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Olivier Razemon

« On doit faire en sorte que l’habitant se sente bien, qu’il ait tout sur place »

Dans son récent ouvrage Comment la France a tué ses villes, le journaliste Olivier Razemon dresse un constat alarmant sur l’état des centres urbains dans notre pays. En cause : des villes aménagées autour de la voiture.

Dans votre dernier livre, vous y allez fort : vous parlez de crise urbaine.

© Laurent Bouvet/rapsodia

Les centres-villes voient leurs commerçants et leurs artisans disparaître. Le constat est frappant, avec la multiplication des vitrines vides, des stores désespérément baissés… Dans des proportions catastrophiques dans certaines villes et des répercussions sur l’habitat et la répartition des revenus notamment.

C’est une crise qui a pris naissance au début des années 2000 et qui tend à s’aggraver, comme le pointe Procos, la fédération pour l’urbanisme et le développement du commerce spécialisé.

À quoi attribuez-vous cette désertification ?

Ce n’est pas seulement une affaire propre aux centres-villes. On construit la ville aux alentours d’elle-même, en transformant des espaces agricoles et naturels en zones constructibles. Avec l’étalement urbain, la ville se dissout peu à peu dans un ensemble plus vaste.

La construction de centres commerciaux à la périphérie des villes encourage aussi les achats loin de chez soi plutôt que la proximité. Il y a maintenant en France des quartiers entiers sans une seule boulangerie.

Pourquoi en est-on arrivé là ?

C’est le résultat d’un espace urbain tout entier organisé en fonction de la voiture. Depuis cinquante ans, on conçoit que tout le monde ait une voiture, que tout peut se faire avec l’automobile et que tout ça ne doit surtout pas changer. Le fait qu’on puisse se déplacer plus vite et plus loin active le phénomène d’étalement urbain. L’urbanisme commercial qui accompagne la grande distribution conduit à réorganiser le territoire pour les voitures : grands axes, immenses parkings…

Toutes les villes sont-elles logées à la même enseigne ?

C’est un constat valable pour une majorité de villes de taille moyenne. Il y a des villes où ça se passe bien : les villes touristiques, assurées d’un flux régulier de visiteurs, et des grandes métropoles comme Bordeaux, Lyon, Strasbourg, Nantes et Paris, où l’on se préoccupe de l’habitant, de ses besoins, de sa vie, de son travail.
À Strasbourg par exemple, on a décrété que la ville était un espace de vie plutôt qu’un vaste parking.

Le phénomène peut-il encore s’aggraver ?

Les chiffres publiés par Procos s’affolent. Le taux de vacance des commerces a augmenté d’1 % en 2015 : c’est encore plus que les années précédentes. Il atteint désormais 11,3 % dans les villes françaises de 50 000 à 100 000 habitants. On continue de proposer des centres commerciaux en périphérie avec l’argument de la création d’emplois, sauf qu’ils détruiront d’autres emplois à terme.
On omet aussi de préciser qu’un petit commerce emploie plus de personnes par rapport à son chiffre d’affaires qu’un grand magasin.

Quelle serait la marche à suivre pour enrayer cette crise ?

Il n’y a pas un seul modèle d’aménagement à suivre. Mais on doit faire en sorte que l’habitant se sente bien, qu’il ait tout sur place. Créer des espaces de vie plutôt que des parkings. Élargir les trottoirs, sécuriser les passages piétons, cela semble tout simple mais contribue aussi au bien-être des usagers et des habitants.

La voiture conserve des avantages. Mais si on la multiplie, elle crée d’importantes nuisances : pollution, bruit, distances nouvelles… Dans bien des cas, on constate
que le vélo peut remplacer la voiture. Il occupe bien moins d’espace, il est silencieux, ne pollue pas. À Grenoble, vous en savez quelque chose…

 

 

Comment la France a tué ses villes

Éditions Rue de l’Échiquier, 2016.

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