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Espaces publics, commerces, commande publique : fabriquer du sens

La compétence économique a été transférée à Grenoble-Alpes Métropole le 1er janvier 2015. Néanmoins, la Ville de Grenoble dispose encore d’un certain nombre de leviers pour dynamiser l’économie de son territoire : des entreprises satellites où elle est actionnaire (GEG, Grenoble Habitat, Alpexpo…), des aménagements pour valoriser le commerce et l’entreprise de proximité et, surtout, la commande publique, qui impulse une nouvelle façon de travailler et de progresser avec les acteurs du territoire. Autant d’outils pour une économie au service des habitants et des usagers, respectueuse des enjeux écologiques et sociaux du XXIe siècle.

La transition écologique est une opportunité économique. C’est la conviction de la Ville, qui s’attache à offrir une vision qui dépasse les modèles économiques qui ont conduit aux crises récentes.

Depuis le passage en métropole, Grenoble garde encore des cartes maîtresses pour insuffler à son territoire une orientation à la fois plus solidaire et plus durable. À commencer par les satellites (lire encadré ci-contre), ces entreprises rattachées à la Ville : des Sociétés d’économie mixte (SEM) et des Sociétés publiques locales (SPL), où la municipalité est actionnaire majoritaire et assure donc leur présidence. Elle dispose d’atouts pour orienter leur fonctionnement dans le sens de l’intérêt des usagers à long terme.

« Les satellites sont les bras armés des politiques publiques. La Ville de Grenoble mène pour une grande part sa politique économique en s’appuyant sur eux, dans un projet global à la fois citoyen, écologique et solidaire », confirme Anne-Sophie Olmos, conseillère municipale déléguée au contrôle de gestion et à la commande publique.

Une commande publique plus lisible

Le développement économique dépend aussi pour beaucoup des contrats passés entre la Ville et les entreprises privées pour satisfaire des besoins précis : travaux dans les bâtiments publics, maintenance d’équipements, fourniture de repas pour la restauration scolaire, etc.

« À travers la commande publique, Grenoble souhaite impulser de nouvelles orientations qui profitent à tous. Par exemple, en deux ans, la part du bio et/ou du local dans l’alimentation scolaire est passée de 25 à 50 %. C’est un résultat qui s’obtient grâce à beaucoup de volonté politique, et qui doit donner confiance aux petits producteurs locaux pour l’avenir », témoigne Pascal Clouaire, adjoint à la démocratie locale et à l’économie de proximité.

la Ville envisage  la création de pôles qui renforceront l’identité des quartiers

Cette commande publique s’inscrit dans un cadre réformé à l’échelle nationale au printemps dernier. Objectif : simplifier les relations entre les entreprises et les donneurs d’ordre. Dès février 2016, la Ville a voté une délibération-cadre qui précise certains critères : clauses environnementales et sociales réaffirmées dans les appels d’offres, place plus grande pour l’économie sociale et solidaire, dialogue avec les entreprises avant la consultation, etc.

Rapprocher producteurs et consommateurs

Cette proximité, la Ville veille aussi à la renforcer avec les commerçants. Une réflexion s’est engagée autour des horaires d’ouverture des magasins et leur adaptation au rythme et au comportement des clients.

« Avec l’avènement d’Internet, les consommateurs ont profondément modifié leur comportement d’achat. Ils achètent aussi de plus en plus tard, en fin de journée, et nous devons en tenir compte », constate Pascal Clouaire.

Ces discussions concernent aussi les horaires des commerçants non sédentaires. Dans sa volonté de rapprocher au maximum producteurs et consommateurs, la Ville veut tendre vers un modèle économique circulaire, vertueux sur le plan énergétique (moins de déplacements, donc moins de CO2) comme au niveau social (prix plus justes, services associés). Ce modèle tient compte de l’attractivité urbaine.

La Ville a déjà amorcé une série d’aménagements en ce sens, notamment à travers un nouveau Plan lumière. Elle envisage aussi la création de pôles qui renforceront l’identité des quartiers. « Ces rues et ces places conforteraient les vocations déjà observées sur le terrain : une rue de Strasbourg et une place de Metz encore plus gastronomes, un quartier Championnet toujours plus dédié aux créateurs et artisans, un centre-ville surtout dévolu au prêt-à-porter… » esquisse Pascal Clouaire.

La commande publique, un levier pour l’économie locale

En février 2016, le conseil municipal a adopté une délibération-cadre à propos de la commande publique. Objectifs : introduire des clauses sociales et environnementales, mais aussi donner leur chance aux entreprises locales.

 

Le texte prévoit des clauses environnementales et sociales plus strictes dans certains appels d’offres. C’est notamment le cas lors des consultations du centre technique municipal, où le critère environnemental prévaut sur le prix. Des conditions en termes de transports et de cycle de vie des produits sont aussi inscrites, incitant les entreprises à engager des efforts pour limiter leur impact carbone.

La Ville souhaite aussi offrir une place plus grande aux petites et très petites entreprises, ainsi qu’aux acteurs de l’économie sociale et solidaire, en s’appuyant sur la nouvelle ordonnance des marchés, publiée en 2015. Pour éviter les situations de domination, le texte prévoit qu’une seule et même entreprise ne pourra pas répondre à plus de trois lots d’un même marché.

c’est autant d’argent injecté dans l’économie, qui permet de faire travailler surtout des entreprises locales et de pérenniser leurs emplois

La délibération-cadre précise également la possibilité de réunir, avant le lancement de la consultation, des entreprises potentiellement candidates au marché. Ces temps collectifs permettront de toucher davantage d’entreprises, de faire preuve de pédagogie et d’écoute et, ainsi, faciliter l’accès à la commande publique. De leur côté, mieux informées, les entreprises sauront présenter des offres en adéquation plus forte avec les besoins de l’acheteur.

