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50 ans

Mai 1968 : l’imagination au pouvoir

Révolte spontanée à la fois politique, sociétale et culturelle, mai 1968 fait partie de notre mémoire collective. À Grenoble, ses cinquante ans inspirent des rendez-vous qui reviennent sur la mobilisation populaire comme l’effervescence artistique de l’époque. Cet anniversaire est aussi l’occasion d’interroger l’héritage de mai 1968 et de voir comment les utopies d’hier peuvent irriguer le présent.

La contestation s’affiche

Jusqu’au 16 juin, la bibliothèque Eaux-Claires – Mistral met à l’honneur la créativité engendrée par les utopies de mai 1968.

© musée des Beaux Arts- Dôle

Elle présente d’abord un focus sur l’expression murale avec Défense de ne pas afficher, une expo de reproductions d’affiches de mai 1968 réalisées à l’Atelier Populaire, une émanation de l’occupation de l’École des beaux-arts de Paris.

Environ 80 affiches, souvent accompagnées de slogans percutants, ainsi que des tracts et des journaux muraux témoignent de cette période foisonnante où des artistes anonymes s’expriment de manière poétique, humoristique ou subversive sur les murs des villes, des usines et des universités.

Réalisée grâce à un partenariat avec le musée des beaux-arts de Dole, cette expo ludique et très accessible est une formidable vitrine de la vitalité artistique de mai 1968 et compte quelques pièces iconiques qui font partie de notre mémoire collective…

La seconde expo, L’Art révolté, comprend une quinzaine d’œuvres de l’artothèque : photos, sérigraphies, peintures… Réunissant des artistes qui ont mis leur talent au service d’une transformation de la société, elle invite à s’interroger sur les liens entre art et politique. Le 25 mai, une projection du documentaire 68 année zéro de Ruth Zylberman proposera d’élargir la perspective en découvrant le parcours de vie de six Européens. Enfin, des ateliers de sérigraphie permettront de s’initier à cette technique de reproduction qui a contribué au développement de l’expression populaire en mai 1968.

Jusqu’au 16 juin à la bibliothèque Eaux-Claires Mistral, 49 rue des Eaux-Claires. Entrée libre. Infos : 04 76 21 25 28 – www.bm-grenoble.fr

 

La manif dans tous ses états

Photos d’époque, vidéos et créations inédites : avec l’expo Je marche donc nous sommes, le Magasin des Horizons s’intéresse au volet revendicatif de la marche et jette un pont entre hier et aujourd’hui.

« Cette expo s’inscrit dans un projet plus vaste, l’Académie de la marche, qui croise travaux d’artistes, images d’archives et performances marchées », souligne Béatrice Josse, directrice. « En écho à mai 1968, elle présente un focus sur le volet militant de la marche. Il s’agit d’examiner la manifestation dans ses aspect matériels et historiques, mais aussi en montrant que l’expression revendicative peut être un support à l’imaginaire des artistes. »

Concrètement, un couloir d’images d’archives présente un historique de la contestation grenobloise depuis 1906, date d’une manifestation de travailleuses de la soierie de Voiron jusqu’à la marche blanche de la Villeneuve en 2012 en passant par mai 1968, les grèves de 71 chez Merlin-Gerin ou la marche des Handicapés méchants en 1979.

Cette fresque chronologique s’accompagne d’une partie vidéo réunissant des travaux d’artistes qui se sont emparés de la marche : Mary Corita Kent, religieuse américaine engagée contre la guerre du Vietnam et célèbre pour ses marches avec chants et slogans ; Endre Tot qui orchestre une manifestation de panneaux contestataires affublés de zéro en Hongrie dans les années 1980 pour dénoncer la censure ; Clarisse Hahn qui filme la lutte des paysans mexicains défilant nus pour dénoncer les spoliations dont ils sont victimes…

« Nous accueillons aussi Pamina de Coulon, jeune artiste associée au Magasin. Elle s’emparera de la banderole pour inventer des slogans poético-politiques et expérimenter le pouvoir de frappe des mots. » Des ateliers gratuits de création de banderoles pour petits et grands prolongent l’expo.

Jusqu’au 14 octobre au Magasin des Horizons, 8, esplanade André-Farcy (site Bouchayer-Viallet). Entrée : prix libre. Infos : 04 76 21 95 84 – www.magasin-cnac.org

 

Ciné militant

La cinémathèque revient sur mai 1968 à travers trois séances qui s’intéressent au cinéma engagé de l’époque mais ouvrent aussi la réflexion à l’après 68.

Pour Peggy Zejgman-Lecarme, directrice de la cinémathèque de Grenoble, « impossible d’évoquer mai 1968 sans rappeler l’affaire Langlois ». En effet, le renvoi d’Henri Langlois, un des fondateurs de la Cinémathèque française en février 1968 est souvent considéré comme un déclencheur des événements de mai et a mobilisé le monde du cinéma « Nous possédons des archives très intéressantes : pétitions, articles de presse… qui seront exposées ou mises en ligne sur notre site. »

Pour les projections, c’est grâce à un partenariat avec la cinémathèque de Toulouse que s’est construit un cycle Focus sur mai 1968 qui se veut « le témoin d’un cinéma engagé ». Une soirée courts-métrages est dédiée aux ciné-tracts produits par des collectifs.

« Le cinéma de mai 1968 s’est fait loin des studios : c’est souvent un cinéma amateur tourné dans la rue ou les usines. Les ciné-tracts témoignent de la volonté de prendre la parole, mais également de court-circuiter les médias. Ainsi, pour faire entendre différents points de vue, la séance comprendra aussi la projection d’actualités officielles. »

On découvrira aussi deux documentaires tournés après 68, mais qui ont l’événement pour point de mire : Reprise d’Hervé Le Roux (1996) et Le dos au mur de Jean-Pierre Thorn (1981). « Ces projections invitent à balayer différentes époques pour interroger l’évolution de la société et l’héritage de mai 1968. »

Salle Juliet-Berto les 3, 17 et 18 mai à 20 heures. Tarifs : 5,50 – 6,50 €.
Infos : 04 76 54 43 51 – www.cinemathequedegrenoble.fr