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JO de 1968

L’histoire atypique d’un village olympique

En février 1968, alors que l’histoire de Grenoble est en train de s’écrire, à l’ouverture des Xèmes Jeux Olympique d’hiver, une autre, plus discrète, s’ébauche. Il s’agit de l’histoire du village olympique. Alors construit pour accueillir les sportifs, cinquante ans plus tard, le VO est toujours debout…

© emdé 2017

 

Raconter l’histoire du Village Olympique (VO), c’est s’immiscer dans l’histoire de plusieurs générations de Grenoblois. Celle, tout d’abord qui connu les Xèmes Jeux Olympiques de 68.

Quant, en janvier 1964, la ville est choisie par le CIO, il faut faire vite. La construction du village olympique devient aussitôt l’une des priorités. Il va falloir héberger, nourrir et distraire plus de 16 700 athlètes officiels et le personnel engagé pour une quinzaine de jours. Ni plus, ni moins.

L’emplacement s’impose : au sud de la ville, à la lisière d’Échirolles, là où il y a de l’espace pour l’urbanisation. Depuis 800 ans, la Ferme Prémol veille sur les vastes champs posés sur l’ancien lit du Drac où à été construite, un peu plus au sud, la piste d’aviation. Les Grenoblois viennent dans cette campagne le dimanche, pour admirer les massifs environnants : Belledonne, Chartreuse, Vercors et même l’Oisans.

© AMMG

En août 1965, le projet de réalisation du Village Olympique est confié à l’architecte français Maurice Novarina, qui réalisera également l’Hôtel de Ville de Grenoble. À cette date, la construction du VO vient s’inscrire dans le projet, bien antérieur, de création d’une ZUP (1) pour étendre la ville au sud. Il s’agit de l’un des projets du fameux « Plan Bernard » du nom de l’architecte-urbaniste de renom chargé par l’État en 1962 de réaliser le plan directeur du groupement urbain.

En janvier 1966, la nouvelle municipalité Dubedout confie la réalisation de la ZUP à la toute récente Agence municipale d’urbanisme (voir article Un urbanisme à pleine vitesse). Le projet de ZUP « Villeneuve Grenoble-Echirolles », visera alors à construire « un ensemble de quartiers à dominante social reliés à un centre secondaire d’agglomération » (2).

Insuffler une atmosphère vivante

Le défi est grand pour Novarina : construire plus de 2 000 logements meublés, en deux ans. Les travaux débutent le 1er avril 1966 pour finir en novembre 1967. Huit tours sont construites, à plusieurs niveaux, qui logeront les athlètes. Autour de cette base, onze petits bâtiments de quatre étages sortent de terre.

© AMMG

 

L’architecture est innovante : un véritable « village » voit le jour. Un terme cher à l’architecte pour qui il s’agit de « concevoir un village avec la notion de rues et de places, afin d’y insuffler une atmosphère vivante. » En effet, ces bâtiments sont disposés autour de jardins, de places bien structurées et de rues piétonnes.

Quant aux matériaux retenus, c’est le bois qui prime pour donner une identité montagnarde, visible encore aujourd’hui. En parallèle des travaux, un événement artistique se déploie sur la surface du VO pour s’achever en novembre 1967 ; il s’agit du premier symposium de sculpture. Des artistes du monde entier vont travailler la pierre, le béton, le métal et le bois dans toute la ville.

La majorité des œuvres se trouvent encore au Village Olympique, les artistes tentant à l’époque de s’intégrer dans l’architecture de Novarina. Parmi les sculptures les plus emblématiques qu’on admire encore aujourd’hui, on trouve la fresque intitulée Le Microcosme, sculptée par Yazuo Mizu, les habitations troglodytes conçues pour les enfants par Pierre Székely ou encore Naissance d’une chose intérieure d’Ivan Avoscan.

Au début de l’année 68, le VO est prêt, achevé en temps et en heure. Prêt pour accueillir les sportifs mais aussi, les futurs habitants. Ce VO est en effet conçu pour durer après la quinzaine olympique : l’ensemble comprend 1000 logements HLM en location, 300 en copropriété, 800 chambres de résidence universitaire, 280 chambres de foyer de jeunes travailleurs, 400 chambres de « foyer-hôtel » pour filles et 300 chambres de foyers d’immigrés (Sonacotra).

