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JO de 1968

Un urbanisme à pleine vitesse

Avec l’organisation des Xèmes Jeux Olympiques d’hiver en 1968, un nouveau destin s’est planifié pour Grenoble. Pour assurer son rôle de capitale olympique, le relief de notre cité alpine s’est sculpté en un temps record. Les JO se sont en effet avérés être une véritable opportunité de développement urbain. Aujourd’hui, nous empruntons et utilisons encore un bon nombre d’infrastructures et d’équipements construits à cette période. Ces symboles de la modernité de l’époque se sont « fondus » dans la ville… Retour sur l’épopée olympique grenobloise, à travers ces témoins en dur.

Hubert Dubedout © AMMG

Nous sommes en mars 1965. Hubert Dubedout vient d’être élu maire de Grenoble (SFIO, PSU, GAM). Le mandat municipal s’annonce hors du commun, puisque le nouvel élu a en charge l’organisation et l’accueil des Xèmes Jeux Olympiques d’hiver qui se dérouleront du 6 au 18 février 1968.

C’est Albert Michallon, son prédécesseur gaulliste, qui avait porté la Ville de Grenoble candidate aux JO d’hiver en 1962, en connivence et avec le soutien du préfet de l’Isère de l’époque, Louis Verger.
Nous sommes ainsi au milieu des années 1960. Grenoble est une ville industrielle en plein boom démographique.

Entre 1946 et 1962, sa population est passée de 102 000 à 159 000 habitants (1). Cependant, les infrastructures n’ont pas évolué aussi rapidement.

Lucien Ratel, attaché de presse à la Ville de Grenoble pendant les Jeux en témoigne : « Dans le domaine de l’aménagement urbain, tout ce qui n’est pas à refaire est à reprendre : l’assainissement, l’adduction d’eau, son captage et sa distribution ; les voiries et les carrefours, les bâtiments publics ; quant aux équipements sociaux, sportifs, et culturels, ils sont très insuffisants. » (2).

Les JO seront l’occasion de moderniser la cité, mais le challenge est de taille.

Pourtant, cette réalité semble être « ignorée » dans le dossier de candidature de Grenoble aux JO, qui affirme que « Grenoble possède tous les édifices nécessaires aux réceptions d’apparat et protocolaires, ainsi que les organismes indispensables à la vie d’une grande cité. »…

Deuxième « coup de bluff » : le fameux dossier olympique vante les atouts de Grenoble en tant que ville de montagne. Or, comme le rappelle le journaliste Pierre Frappat, Grenoble est plutôt une ville « au pied des montagnes ». « La montagne n’était alors que le décor proche mais ignoré de leur (des grenoblois) vie quotidienne», révèle-t-il (3).

Le grand saut urbanistique

Vue de l’intérieur du chantier : le stade de Glace (futur Palais des Sports) va accueillir les épreuves de patinage artistique. © AMMG

 

Pour être à la hauteur de ses promesses olympiques, Grenoble devra redoubler de force et d’ambition. Mais le nouveau maire, qualifié de « bâtisseur » par Lucien Ratel, semble prêt à soulever des montagnes. C’est notamment sa volonté d’équiper la ville qui l’a conduit à remporter les élections municipales. Cet ingénieur et ancien officier de marine est en effet entré dans la vie politique grenobloise grâce à sa ténacité et sa persévérance pour résoudre une problématique liée à l’approvisionnement en eau. Les JO seront donc l’occasion de moderniser la cité, mais le challenge est de taille.

Hubert Dubedout et son « équipage » disposent de 3 années pour concevoir et réaliser tous les équipements sportifs ou généraux nécessaires à l’accueil des JO. Installé au premier étage de la mairie, située à l’époque dans l’ancien Hôtel de Lesdiguières du Jardin de Ville, le maire demande à étudier le dossier olympique, et réalise que tout est à écrire.

Passée la première année d’études, début 1966, aucun travaux n’a démarré

En termes de programme, si la plupart des équipements sportifs édifiés pour les Jeux investiront les hauteurs environnantes, ceux destinés aux épreuves de glace logeront en plein cœur de ville, dans le parc Paul Mistral (le stade de Glace, la patinoire et l’anneau de vitesse).

 

Le stade d’ouverture des JO de 1968 où fut allumée la vasque, est aujourd’hui le parc Jean Verlhac à la Villeneuve. © AMMG

Aussi, un stade provisoire accueillera la cérémonie d’ouverture plus au sud. La ville construira également le centre de presse et de Radio-Télévision à Malherbe, et le Village-Olympique pour héberger les athlètes.

Au-delà de ces aménagements « spécial JO », Grenoble saisit l’opportunité d’accélérer la réalisation d’infrastructures initialement prévues dans la politique municipale d’urbanisation, grâce à une partie de financements étatiques : logements, réaménagements et percées de voiries, réseaux ferroviaires et aériens, équipements administratifs, culturels, etc.

Des chantiers qui, comme le précisait Hubert Dubedout, « en d’autres circonstances, auraient demandé de douze à quinze ans pour se concrétiser » (4).

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Une ville moderne sur la ligne d’arrivée

Le chronomètre tourne. Passée la première année d’études, début 1966, aucun travaux n’a démarré. En parallèle, Hubert Dubedout est « contraint d’aller quémander des subventions et autorisations de programmes dans les antichambres ministérielles » (5).

Puis, de 1966 à 1967, les chantiers poussent de toute part et en simultané dans la cité. Un contexte difficilement imaginable aujourd’hui : « Il faut se rappeler qu’on ne manquait pas de foncier. On a construit sur des terres agricoles, parfois avec un droit de préemption, alors qu’aujourd’hui on construit la ville sur la ville… », explique Dorian Martin.

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Début 1968, Grenoble ressort vainqueur de cette course. Dans la plaquette de présentation de la ville pour les Jeux, Hubert Dubedout écrit :

« A la veille des Jeux Olympiques, Grenoble apparait aux visiteurs comme une ville jeune, animée, dynamique, presque une ville-champignon. Le vieux Grenoble semble assailli par les buildings et les immeubles modernes des quartiers neufs qui essaiment à perte de vue dans la plaine. Les autoroutes divergent vers l’horizon, ceinturent l’agglomération, des voies nouvelles irriguent la ville. Des bâtiments publics, flambant neufs, se dressent partout ».

Et c’est une double médaille, puisque la plupart des nouveaux équipements ont été pensés pour être réversibles après les Jeux, afin de servir aux citadins. A titre d’exemples, les athlètes du Village Olympique ont laissé la place à de nouveaux habitants, Alpexpo, l’anneau de vitesse, et le Palais des Sports sont devenus des équipements publics.

Mais les ambitions du maire ne s’arrêtent pas là :

« Grenoble Olympique a donné au monde le spectacle d’une mutation urbaine sans précédent, mais nous nous garderons de verser dans l’autosatisfaction, il reste tant à faire… »(7).

Et pour cause, l’année suivante, l’opération de piétonisation du centre-ville commencera sans transition.

 

(1) Rapport officiel du Comité d’organisation des Xèmes jeux olympiques d’hiver, 1969
(2) Hubert Dubedout le bâtisseur, Lucien Ratel, 1996
(3) Les Jeux Olympiques à Grenoble : une ville industrielle saisie par le sport, Revue de Géographie Alpine, Pierre Frappat, 1991
(4) Hubert Dubedout le bâtisseur, Lucien Ratel, 1996
(5) Hubert Dubedout le bâtisseur, Lucien Ratel, 1996
(6) Hubert Dubedout le bâtisseur, Lucien Ratel, 1996

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