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Monique Eleb

« Pour les gens qui habitent la ville, il est important d’avoir un extérieur »

Monique Eleb est sociologue de l’habitat, spécialiste des modes de vie. Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’évolution de l’habitat en France. Elle a été choisie pour être la marraine de la Biennale de l’Habitat durable 2015 de Grenoble. Interview.

Monique ElebComment définiriez-vous l’habitat durable ?

C’est un habitat adapté aux arts de vivre d’une époque. Depuis 40 ans, je travaille pour que les logements correspondent à la réalité de vie des Français et, pour moi, c’est ça le développement durable : accorder les lieux avec les modes de vie.
Mais nos traités d’architecture sont des sommes de réflexion sur un habitat évolutif adapté à notre société.

Et notre société a changé ?

Les logements ne sont pas du tout faits pour notre société. Ils sont organisés pour la famille traditionnelle qui ne représente plus que 45 % des familles en France. Or, les phases de la vie d’aujourd’hui ne sont pas celles d’il y a trente ans : les conceptions, les valeurs, ont changé. Les rythmes différents, les ruptures, la recomposition des familles ou le vieillissement font qu’il y a besoin de restructurer, de recomposer sa vie.
La cohabitation, qui est en train de gagner pour cause de crise financière, est intergénérationnelle, mais il y a aussi de la cohabitation choisie, y compris chez les personnes âgées.

Les désirs d’habiter sont-ils différents ?

Pour les gens qui habitent la ville, il est très important d’avoir un extérieur. J’ai proposé un concept : l’intérieur extériorisé, un lieu qui permette d’être chez soi et dehors. Les architectes l’ont très bien compris : entrée par des terrasses ou des loggias, séjours liés à une cuisine qui ouvre sur une terrasse… On a vu arriver ces vingt dernières années énormément de systèmes qui permettent d’avoir ce plaisir d’être dehors tout en étant chez soi. Par contre, il est faux de dire que la cuisine ouverte est un désir. Dès qu’on fait de la cuisine et qu’on a des enfants, elle est critiquée.
En résumé, il n’y a pas de règles, on voit de tout et, selon les habitants, c’est une qualité ou un grave défaut.

L’espace public peut-il devenir une manière d’habiter ?

La manière d’arriver chez soi est très importante. Par exemple, arriver par des jardins ou une rue commerçante sympathique, qui donne de l’animation.
Le bas des immeubles aurait aussi tout intérêt à être réfléchi autrement, comportant autant de commerces que de services, comme un local à vélo, tout ce qui peut rendre vivant cette manière d’arriver chez soi.
Pas de standardisation, mais une réflexion par rapport aux qualités d’un site : ça me paraît aussi important que de réfléchir aux types d’habitants que l’on veut loger.

Quelle place donner aux habitants ?

Il faut valoriser les pratiques de l’habitant, le remettre au centre. De nouvelles formes de concertations émergent, comme les panels d’habitants, avec pour idée de faire monter les citoyens en compétence, de les confronter à des questions réelles, de leur donner de multiples solutions pour qu’ils se construisent un avis personnel : leur intervention devient alors bien plus intéressante.

Et quel est le rôle de la sociologue ?

Le sociologue va apporter son savoir sur les façons de vivre, les transformations de la société, les transformations des lieux, car il fonde son discours sur des enquêtes de cas. Nous sommes
des passeurs, des médiateurs.

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