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Sous nos yeux

Le Fabularium, générateur de merveilleux

Un bureau mobile, une machine à écrire et une bonne dose d’énergie. Il n’en fallait pas plus à Hélène Michel pour partir à la rencontre du merveilleux tout près de nous, accompagnée de son Fabularium.

©Auriane Poillet

Docteure en sciences de gestion, professeure à GEM (Grenoble École de Management), la chercheuse s’intéresse, entre autres, aux dispositifs d’apprentissage innovants. Elle a inventé le Fabularium, une démarche inspirée par l’ouvrage de l’artiste Sophie Calle, Prenez soin de vous.

Hélène Michel installe ici et là son bureau mobile et sa vieille machine à écrire à la force de ses mollets et à la chance toute relative de l’auto-stop. Elle récolte, à la Bastille, au lac d’Aiguebelette ou encore en montagne, des lettres d’amour adressées au territoire. La chercheuse explique :

Cela correspond à une démarche menée par des chercheurs en comportement du consommateur qui s’intéressent à l’obsolescence programmée. Changer de téléphone portable n’est pas forcément un besoin fonctionnel. Ils ont demandé à des personnes d’écrire des lettres d’adieu à leur téléphone pour voir quelle était l’émotion ressentie pour justifier tout ça. Le fait de prendre du temps et du recul, ça fait hésiter avant de se débarrasser de l’appareil. Et c’est faire prendre conscience d’une responsabilité.

Aimer pour protéger

À travers son Fabularium, Hélène Michel offre un environnement propice à l’anthropomorphisation, le fait de donner à un animal ou à un objet une représentation humaine.

« Je ne pouvais pas partir à la rencontre des gens avec une simple tablette, il me fallait un objet qui génère du merveilleux, dit-elle. On a imaginé un bureau mobile, un peu comme les colporteurs d’autrefois, avec une machine à écrire qui est lourde et qui fait du bruit. L’expérience proposée fait que les gens ont envie de prendre un moment pour écrire des lettres où ils personnifient le territoire : cher lac, cher amphi, chère Bastille… Ils vont porter un regard différent sur ce qui les entoure. »

Un regard forcément bienveillant, qui invite à protéger davantage ce grand petit monde. Se saisir de son territoire pour mieux l’aimer et le protéger d’un point de vue social, économique et écologique ? À cette question, Hélène Michel répond « oui » et se souvient.

Sur un ponton du lac d’Aiguebelette, le Fabularium avait intrigué quatre jeunes lyonnaises qui voulaient se baigner mais ne trouvaient pas de plage gratuite.

Elles ont écrit une lettre à huit mains, une lettre sans O, puisqu’elles ne comprenaient pas pourquoi elles ne pouvaient pas accéder à l’eau, à ce territoire qui appartient à tout le monde. Le fait d’avoir pris le temps pour dire ça, c’est devenu un bon moment. Elles n’ont pas juste subi l’expérience, elles en ont fait quelque chose.

 

©Auriane Poillet

Des questions plus que des réponses…

Plus que des réponses, les lettres ainsi récoltées font émerger des questionnements. Quel est l’accessibilité à l’eau ? Est-ce que le territoire a un dress code ? Le territoire a-t-il un genre ?

« Des questions surgissent, je les mets en perspective avec des concepts théoriques mais ça ne fait pas émerger tant de réponses. Il s’agit donc plutôt d’un agenda de recherche », précise-t-elle. « Certaines de ces lettres sont publiées sur un site Internet pour que les gens puissent les lire. Il faudrait maintenant que l’on rende ce matériau vivant parce qu’il est un peu figé. »

Un ouvrage publié aux Presses Universitaires de Grenoble est en projet. Et le Fabularium a encore de beaux jours devant lui, sinon de beaux voyages en perspective…

Je pense qu’il peut y avoir une façon poétique de faire de la recherche académique. Je veux emmener le Fabularium dans des endroits moins touristiques, ou moins perçus comme carte postale. Un amphi, des passerelles, un quartier qui sera rénové… Peut-être que ça permettrait aux habitants de dire au revoir au quartier tel qu’ils le connaissaient et d’accueillir le quartier qui va générer dix-huit mois de bruits, de nuisances. Le voir en évolution m’intéresse.

informationRenseignements divers
courrielhttps://fabularium.fr

Vos commentaires

Commentaire de PAILLER Hélène le 26 mars 2021 à 13 h 06 min

Bonjour, voilà une démarche particulière et riche d’idées.
Vous seriez bienvenue dans mon quartier « villeneuve » à Grenoble : de la diversité sociale et contraste entre logements et verdure.
Bonne continuation

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