C’est la pratique du sourcing, qui signe la fin d’une longue époque où le public et le privé n’étaient pas autorisés à dialoguer. Avant le transfert de compétences à la Métropole, la Ville achetait en 2014 pour 80 millions d’euros de commande publique. Parmi les marchés qu’elle gère aujourd’hui, celui de la maintenance des bâtiments municipaux, Hôtel de ville compris, est l’un des plus gros, avec environ 8 millions d’euros déboursés chaque année.

C’est autant d’argent injecté dans l’économie, qui permet de faire travailler surtout des entreprises locales et de pérenniser leurs emplois. Sur l’exercice 2015/2016, 56 % des contrats de travaux ont été passés avec des entreprises de la métropole, dont 16 % avec des entreprises grenobloises. Cette part atteint 24 % pour les marchés concernant les fournitures.

Un dialogue modernisé avec les entreprises

La Ville mène aujourd’hui le grand chantier de la dématérialisation des marchés, qui doit être mise en œuvre en 2018. Dès mars prochain, Grenoble mettra en ligne une plateforme destinée à renforcer les relations entre les demandeurs et les acheteurs. C’est ici que la Ville publiera ses appels d’offres, en donnant une visibilité des marchés jusqu’à un an à l’avance.

« C’est un espace de dialogue où les services de la Ville et les entreprises peuvent échanger des informations sur les marchés et inventer une nouvelle façon de travailler ensemble », décrit Anne-Sophie Olmos, conseillère municipale déléguée au contrôle de gestion et à la commande publique.

La plateforme prévoira aussi la possibilité, pour les entreprises qui le souhaitent, de se regrouper pour candidater. Par exemple, un spécialiste de la gestion des espaces verts aura la possibilité de s’associer avec une entreprise d’insertion.

Une plateforme pour faciliter la vie des entreprises, quand les réponses aux appels d’offres deviennent plus complexes.

Dépasser les contraintes structurelles en centre-ville

Désertification commerciale des centres-villes, diminution structurelle de la consommation des ménages, baisse de 11 % du nombre de créations d’entreprises dans le secteur du commerce de détail : comment redresser la barre ? Éclairage avec Bernard Fourt, co-président de l’association Étoile centre-ville commerce.

Sur près de 190 centres-villes inspectés en France, la part des locaux commerciaux qui ne trouvent pas preneur à la location est passée de 6,1 % en 2001 à 10,4 % en 2015.

Un chiffre symptomatique d’un début de « déclin structurel de la commercialité des centres-villes », selon le rapport de l’Inspection générale des finances et du Conseil général de l’environnement et du développement durable, dévoilé en octobre dernier. Le document pointe, outre la concurrence avec la vente en ligne et les centres commerciaux périphériques, une augmentation exagérée des loyers commerciaux, des offres de stationnement et des tarifs de parking inadaptés.

Bernard Fourt reconnaît que les problématiques auxquelles les boutiques sont aujourd’hui confrontées à Grenoble touchent la plupart des villes de France.

« Si le commerce est malmené par le changement de comportement des acheteurs, il faut préserver son avenir. Une ville retiendra toujours l’attention par la qualité de ses vitrines. »

Lui croit aux vertus du collectif pour préserver un secteur pourvoyeur d’emplois : « Les conditions doivent être réunies pour maintenir le plaisir de commercer tous ensemble. Le commerçant indépendant, c’est un véritable chef d’entreprise qui choisit ses collections quand il est revendeur, fabrique sur place quand il est boulanger ou cordonnier… Il y a aussi les franchises, avec des responsables de magasins qui gèrent des vendeurs, des managers qui rendent compte à leur direction. Le total de cette mixité des métiers représente 5 000 emplois à Grenoble. »

Redonner de l’attractivité

L’accessibilité, pour autant, pose question. Si la plupart des commerçants admettent que l’automobile pollue et qu’il faut donc en rationaliser l’usage, la fluidité des déplacements doit rester de mise. « Il faut penser à cette ruche où se croisent des centaines d’abeilles. Si l’entrée est bouchée, c’est la mort de toutes ces travailleuses. Le centre-ville est à cette image : si une artère principale est bloquée, c’est la disparition de tout ce petit monde du commerce. » Bernard Fourt veut rester positif et prône le dialogue. « Il y a des solutions à tout mais il faut choisir les bons interlocuteurs. »

Le co-président de l’association commerciale Étoile centre-ville attend de nouvelles propositions de la Ville « pour redonner toute l’attractivité qui a fait la renommée de Grenoble. » Avec un signal positif : Bernard Fourt a aussi constaté que le monde du commerce séduit de plus en plus de jeunes, « attirés par le contact avec la clientèle et le goût d’argumenter, conseiller et convaincre ».

Renforcer le lien commercial

Une première : la Nocturne des commerces a eu lieu le 2 décembre dernier, organisée par la Ville, la Métropole et l’association Label Ville des commerçants de Grenoble. Trois cents magasins sont restés ouverts jusqu’à 21h le soir, grandes enseignes et petits commerces de quartier. Des opérations commerciales et festives ont accompagné l’événement, encouragé par la gratuité des transports en commun.

Cette Nocturne illustre aussi la réflexion engagée autour des horaires des commerces et de leur meilleure adaptation à l’évolution des besoins des consommateurs.

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