement : c’est l’ambition du projet Cœur de Ville Cœur de Métropole. Il est temps d’apaiser et de donner au cœur de Grenoble son envergure d’un bassin de vie de 680 000 habitants. Les Grenobloises et les Grenoblois vivent déjà à l’heure métropolitaine.

Avec la crise, les temps ne sont pas simples : que fait la Ville pour soutenir les Grenoblois ?

La Ville protège et la Ville innove. Non seulement Grenoble est l’une des rares grandes villes de France à ne pas augmenter les impôts locaux, qui pèsent d’abord sur les ménages modestes, mais en plus la gratuité ciblée n’a jamais été aussi développée dans notre ville. Parce que la culture est la prunelle de Grenoble : gratuité totale du Cabaret frappé, des bibliothèques, des musées et des muséums pour les moins de 26 ans.

Gratuité, aussi, du stationnement pour les personnes handicapées et vingt minutes pour tous. Gratuité des parkings relais pour les abonnés TAG. Gratuité du périscolaire deux soirs par semaine. Grâce à la mobilisation du SMTC, le tarif des transports en commun pour les jeunes a déjà été divisé par deux en deux ans. La gratuité des transports est déjà là pour les sorties scolaires et pendant trois mois pour les nouveaux arrivants. La mobilisation de tous doit continuer pour atteindre la gratuité complète pour les jeunes.

La Ville soutient également Soleni : un service d’accompagnement à la maîtrise de l’énergie pour les personnes en situation de précarité, dont les salariés sont eux-mêmes en insertion.
Stabilité fiscale, gratuité ciblée… le bouclier social c’est aussi le développement de la tarification solidaire : piscines, Métrovélos, électricité, eau (la facture baisse pour 40 000 Métropolitains !), téléphérique de la Bastille… la liste est longue ! Par notre mobilisation à la Métropole, nous encadrerons bientôt le prix des loyers pour éviter la flambée des prix. Grenoble, désormais, c’est à chacun selon ses moyens et c’est plus juste comme cela.

Nous sommes à l’aube d’un nouveau cycle : au niveau local une nouvelle économie émerge, qui prend soin de l’autre et des ressources naturelles. GEG alimente 100 % des besoins de la Ville en électricité propre et la part du bio et local dans les cantines a largement dépassé les 50 %. Je veux consolider cette dynamique et engager la transition de Grenoble vers une économie robuste et durable, pourvue en métiers non délocalisables. Le Grenoble de 2020, de 2030… se construit pas à pas dès aujourd’hui !

Eric Piolle avec Rob Hopkins, le fondateur du mouvement des Villes en transition, lors de sa présence à Grenoble le 28 janvier 2017. © Bernard Meric

Quels sont les atouts de Grenoble pour réussir dans les années à venir ?

Les Grenobloises et les Grenoblois ont la chance de bénéficier d’un niveau d’intervention publique exceptionnel, comparé aux villes de taille équivalente. Cette richesse est à cultiver tout en absorbant les contraintes financières. Contrairement à ce qu’on entend souvent dire dans le débat national, la puissance publique n’est pas dépassée ou ringarde : elle est une puissance d’avenir.

Grenoble a au moins deux atouts : cette formidable mobilisation des agents communaux pour accompagner les projets des habitants et cette effervescente citoyenne à tous les coins de rue, qui a déjà tant transformé notre ville.

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