Tous nos dossiers

Accueil >Dossiers >Tous nos dossiers>L’arbre en ville : un équilibre à préserver

Patrimoine végétal

L’arbre en ville : un équilibre à préserver

On y fait peu souvent attention, mais il n’existe pas moins de 36 000 arbres à Grenoble, dont 87 % ont plus de dix ans. En 2017, la population d’arbres a augmenté de 591 individus. Alors comment ce patrimoine végétal est-il géré par le service commun de l’arbre au sein du service des Espaces verts de la Ville de Grenoble ? Comment les arbres évoluent-ils en milieu urbain ? Quels sont leurs bénéfices sur la santé et l’environnement et qui sont leurs ennemis ? Éléments de réponse dans ce dossier.

Infographie

L'arbre à Grenoble en chiffres

Grenoble compte de nombreux parcs et jardins qui accueillent diverses plantes, dont de nombreux arbres allant du conifère à l’arbre fruitier. Depuis quelques années, le nombre d’arbres plantés est supérieur au nombre d’arbres coupés. Grenoble est donc de plus en plus végétalisée.

Vie végétale

Le cycle de l'arbre en ville : une rengaine bien rodée

En moyenne, la durée de vie d’un arbre de voirie se situe autour de quarante ans. Mais avant sa plantation dans des parcs ou en voirie, plusieurs étapes sont nécessaires.

© Sylvain Frappat

La vie de l’arbre en ville nécessite beaucoup d’attention de la part de ses gestionnaires. Avant même sa plantation, il faut déterminer l’espèce d’arbre adaptée aux sols, aux conditions climatiques et qu’elle entre dans une démarche de diversité, comme l’explique Jean-Claude Rebuffet, responsable du service des Espaces verts :

Pour choisir un arbre avant sa plantation, il faut visualiser le volume qu’il occupera sans contraintes une fois adulte. Une bonne adaptation des arbres à leur lieu de vie signifie également qu’ils ne gêneront pas la population et pourront se développer librement, sans taille.

Huit ans de soins avant la plantation

Tous les ans, la Ville de Grenoble passe des commandes d’arbres auprès de pépiniéristes externes. Même si la période d’élevage n’est pas identique pour tous les arbres, l’élevage en pépinière dure en moyenne huit ans. Pendant cette période, l’arbre a besoin de plus de soins qu’après sa plantation.

 

L’arbre transite ensuite par le centre technique de production végétale de la Ville de Grenoble situé à Saint-Martin d’Hères pendant trois mois au maximum. Dans l’attente de sa plantation, il est généralement planté dans le sable ou du terreau pour protéger les racines du gel.

Il sera ensuite planté sur son site d’accueil, généralement en hiver. Car à cette période, l’arbre fonctionne au ralenti. « Pour améliorer les chances de reprise des arbres, il faut les planter avant la fin du mois de mars« , indique le responsable du service des Espaces verts.

Une durée de vie de 40 ans

Le coût de plantation d’un arbre varie selon le lieu : 4 500 € seront nécessaires en moyenne s’il est planté en voirie contre 1 200 € dans un parc. L’arbre en lui-même coûte entre 300 et 400 €. Une fois planté en voirie, l’arbre vivra en moyenne 40 ans. Jean-Claude Rebuffet analyse la situation de ces dernières années :

Dans les années 70 à Grenoble, il y a eu beaucoup de plantations d’arbres qui poussent vite, comme les peupliers. Cela a créé un impact fort sur le paysage, mais leur durée de vie est limitée.

Le Service des Espaces Verts s’est donc organisé pour équilibrer les plantations sur plusieurs années pour « lisser le renouvellement des arbres dans le temps« . Car un arbre en mauvaise santé, dont le bois est attaqué par des organismes lignivores (qui se nourrissent de bois N.D.L.R), peut devenir dangereux pour les passants. C’est pourquoi les agents municipaux procèdent, si besoin est, à la coupe d’arbres pour assurer la sécurité des usagers et le renouvellement du patrimoine arboré.

Une fois que l’arbre est coupé, son tronc est fendu et broyé par une entreprise externe. Les copeaux sont ensuite réutilisés en compost, en paillage de massifs ou pour la réalisation d’allées.

Environnement

Les activités humaines, le principal ennemi de l'arbre en ville

Certains parasites et champignons peuvent abîmer un arbre au point qu’il devienne dangereux pour les passants : nécrosé, il devient cassant. D’autres organismes vivants défendent les arbres. Mais selon Jean-Claude Rebuffet, responsable du service des Espaces verts, les activités humaines sont l’ennemi n°1.

Le service des Espaces verts intervient pour l’élagage des arbres, comme chaque année au printemps.

« S’il n’y a pas l’Homme, les cohortes n’arrivent pas à pénétrer dans l’arbre« , explique Jean-Claude Rebuffet, responsable du service des Espaces verts. Car toute plaie (choc, coupe de racine, bris de branche ou taille…) est une porte ouverte dans la défense de l’arbre pour une cohorte de ravageurs qui nécrosent l’arbre de l’intérieur.

