Nos interviews

Accueil >Découvertes >Nos interviews>« Tous, petits et grands, à notre échelle, nous sommes des champions du quotidien »

Ce contenu fait partie du/des dossier(s): Spécial Grenoble JO de 1968

interview

« Tous, petits et grands, à notre échelle, nous sommes des champions du quotidien »

À l’occasion du cinquantenaire des Jeux Olympiques, Gre.Mag a rencontré Eric Piolle, maire de la Ville. Entretien.

Vous n’étiez pas né en 1968, que représente cette époque pour vous ?

Un boom ! Le sommet d’une euphorie collective, un peu insouciante : celle de la reconstruction nationale après la seconde guerre mondiale. La France se lance à corps perdu dans l’industrialisation, la société de consommation, etc. Les autoroutes et les grandes surfaces quadrillent le pays, des villes nouvelles jaillissent du sol.

Les Trente Glorieuses sortent de la misère et de l’illettrisme des pans entiers de la population. Mais déjà les Français sont à l’étroit… et notamment la jeunesse ! Ce qui était le début d’une prise de conscience il y a cinquante ans est aujourd’hui devenu une évidence, ressentie par toutes et tous : le développement ne suffit pas à rendre heureux, à bien transmettre, bien vivre, bien manger, ou à bien vieillir : il faut qu’il y ait du sens !

Le défi de notre génération, c’est justement de remettre le sens au cœur de notre vie collective.

Quelles devraient être les valeurs de l’olympisme ?

L’olympisme est une utopie depuis la Grèce antique, où les guerres entre cités cessaient au moment des Jeux. L’utopie que l’humanité peut, durant un moment, se retrouver autour de règles communes, par-delà les singularités culturelles, politiques ou géographiques.

Le sport, c’est d’abord deux compétiteurs qui, par-delà leurs différences, reconnaissent et respectent la même règle. Pas de jeu ni de compétition sans loyauté. Chaque jour, l’actualité nous montre que le respect de la règle est rongé de toutes parts : climat, conflits, échanges économiques, etc. Les Jeux n’y échappent malheureusement pas.

Devant ces dérives, l’idéal millénaire de l’olympisme peut être un allié pour faire vivre ces valeurs que nous avons en partage et pour renforcer les règles qui les protègent.

Grenoble est-elle toujours une ville olympique ?

Grenoble a les valeurs communes de l’humanité chevillées au cœur depuis toujours. C’est pour cela qu’elle a accueilli les Jeux. C’est pour cela qu’encore aujourd’hui nous sommes en pointe sur les solidarités et sur les défis de l’avenir.

Ici, on respecte les singularités tout en tissant des liens. On aime partager. Notre ville est devenue forte grâce à l’apport des diasporas tout au long des siècles. Ville compagnon de la Libération, Grenoble a grandi en restant unie contre les divisions, les violences et les amalgames. Je suis d’ailleurs fier que Grenoble, à travers le travail du photographe Bernard Meric, rende hommage à tous les héros invisibles, d’ici et d’ailleurs, qui ont fait les Jeux sans jamais monter sur les podiums : maçons, ouvriers, facteurs, billettistes, etc.

Depuis toujours les Grenobloises et les Grenoblois veulent accomplir de grandes choses ensemble : c’est vrai pour le sport bien sûr, comme pour les arts, les solidarités, les sciences, etc. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les formidables travaux des glaciologues grenoblois sur les bouleversements du climat, l’engagement des milliers de bénévoles qui viennent en aide aux personnes en grande précarité.

Il suffit aussi de regarder les entreprises du territoire qui inventent les nouveaux modèles économiques vers plus de coopération, les ingénieurs qui anticipent les futures techniques d’écoconstruction, avec le bois, la terre, etc.

Tous, petits et grands, à notre échelle, nous sommes des champions du quotidien : consommation éthique, solidarités, sobriété énergétique, éco-mobilité, tri, etc. Nous n’avons pas attendu 1 968 pour voir grand et faire ensemble. Et cela continue aujourd’hui !

Grenoble pourrait-elle accueillir les Jeux à nouveau ?

Beaucoup de choses justes ont été dites sur les dérives des Jeux Olympiques d’hiver, en ce début du XXIème siècle. Les villes ne se bousculent plus pour les accueillir, tant est lourd l’impact sur l’environnement, les finances publiques, les solidarités, les paysages. Les Alpes subissent deux fois plus le dérèglement climatique que l’ensemble du territoire européen. Souvent la neige vient à manquer…

Il est urgent de réinventer notre relation à la montagne, à la fois grandiose et fragile. S’ils veulent durer, les Jeux Olympiques d’Hiver doivent eux aussi se réinventer. Savoir innover au bon moment, anticiper : c’est aussi ça, l’esprit olympique !

 

Grenoble va donc fêter le cinquantenaire de ses Jeux. Qu’est-ce que vous tenez à célébrer ? Que va être ce cinquantenaire ?

Accueillir les Jeux en 1968 était une réponse pragmatique aux défis de l’époque pour combler le retard d’équipements et d’infrastructures. Entre 1945 et 1965, la population a augmenté de… 60 % !

Le cinquantième anniversaire est l’occasion de rendre hommage à ces transformations du Grenoble d’hier, qui sont aujourd’hui notre patrimoine, au moment où toutes les énergies construisent le Grenoble de demain. Une page se tourne.

En quelques décennies à peine, les Grenobloises et les Grenoblois ont réussi à faire passer Grenoble de la petite ville sans eau potable à la métropole adepte du bien-vivre au carrefour de l’Europe. L’histoire de notre ville s’est toujours écrite avec des milliers de mains.

Nous devons être fiers de ce que nous avons accompli. Faire vivre cette mémoire donne de l’élan pour relever ensemble les défis de la transition ! Ici, réussir les transitions, c’est ce que nous faisons de mieux, depuis toujours.

 

Et si vous deviez lever un coin de voile sur le contenu de ces festivités ?

Tout au long du mois de janvier 2018, j’irai à la rencontre des Grenobloises et des Grenoblois dans chacun des secteurs de la ville pour partager les grands projets qui vont porter l’année 2018 et les suivantes : parc de 7 hectares à l’Esplanade, piétonnisation du cœur de ville, quartier Flaubert, transformations à la Villeneuve, bio dans les cantines, etc. De près, on se comprend mieux.

Le mercredi 31 janvier, je donne rendez-vous à tous les habitants du territoire au Palais des Sports où je présenterai mes vœux aux Grenoblois et dévoilerai une partie des festivités olympiques !

Les festivités de février 2018 seront l’occasion d’un vrai rassemblement populaire, autour de lieux emblématiques. Le Palais des Sports reprend son manteau de glace pour accueillir tous les publics, faire redécouvrir aux habitants ce lieu désormais partagé, habillé et mis en lumière aux couleurs des JO.

Grenoble sportive, festive, culturelle, culinaire… Sur un mois toutes les générations pourront passer un moment convivial, se rencontrer, redécouvrir l’impact que les Jeux ont eu sur la ville et le territoire.

Avec les School winter games, les Jeux olympiques des jeunes de 14 à 18 ans, c’est la nouvelle génération que nous mettons sous les projecteurs, avec des compétitions sportives grenobloises à la patinoire Pôle Sud pour le hockey, et le patinage au Palais des sports

Et puis il y a la journée anniversaire du 6 février. Venez participer au parcours lumineux, la course entre le Village Olympique et le parc Paul Mistral. Nous nous retrouverons le soir autour d’un grand spectacle son et lumière, ouvert à tous.