Après les JO, peupler le VO

Aux lendemains des Jeux et de l’accueil éphémère des sportifs, place aux habitants sur le long terme. Le VO doit se peupler.

Aimée et Gaby sont les premiers locataires. Arrivés quelques jours avant le début des Jeux, ils y assistent depuis le nouveau centre social avant de choisir leur logement dès le 10 février 1968, pour y emménager avec leurs trois enfants.

Aimée se souvient :

« Le quartier était unique car pour la première fois un village olympique, créé pour des Jeux Olympiques, était construit en dur dans l’objectif d’être peuplé. ».

En effet, malgré l’urgence, la volonté municipale avait été dès l’arrivée d’Hubert Dubedout, de prendre en compte le devenir du quartier après les JO. Pour l’anecdote, certains attribueront d’ailleurs les petits retards des travaux « aux promoteurs privés, qui refusaient de participer à une opération à dominante sociale » (3).

Les bâtiments sont disposés autour de jardins, de places bien structurées et de rues piétonnes © AMMG

Le 6 avril 1968, lors d’une réunion avec les habitants du quartier, le maire Hubert Dubedout s’adresse à plus de 300 personnes : l’ambition de ce nouveau quartier est de faire cohabiter « des groupes différents, tels que des familles, des étudiants, des jeunes travailleurs ou des immigrants ».

Un petit fascicule est distribué pour inviter les Grenoblois à s’y installer. On y vante un ensemble sans voiture (le VO deviendra le premier quartier piétonnier de France), les nombreux commerces et activités sportives (16 structures coexistent en 1974) (4). Sans compter l’offre culturelle, chapeautée par le directeur de la MJC Simon Barathieux. Cinquante ans plus tard, son opinion n’a pas changé : « C’était très novateur qu’un tel équipement socioculturel (halte garderie, MJC, centre social et bibliothèque) soit intégré dans un quartier. Cela incarnait un esprit d’ouverture rare à cette époque. »

Le VO se développera pendant 15 ans. Puis, à partir de 1982, il deviendra petit à petit « un quartier comme les autres » souligne Simon Barathieux. À cette date, le nombre d’habitants décroît : ils sont 5 509 en 1982 contre 6 222 en 1975. La plupart des habitants des classes moyennes déménagent notamment au profit du projet de la Villeneuve. Les populations s’homogénéisent et s’appauvrissent. Mais surtout, les commerces disparaissent. En cause notamment la construction du grand centre commercial Grand Place qui avale les petits commerçants. « On a assisté à cet appauvrissement du quartier petit à petit » déplorent Aimée et Gaby.

Aujourd’hui, ceux qui inaugurèrent les lieux sont toujours là. Résistants envers et contre tout.

 

(1) Zone à urbaniser en priorité
(2) Les Jeux Olympiques à Grenoble : une ville industrielle saisie par le sport, Revue de Géographie Alpine, numéro 3, Pierre Frappat, 1991.
(3) Guide Rhône-Alpes de l’architecture XXe, Bernard Marrey, U Picard
(4) Club de canoé kayak, club moto, club nature club photo, ski famille, spéléologie, deux brasseries, un supermarché, une laiterie/fromagerie, deux boulangeries-pâtisseries, une boucherie, une droguerie, un magasin d’électro ménager, une mercerie, une auto-école, deux salons de coiffure, un magasin de chaussures, une librairie presse, un pressing, une caisse d’épargne, une banque et une poste .

Les commentaires (1)

Commentaire de BAISIN le 6 février 2018 à 18 h 47 min

Le Plan Bernard, reparlons-en 50 ans plus tard !

On n’ a vu que le coté négatif jusqu’ à présent( les 6 t avec plein de « paires de Nikes  » ! )
Le chemin de fer a, enfin rattrappé son retard en électrifiant quasiment toute l’ étoile de Grenoble, et la densité de population, a entrainé des trains adaptés avec 2 niveaux

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