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Vincent Costarella

« On a voulu organiser un acte artistique en prise avec la société »

Vincent Costarella est président de l’association grenobloise Urban Expo qui organise des expositions en milieu urbain avec des artistes venus de tous horizons. Samedi 30 septembre et dimanche 1er octobre, l’association donne rendez-vous à une quarantaine d’artistes au cœur de la galerie de l’Arlequin, à la Villeneuve. Le but de l’opération est de réaliser une grande fresque sur le thème « Dessine-moi la paix », dans le cadre de la journée de la non-violence.

Vincent Costarella, président de l’association Urban Expo. ©Auriane Poillet

Pouvez-vous expliquer ce qu’est Urban Expo ?

Comme son nom l’indique, l’association Urban Expo organise des expositions collectives urbaines. Elles réunissent toujours beaucoup de monde, que ce soit du côté des artistes ou du côté du public.

Dans le cadre de ces expositions urbaines, cinquante artistes avaient réalisé en 2015 une grande fresque au moulin de Villancourt à Pont de Claix sur le thème « Je t’accueille, tu m’accueilles ». On avait habillé les murs avec du bois afin de tendre cinquante mètres de papier le long des couloirs.

Cette année, on recommence avec un nouveau projet à la galerie de l’Arlequin. Cette fois, ce sera différent : on dispose de quarante mètres de mur linéaire.

Cette nouvelle grande fresque s’intitule « Dessine-moi la paix ». Pourquoi ?

Le titre est sympa. On a voulu faire un clin d’œil à tous nos projets précédents, car il y avait toujours le mot « moi » dans le titre : « Les mois dans la masse », « Dis-moi dix mois à la folie », « Affichez-moi la paix » et aujourd’hui « Dessine-moi la paix ».

Pourquoi le mot paix ? Tout simplement parce que la fresque a lieu dans le cadre de la journée de la non-violence. Au lieu d’inventer un thème pour effectuer un acte uniquement artistique, on a voulu organiser un acte en prise avec la société : les problématiques des jeunes, des moins jeunes, avec un contexte qui peut parfois être violent.

On estime que l’art peut favoriser une forme de non-violence.

Comment est-ce que cette forme de non-violence se traduit dans la réalisation de cette fresque ?

Urban Expo est à l’initiative : on prend des décisions et on donne des contraintes. Les quarante artistes auront un espace bien défini. Ils devront faire attention à leur voisin de gauche et de droite pour que leurs œuvres s’harmonisent. Car il s’agit vraiment d’une fresque collective.

On leur demande de dessiner la paix et de nous surprendre, de nous étonner. Ensuite les artistes font exactement ce qu’ils veulent. Aujourd’hui c’est la page blanche, et l’aventure c’est justement de fabriquer tout cela en deux jours.

Tous les intervenants de l’événement sont issus de ce quartier de la Villeneuve

Même si vous réalisez une fresque sur un mur, vous dîtes qu’il n’est pas question de street art. De quoi est-il question ?

C’est simplement pour qu’il n’y ait pas de confusion. Ici, on fait appel à des artistes qui travaillent en général sur des formats plus petits que ceux du street art. Ce week-end, ils auront pratiquement un mètre carré chacun. L’ensemble final, qui fera 40 mètres, pourrait effectivement ressembler au street art.

Cependant, au niveau de la technique et au niveau de la mentalité, c’est très différent. Là, on a affaire à des gens qui ne font jamais de street art, qui travaillent en atelier. Ce n’est pas leur habitude.

Est-ce difficile pour eux de sortir des sentiers battus ?

Pour certains c’est très facile, très naturel. Mais parfois il faut insister pour réussir à les convaincre, parce qu’ils sont souvent individuels. C’est vrai que ce n’est pas évident pour eux, parce qu’ils se mettent en danger. Ils se montrent en train de travailler. Ils peignent en live. En fait, ils ne font pas que de s’exposer : ils s’exhibent.

Vincent Costarella est photographe. ©Auriane Poillet

Il y aura des peintres, des plasticiens, des photographes… Les techniques sont différentes. Comment peuvent-elles s’articuler entre-elles ?

Effectivement, ce sera très divers. Les techniques ne vont pas se ressembler. Certaines personnes travaillent le monochrome (noir et blanc), mais elles ne peindront pas les unes à côté des autres. Le thème est le même et l’aventure humaine est « en live ».

Les artistes pourront discuter, manger ensemble et faire la fête samedi soir : ça crée des liens. De plus, il est prévu de peindre un trait blanc tout au long du mur. Les artistes auront le droit de le recouvrir ou de s’en servir, ce qui permettra de favoriser les liens entre eux.

Il y aura donc un lien entre les artistes, mais y aura-t-il également des liens avec les habitants du quartier ?

D’une part, on a pris contact avec des acteurs sociaux, comme la Maison des habitants, l’élu du secteur 6, le service des sports et avec des associations comme Villeneuve debout, le Crieur de la Villeneuve… Il y en a beaucoup.

D’autre part, il y a des artistes de la Villeneuve parmi nos adhérents et qui seront présents ce week-end là. Tous les intervenants de l’événement sont issus de ce quartier : un responsable de la sonorisation, un poète et une chanteuse. Par ailleurs, notre siège est au 170, galerie de l’Arlequin.

c’est bien d’habituer les gens à des images gratuites, des images qui ne vendent rien, qui ne défendent rien, mais qui donnent à réfléchir et qui aiguisent le regard.

Pourquoi avez-vous choisi le quartier de la Villeneuve pour réaliser cette fresque ?

Le 150, galerie de l’Arlequin est un mur que je connais personnellement puisque j’ai habité longtemps vers Grand Place. A chaque fois que je passais devant, je me demandais pourquoi ce mur était vide. Il y a des fresques récentes à proximité qui ont été réalisées pendant le festival de street art de cette année, mais ce mur immense, vierge… Ça fait des années que j’ai ça dans la tête. Avec l’association Urban Expo, on a décidé de se lancer.

Qu’est-ce que l’art en milieu urbain pourrait apporter à une ville selon vous ?

Ce n’est pas obligatoire. On peut faire une ville sans art, sans créativité. Est-ce que la ville doit simplement être dédiée à la marchandisation, aux entreprises, aux commerces ? Peut-être pas.

Certaines villes, dont Grenoble, interdisent ou limitent la publicité. Parfois, le paysage est complètement détruit par les images publicitaires.

Peut-être que c’est bien d’habituer les gens à des images gratuites, des images qui ne vendent rien, qui ne défendent rien, mais qui donnent à réfléchir et qui aiguisent le regard.

Les commentaires (1)

Commentaire de SCHNEIDER le 27 septembre 2017 à 16 h 42 min

Une ville très animée! Cela donne envie de venir visiter Grenoble. A bientôt alors…

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