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L’agriculture urbaine sème ses graines de solutions

Les 21 et 22 avril prochains, Grenoble accueille les 48h de l’Agriculture urbaine, un événement national qui se déroule également dans une quinzaine de villes françaises. Organisée localement par l’association Cultivons nos toits, cette manifestation souhaite inciter les citoyens à végétaliser leur ville pour la rendre comestible. A cette occasion, Gre.mag fait un tour d’horizon des initiatives existantes et des projets à venir.

L’association « Cultivons nos toits » prépare le toit de la Casemate, afin de pouvoir cultiver des légumes et quelques fruits, sur une surface de 300m2. © Sylvain Frappat

Ici, des salades et des radis cultivés sur le toit de la Casemate pour fournir certains restaurants grenoblois ; là des aubergines et des salades bichonnées par l’équipe du Centre horticole (qui organise  une Journée Portes ouvertes le 28 avril, lire plus bas) pour nourrir les agents municipaux. Et, disséminés un peu partout dans la ville, des potagers qui alimentent les assiettes des habitants.

Depuis quelques années, de nombreuses initiatives ont fleuri dans Grenoble, s’inscrivant dans une démarche d’agriculture urbaine et témoignant de la volonté citoyenne de se nourrir localement.
C’est pour répondre à cet engouement que l’association Cultivons nos toits s’est mobilisée pour organiser la troisième édition des 48h de l’Agriculture urbaine.

Contactée par l’association La Sauge (Société d’agriculture urbaine généreuse et engagée), qui coordonne l’événement au niveau national, la structure a accepté de fédérer les acteurs de l’agriculture urbaine grenobloise : des citoyens mais aussi des associations comme Co2mpost ou Brin d’Grelinette et des collectifs comme le collectif Autonomie alimentaire de Grenoble, Alternatiba, les Incroyables comestibles ou encore la Scop Terre vivante.

Lucas Courgeon et César Lechemia du collectif Cultivons nos toits, sur les toits de la Casemate.
© Renaud Chaignet

« Nous avons dit oui car c’était pour nous une caisse de résonance, une nouvelle façon de sensibiliser sur la relocalisation de la production alimentaire en ville. Nous voulons profiter des 48h pour faire un focus sur les initiatives jardinières existantes à Grenoble et montrer qu’elles contribuent à développer une alimentation basée sur un mode de production local », expliquent Lucas Courgeon et César Lechemia, salariés de l’association Cultivons nos toits, déjà bien engagée dans la démarche d’agriculture urbaine avec près d’une tonne de légumes cultivés en 2017 sur les 300 m2 du toit de la Casemate (lire leur interview ici).

Lucas et César ajoutent :

« Le samedi, il y aura par exemple une balade à vélo pour faire découvrir les jardins et espaces cultivés sur la voie publique, ainsi que des ateliers et un forum pour que les jardiniers se rencontrent. Il s’agit, durant cet événement, d’inviter les Grenoblois à s’emparer des espaces publics pour produire des légumes et rendre la ville comestible. »

Bientôt une ferme urbaine ?

Selon la définition de la FAO (l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), l’agriculture urbaine consiste à cultiver, en ville et aux alentours, des plantes (légumes, fruits, champignons… frais) et à élever des animaux, qui seront consommés ou vendus localement.

Centre horticole de la Ville de Grenoble. © Sylvain Frappat

C’est en effet sa première raison d’être : la proximité entre producteurs et consommateurs, qui permet de réduire le transport – et donc les émissions de CO2 et de polluants atmosphériques -, d’informer les habitants sur l’origine et la saisonnalité des produits (assurant ainsi une meilleure qualité et traçabilité) et de les sensibiliser à l’importance du rôle joué par les agriculteurs locaux.

Mais au-delà, l’agriculture urbaine cherche à relocaliser les systèmes alimentaires pour répondre à des problématiques majeures comme la sécurisation de l’alimentation des villes, la réduction de la vulnérabilité et de la dépendance aux matières premières importées, la création d’emplois…

Elle est donc directement liée à la question de l’autonomie alimentaire des villes (lire article autonomie alimentaire à Grenoble) et répond, de multiples manières, à cette question simple : comment une ville peut nourrir ses habitants et développer une production locale, respectueuse de l’environnement et créatrice d’emplois ?

A Grenoble, l’équipe municipale apporte déjà quelques réponses. En témoigne son projet de ferme urbaine au Centre horticole : elle met ainsi en location par bail rural un terrain nu d’1,2 hectare et recherche jusqu’au 16 avril prochain(1) des candidats pour y créer une exploitation en maraîchage biologique.

Lucille Lheureux, adjointe aux Espaces publics et à la nature en ville, explique :

« La Ville porte depuis longtemps la création de jardins partagés, soit le jardinage « non marchand ». Mais elle souhaite aujourd’hui prendre le tournant d’une agriculture urbaine « marchande » en créant des emplois pérennes de maraîchers. Avec ce projet, il s’agit de montrer qu’une agriculture biologique, respectueuse du vivant et créatrice d’emplois est possible en ville. »

 

Parallèlement à ce projet novateur, une expérimentation de production maraîchère dans ce même Centre horticole fournit déjà, depuis 2016, poivrons, aubergines et autres betteraves au self municipal Clémenceau.

En 2017, près de 2 tonnes de légumes frais ont ainsi été produits sur 1500 m2 de plein champ. Pour découvrir cette petite production légumière, ainsi que les serres et espaces horticoles qui fournissent l’ensemble des végétaux (arbres, arbustes, rosiers, plantes annuelles, bulbes…) plantés chaque année dans la ville, le Centre horticole ouvre ses portes le 28 avril prochain. Et, petite nouveauté cette année, des visites guidées du lieu sont également proposées en mars, mai et à l’automne (septembre et octobre) (lire l’encadré ci-dessous).

