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solidarité

Grenoble et l’Amérique latine : quarante ans de vie commune

Les événements survenus en Amérique du Sud au cours des années 1970 ont révélé Grenoble en chaleureuse terre d’accueil. S’y est formée une communauté latino-américaine aux refrains libertaires vivaces, fortement impliquée dans la vie de la cité et ouverte sur le monde.

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Des visages qui se rapprochent, des mains qui se tendent et des nuages de couleur sur un fond gris. La fresque qui ornait les murs de l’ancien centre social Teisseire (photo ci-dessus) a longtemps marqué les esprits des Grenoblois. Elle avait été dessinée par les premiers réfugiés chiliens après le coup d’État du 11 septembre 1973, qui a renversé le président démocratiquement élu Salvador Allende.

Elle témoigne aussi de l’hospitalité de la ville, qui sut accueillir les environ huit cents ressortissants d’Amérique latine fuyant les arrestations et les assassinats perpétrés par la junte du gouvernement Pinochet. « En peu de temps, Grenoble devint en quelque sorte la succursale des résistances pacifiques chiliennes » évoque Éric Recoura, le directeur de l’action internationale et européenne de la Ville. Des Chiliens rejoints trois ans plus tard par des Argentins et des Uruguayens, que la municipalité de l’époque a accueillis avec beaucoup d’humanité.

Un centre d’hébergement a été rapidement monté, avec des appartements à la Villeneuve, un soutien psychologique, des cours de français et une aide aux démarches administratives. Une bienveillance qui n’a pas toujours pu panser les plaies : « Des Chiliens réfugiés de 1973 sont repartis en Argentine, en espérant trouver de la stabilité, pour revenir à Grenoble en 1976, lors du coup d’État argentin » relate Éric Recoura.

Solidarité latine

La force militante et une culture collective ancrée ont pourtant pris le dessus. Beaucoup d’associations se sont créées, notamment en lien avec la mémoire. Pour les quarante ans du coup d’État chilien, la Ville et le département ont soutenu la multiplication des temps forts : concerts, débats, conférences… Depuis 1995, chaque 11 septembre est désormais fêté, bien mieux ici qu’à Santiago paraît-il. La
présence chilienne à Grenoble a fait l’objet d’un film, Exiliados, de Michel Szempruch, régulièrement diffusé à l’Espace 600.

Surtout, cette année 2016 vient rappeler les quarante ans du coup d’État (1976) en Argentine. Tous les acteurs de la culture s’impliquent : présentation de livres dans les bibliothèques et de films à la Cinémathèque, exposition sur les disparus au musée de la Résistance, expositions à l’Aiguillage et à la Maison de l’international… La chorale Orféo prépare également un concert qu’elle jouera devant des grands-mères de la place de Mai, spécialement invitées à Grenoble.

 

La Saison « Argentine 1976-2016 / Résistances, Mémoire, Justice, Démocratie », dont le point d’orgue sera la venue des Grand-Mères de la place de Mai le 31 mars à l’Hôtel de Ville de Grenoble, commence ce jeudi 10 mars à 18h30 à la Maison de l’international :

Conférence : « L’ascension des femmes vers le pouvoir, l’exemple de l’Argentine et du Chili »
La parité, inscrite dans la Constitution française, permet-elle réellement aux femmes l’accès et le partage des postes de pouvoir ? Les exemples venus d’Amérique Latine, et dans un contexte social, économique et politique bien différent, peuvent-ils donner des clefs pour cette accession ? Dans le cadre des Jeudis de l’international, par l’Observatoire isérois de la parité entre les femmes et les hommes et Regards sur les droits de l’homme. La Conférence sera suivie d’un petit concert argentin, donné par l’Ensemble de flûtes de l’Harmonie de Grenoble.
Suivre ce lien pour feuilleter le programme complet des manifestations en ligne.

Pièces jointes:
Programme grenoblois Argentine 1976-2016 à télécharger

Lutte pour la vie

Arrêtée en janvier 1976 par un commando des forces armées uruguayennes, Marita Ferraro fut enfermée pendant six mois dans un centre clandestin de détention, tristement nommé le « Grand Enfer ». Condamnée par la justice militaire à quatre ans et demi d’emprisonnement et transférée dans un camp de prisonnières politiques, elle a gardé des séances de torture un lourd handicap auditif.

Des nouvelles persécutions en 1982 l’ont contrainte à quitter son pays. « Avec mes trois enfants alors âgés de 1, 7 et 9 ans, nous avons dû partir, aidés par le Mouvement des Droits de l’Homme du Brésil. Le Haut Commissariat pour les Réfugiés des Nations Unies nous a fait venir en France, à Paris d’abord puis à Grenoble, où il existait un centre d’hébergement des réfugiés politiques latino-américains. » Une nouvelle vie débute. Tout en travaillant, Marita reprend ses études supérieures, soutient une thèse et décroche un poste de maître de conférences à l’Université.

Sa fibre militante ne l’a jamais quittée : « Je participe toujours à des actions de solidarité, non seulement avec l’Amérique Latine, mais aussi avec les peuples en lutte pour la paix, la justice et la démocratie. » C’est d’ailleurs l’objet de l’association Donde Estan ? (« Où sont-ils ? ») qu’elle porte avec des amis depuis une dizaine d’années. Le mouvement soutient les organisations sociales en Uruguay pour connaître le sort des disparus. En 2011, avec 90 autres anciens détenus politiques, Marita Ferraro a déposé une plainte auprès de la justice uruguayenne pour dénoncer les tortures. A ce jour, le procès est toujours bloqué à cause d’une loi d’impunité.

Il a fallu attendre le 17 avril 2013 pour que l’État uruguayen reconnaisse officiellement son statut de victime du terrorisme d’État qui sévit entre 1968 et 1985. A l’occasion des 40 ans du coup d’Etat en Argentine et du plan Condor en Uruguay, l’association Donde Estan ? organise cette année à Paris une exposition, une journée d’études internationale et une projection documentaire.

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