Découvertes

Accueil >Découvertes>Quand le musée fait son shopping

Cultures

Quand le musée fait son shopping

Loin d’être un lieu figé, un musée ne cesse de s’étoffer. Pour preuve, la nouvelle expo De Picasso à Warhol, une décennie d’acquisition au musée de Grenoble. Mais sur quels critères se font les choix ? Qui décide ? Comment sont financées ces nouvelles pièces ? Enquête.

facade musee grenoble

 

C’est principalement auprès des galeries d’art, françaises ou étrangères, que le musée fait son marché. Avec une liste de courses qui ne doit rien au hasard ! Car si une proposition d’acquisition est faite par le directeur du musée et les conservateurs, elle répond à des critères précis.

« Il s’agit d’abord de parfaire un ensemble » souligne Guy Tosatto, directeur des lieux. Exemple : « Grenoble a le plus bel ensemble d’art minimal en France, avec deux des trois principaux peintres de ce mouvement : Brice Marden et Robert Mangold. Il nous manquait donc le troisième : Robert Ryman. Il a fallu plusieurs années pour trouver une pièce qui s’intègre bien et soit dans notre budget car ses œuvres sont rares sur le marché. »

 

Guy Tosatto

Guy Tosatto

Deuxième critère : combler les lacunes dans les collections du XXe. D’où l’acquisition de pièces signées Andy Warhol, Sigmar Polke, Bruce Nauman ou Jeff Wall, qui « manquaient cruellement pour évoquer un certain questionnement de l’image à partir des années soixante.» Enfin, le musée entend conserver trace des artistes accueillis pour des expositions, « quand ce n’est pas trop cher ! », et a acheté des œuvres de Patrick Faigenbaum ou Guiseppe Penone…

Le musée propose mais ne dispose pas…

Une fois le choix effectué, une procédure de longue haleine s’engage. Il faut obtenir l’aval de deux grandes instances parisiennes qui étudient la proposition en fonction de la qualité de l’œuvre, de sa pertinence dans la collection… Après leur accord, le dossier doit être validé par une commission de la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles), puis c’est le Conseil Municipal qui entérine par délibération. Bref la décision ne se prend pas à la légère ! Ce qui n’a pas empêché Guy Tosatto de voir toutes ses propositions acceptées depuis son arrivée en 2002.
La procédure s’applique aussi aux dons, qui doivent suivre le même cheminement avant de pouvoir intégrer les collections… avec impossibilité d’en ressortir puisqu’un musée n’a pas le droit de revendre ses œuvres.

Subventions publiques, mécénat privé

Le nombre de pièces achetées chaque année varie en fonction de leur prix. Le musée dispose d’une enveloppe de 470 000 € par an qui comprend les subventions de la Ville et du FRAM (Fonds Régional d’Acquisition des Musée), alimenté à parité par l’État et la Région. « Ce budget se répartit différemment selon les années : on peut être à 50-50 mais ce n’est pas systématique. Lorsque la part du FRAM est moins importante, la Ville complète pour qu’on arrive à 470 000 €. »

 

De Picasso a Warhol

Juan Munoz, One Figure, 2000. Achat à la galerie Marian Goodman en 2005

 

À cela s’ajoute chaque année environ 120 000 € versés par le Club des Mécènes, qui réunit cinq entreprises. « Je lui propose des projets précis à financer en totalité ou en partie » reprend Guy Tosatto. « C’est grâce à lui qu’on a pu acquérir le collage de Picasso, Verre, en 2012. L’œuvre était classée d’importance patrimoniale majeure, ce qui donnait lieu à une défiscalisation très importante. Du coup, ils avaient multiplié par trois leur donation et financé l’achat aux deux tiers. »

Quant aux legs et dons, ils se font plutôt rares. La Société des amis du musée, qui réunit des particuliers, donne chaque année au moins une œuvre qu’elle achète sur proposition du musée. Sans oublier les artistes eux-mêmes, comme Philippe Cognée qui a offert le tableau Immeuble, château de Rezé au musée après y avoir été exposé.

 

A découvrir, l’émission que TéléMatin du 22 juin a consacré à l’exposition de Picasso à Warhol :

 

informationRenseignements divers
De Picasso à Warhol, une décennie d'acquisition. Jusqu'au 31 août.
courrielhttp://www.museedegrenoble.fr/