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Lucille Lheureux

«Lorsque les citoyens se mettent à jardiner, indéniablement ils se questionnent ensuite sur leur alimentation »

Rencontre avec Lucille Lheureux, adjointe aux Espaces publics et à la Nature en ville, qui explique l’importance du rôle pédagogique joué par les jardins partagés et revient sur les actions menées par la Ville pour développer l’agriculture urbaine à Grenoble.

Quelles sont les formes d’agriculture urbaine à Grenoble ?

Il y a un foisonnement de propositions dans la ville : celle de Brin d’Grelinette et ses jardins associatifs qui perdure ; celle de l’association Cultivons nos toits qui émerge ; des dizaines de Jardinons nos rues qui sortent de terre chaque année ; un verger collectif créé par an… Sans oublier toutes les démarches jardinières issues du Budget participatif, comme Happy Hoche.

Mais, pour l’heure, l’agriculture urbaine grenobloise concerne uniquement les jardins partagés, en place depuis des années, qu’ils soient individuels ou collectifs : elle est donc non marchande. Et la Ville souhaite désormais prendre le tournant d’une agriculture urbaine « marchande », biologique, respectueuse du vivant et créatrice d’emplois pérennes de maraîchers.

Comment ? Quels sont les projets menés par la municipalité en ce sens ?

Le projet de la Ville est de relocaliser la production alimentaire. Nous soutenons donc et accompagnons les projets d’agriculture hors sol, notamment en menant un diagnostic sur les toitures plates pour identifier le potentiel.

Mais le maraîchage biologique de plein champ reste la priorité. La Ville a donc décidé de mettre en location un terrain qu’elle possède au Centre horticole pour permettre à un ou plusieurs maraîchers de s’installer. Avec ce projet de ferme urbaine, nous voulons montrer que l’agriculture biologique et paysanne est possible en ville.

Il y a déjà une petite production maraîchère au Centre horticole. Les deux projets se dérouleront en parallèle ?

Oui, la ferme urbaine sera une vraie entreprise agricole, indépendante. Mais effectivement, il y a deux ans, la Ville a souhaité accompagner les agents du Centre horticole pour qu’ils mettent leur savoir-faire au profit de la culture de légumes. Une petite production légumière a démarré en 2016 : en plus de produire des végétaux destinés à l’embellissement de la ville, les agents cultivent désormais des légumes pour le self municipal Clémenceau.

Et nous avons aussi créé une cellule « agriculture » au sein du service des Espaces verts, ce qui est une nouveauté. Cela montre que les collectivités ont un rôle essentiel à jouer pour relocaliser la production alimentaire.

Quels sont les leviers dont dispose la Ville pour produire localement fruits et légumes ?

La Ville n’a aucune compétence pour préempter le foncier agricole, cela relève des compétences de la Métropole. Notre seule marge de manœuvre c’est le foncier « ville », c’est-à-dire des parcelles qui appartiennent à la Ville et que l’on peut convertir en exploitation, comme celle destinée à accueillir une ferme urbaine au Centre horticole.

Mais il ne faut pas confondre les usages récréatifs et les usages productifs des lieux. Par exemple, des parcs comme Mistral et Bachelard doivent rester des lieux dédiés aux loisirs et à l’accueil de la nature. Pour produire des aliments, la Ville cherche donc des espaces inoccupés, comme des friches, pour installer des espaces de jardinage.

Évidemment, le service des Espaces verts procède en amont aux analyses nécessaires des sols pour déterminer et évaluer la présence de métaux lourds, d’hydrocarbures… C’est ce qu’il s’est passé avec le verger Essen’ciel : le lieu était un bout de parc rogné et il a été transformé en un lieu de vie convivial où poussent désormais des arbres fruitiers.

En parallèle, le Budget participatif est aussi un levier car le nombre de demandes destinées à des projets de jardinage ou de verger collectifs est très important.

La Ville offre aussi la possibilité aux habitants de créer des espaces de jardinage collectif sur la voie publique. Est-ce aussi une façon d’impliquer les Grenoblois dans la démarche ?

L’espace public est un lieu pour tout le monde. Et le réflexe est souvent de dire que ce qui est à tout le monde est à personne mais nous voulons démontrer l’inverse avec les dispositifs Jardinons nos rues et les Jardins à adopter, en disant « ici, vous pouvez vous approprier l’espace ».

Là où la Ville laisse la main, les gens s’en emparent car on s’implique plus lorsqu’il y a une marge de manœuvre. Et nous avons remarqué que lorsque les citoyens se mettent à jardiner et se mobilisent pour planter, choisir des variétés, amener du compost… indéniablement, ils se questionnent ensuite sur leur alimentation, sa provenance, ainsi que sur leurs déchets.

Quelle est la vocation de ces espaces de jardinage collectif ?

Selon les quartiers, les jardins partagés ont des rôles différents. Pour certains, ils servent à se nourrir ; pour d’autres, c’est plutôt pour créer du lien social. Dans tous les cas, tous ces potagers ont un vrai rôle pédagogique car ils permettent de retrouver des savoir perdus, tant dans la technique (semis, bouturage…) que dans le cycle des saisons.

Et c’est une volonté forte : s’adresser à des gens qui ne jardinaient pas et les amener à se questionner sur leur alimentation. Quand on croise une tomate tous les jours en bas de chez soi, ça devient concret, on sait alors à quelle saison elle pousse et à quelle saison on ne peut plus la manger.

Cette volonté de pédagogie se traduit aussi dans les formations au jardinage biologique proposées en partenariat avec Terre vivante ?

Oui. La Ville étant engagée dans la démarche Zéro phyto, il s’agit de montrer à tous ces jardiniers
que l’on peut cultiver fruits et légumes sans pesticides et sans engrais chimiques, tout en ayant du rendement ! C’est pour cela que nous proposons plusieurs formations par an en partenariat avec Terre vivante : pour les accompagner et les amener à jardiner autrement, et leur expliquer qu’ils peuvent s’empoisonner en mettant des pesticides au pied de leurs poireaux.

informationRenseignements divers
Les formations encadrées par la Scop Terre vivante sont proposées le vendredi au Centre horticole, jusqu’en octobre 2018. Détail des formations, dates, tarif et inscriptions auprès de Terre vivante
téléphone 04 76 34 36 35
courrielhttp://www.terrevivante.org/1482-les-vendredis-a-grenoble.htm

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