2,4 hectares de jardins partagés

Aujourd’hui, hormis la production maraîchère du Centre horticole et celle de l’association Cultivons nos toits, aucune activité agricole professionnelle n’existe sur le territoire de la ville. La production de légumes se concentre dans les potagers privés et les jardins partagés.

Mêlant parcelles individuelles et collectives, les jardins partagés sont installés sur des espaces appartenant à la Ville et gérés par des collectifs d’habitants qui assurent l’entretien et la culture. A l’heure actuelle, on en dénombre une vingtaine, parmi lesquels Marliave, ColéopTerre, Célatex, Gren d’Eulalie, Abry, Bachelard, Beauvert, Happy Hoche, le Village Olympique, les Poucets…

Sans oublier trois vergers collectifs (l’Essen’ciel, Salengro et Aventure, un quatrième en cours de réalisation avenue Jean Perrot), les jardins partagés gérés par des associations comme le jardin associatif des Cairns ou Brin d’Grelinette (qui s’occupe du jardin de la Poterne ou du Sans-Souci), ou le potager collectif des Incroyables comestibles au parc Paul Mistral.

Sur une surface totale de près de 2,4 hectares, ces espaces partagés mobilisent plusieurs centaines de jardiniers, qui s’impliquent pour des raisons différentes, que ce soit dans une démarche de création de lien social ou de production alimentaire. Pour les accompagner et développer leurs compétences en jardinage biologique, des formations ouvertes à tous sont proposées par la Scop Terre vivante, en partenariat avec la Ville, au Centre horticole, sur des thématiques diverses comme les associations de plantes, la lutte biologique contre les maladies et les ravageurs ou l’accueil de la biodiversité(2)

Jardin de la Flèche. 
Quartier Europole. 
© Alain Fischer

Plantation de patates !

Pour aller plus loin, la municipalité a également initié le dispositif Jardinons nos rues, qui incite les habitants à créer des espaces de jardinage collectif dans les rues, les parcs, au pied des immeubles, des commerces… En parallèle de ces demandes spontanées, elle propose également les Jardins à adopter : une soixantaine d’espaces qu’elle met à disposition des citoyens, sur simple demande, pour les convertir en espaces à jardiner.

Lucas Courgeon souligne :

« C’est d’ailleurs l’un des ateliers prévus lors des 48h de l’Agriculture urbaine : planter des pommes de terre sur quelques-uns de ces Jardins à adopter pour montrer qu’ils existent et sont accessibles à tous ».

Cultiver ses patates en ville, oui, mais quid de la pollution des sols ? Loin de négliger cette contrainte, la Ville réalise une étude après chaque demande d’espace à jardiner.

L’élue à la nature en ville reprend :

« En premier lieu, on s’appuie sur l’inventaire historique des sols qui détermine s’il y a eu une activité polluante sur tel ou tel site. Si c’est le cas, alors une analyse complète des sols est menée afin d’évaluer la présence de métaux lourds, d’hydrocarbures… S’il s’avère qu’ils sont contaminés, diverses solutions sont trouvées pour pouvoir jardiner rapidement. En premier, nous cherchons un autre lieu à proximité pour permettre le jardinage en pleine terre, qui est toujours privilégié. Si ce n’est pas possible, la Ville installe des bacs remplis de terre saine. »

Pour découvrir où jardiner près de chez vous, rendez-vous sur la plateforme en ligne Jardinons Grenoble(3). Celle-ci recense, à l’aide d’une carte interactive, tous les espaces de jardinage collectif, leurs coordonnées, ainsi que les démarches nécessaires pour faire une demande. Une ressource essentielle pour savoir où mettre les mains dans la terre à Grenoble !

 

(1) L’appel d’offres détaillé est à retrouver sur gremag.fr
(2) Détail des formations ouvertes à tous, dates, tarif et inscriptions auprès de Terre vivante au 04 76 34 36 35 ou sur http://www.terrevivante.org/1482-les-vendredis-a-grenoble.htm
(3) https://www.grenoble.fr/1020-jardinons-grenoble.htm

Dans les coulisses du Centre horticole

Le samedi 28 avril, le Centre horticole, situé à Saint-Martin d’Hères, ouvre ses portes aux visiteurs. L’occasion de venir découvrir ce lieu où sont produits, sur environ 5,5 hectares, près de 400 000 plantes par an (fleurs annuelles, bisanuelles, bulbes…), en plus des arbres et arbustes, destinés à végétaliser la ville.

Au programme : des visites guidées des serres, des animations pour enfants, des stands… ainsi que le lancement du concours des Balcons fleuris et la remise du label Ecojardin au verger Essen’ciel.

Et si vous n’êtes pas disponible le 28 avril, le Centre horticole organise également trois autres visites guidées gratuites durant l’année 2018 : les 28 mars, 23 mai et 10 octobre (sur inscription auprès du secrétariat du service Espaces Verts), et propose toute l’année un circuit de découverte en libre accès (aux horaires d’ouverture du centre)

Tél. 04 76 76 34 67

Le Centre horticole en chiffres :

  • 5,5 hectares
  • 2000 m2 de serres en verre
  • 2 500 m2 de tunnels (8 tunnels de 320 m2)
  • 1020 m2 de bi-tunnel et 520 m2 de tunnel d’ombrage
  • 399 500 végétaux produits par an pour végétaliser la ville
  • 2 tonnes de légumes produits chaque année sur 1500 m2 pour alimenter le self municipal Clémenceau
  • 25 agents
  • 8 formations assurées par la Scop Terre vivante toute l’année
  • 1 jardin pédagogique (où se tiennent les formations)
  • 1 mare
  • 1 circuit de découverte en libre accès (aux horaires d’ouverture du centre)

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