Pour contrer ce cercle vicieux, le service des Espaces verts choisi l’arbre en fonction de l’environnement où il va être planté pour éviter les tailles de grosses branches.

Des bons et des mauvais organismes

En surface, des tas de ravageurs, tels que des pucerons ou des acariens, viennent abîmer les feuilles et pomper la sève de l’arbre. Même si ces intrus peuvent le fatiguer, ils ne peuvent pas le tuer. Et c’est sans compter sur les complices de l’arbre qui le défendent contre ses ennemis, tels que les champignons ou les oiseaux. On les appelle « les auxiliaires ». Jean-Claude Rebuffet explique :

Au final, certains parasites gênent plus la population que l’arbre en lui-même Par exemple, les punaises qui se trouvent sur les platanes (tigres du platane) peuvent entrer dans des appartements proches ou salir les véhicules garés dessous.

L’arbre n’aurait-il donc rien à craindre puisque la nature est bien faite et que les écosystèmes sont équilibrés ? « Si, l’Homme« , répond Jean-Claude Rebuffet. « C’est le plus gros danger pour les arbres« .

L’urbanisation réduit l’espace des arbres

L’urbanisation, l’augmentation de l’espace dédié à la circulation au cours des décennies passées, l’installation de réseaux enterrés de plus en plus nombreux ont réduit l’espace dédié aux racines de l’arbre. Ainsi, par exemple, l’ancien cours Saint-André ne comprenait à l’origine qu’une voirie pour calèches d’environ cinq mètres de large.

Sur cet axe maintenant nommé cours Jean Jaurès et cours de la Libération et du Général de Gaulle, les arbres étaient centenaires avant le renouvellement du patrimoine arboré. Car « la voirie est l’endroit où l’arbre subit le plus les contraintes urbaines« , indique Jean-Claude Rebuffet.

À l’occasion de travaux, en plus des nécroses qui peuvent s’installer si des racines sont coupées, des asphyxies racinaires par tassement du sol dû à la circulation de gros engins ou au stockage de matériaux peuvent, comme quand on supprime beaucoup de petites racines, entraîner la mort de l’arbre qui s’assèche.

Privé d’eau, l’arbre se nécrose et devient dangereux pour les passants. Selon le responsable, « la protection de l’arbre et la protection de l’humain sont donc liées.« 

Interview

Lucie Anzivino : "On ne peut pas construire une ville qu’avec du béton"

Pour Lucie Anzivino, chargée d’études en santé environnementale et évaluation d’impacts sur la santé à l’Observatoire régional de la santé Auvergne-Rhône-Alpes, l’arbre en ville et la végétation en général ont un rôle important à jouer sur la santé physique et mentale des habitants.

© Document remis

La nature en ville est bénéfique pour les habitants. Quels phénomènes influent sur la santé ?

Les arbres aident à la régulation thermique d’une ville, car ils apportent de la fraîcheur. L’arbre en tant que végétal va aussi avoir un rôle d’épurateur, de filtre. Il séquestre le carbone et absorbe les polluants qu’on retrouve typiquement dans la pollution urbaine (oxyde d’azote, particules fines…). Mais ces phénomènes restent encore limités. Ce n’est pas parce qu’on va mettre des tonnes d’arbres sur une avenue qu’on pourra arrêter la pollution en ville. L’arbre a aussi un rôle de régulation dans l’écoulement des eaux.

D’un point de vue esthétique, l’arbre améliore aussi le cadre de vie. Les personnes apprécient mieux les endroits où ils vont s’il y a des arbres, car c’est plus agréable, plus joli. L’arbre fait aussi partie de ce plus au niveau du bien-être et de la qualité de vie que recherchent des personnes qui habitent en milieu urbain.

Car en ville, il faut apporter de la végétation : la nature a un rôle important sur leur santé mentale. Et la santé mentale a aussi une influence sur la santé physique.

Les parcs et jardins ont un effet plus important sur la santé des citadins au vu de leur densité, mais les arbres de voirie ont-ils aussi leur rôle à jouer ?

Sur les voiries, l’apport de végétation va avoir un rôle important dans la régulation de la température. Ce n’est pas quelque chose de nouveau. Depuis la nuit des temps on a planté des arbres sur les grandes avenues. Ce n’était pas juste pour faire joli.

En plus de sa contribution dans la qualité de l’air, s’il n’y a pas d’arbres le long d’une grande avenue, il n’y aura pas d’ombre et ce sera plus difficile pour les piétons de déambuler le long de ces voiries en été.

Car en dehors du confort thermique, il y a aussi le risque d’être exposé au soleil et aux UV, qui peuvent provoquer des coups de soleil, des coups de chaleurs ou des insolations.

Quel est le rôle des espaces verts dans la santé physique et mentale ?

L’espace vert peut inciter à faire de l’activité physique : on marche au parc, on fait du sport au parc… Ça crée aussi du lien social car on discute au parc, les enfants jouent ensemble…

Ça permet aussi de réduire les inégalités : le parc permet aux personnes, quelque soit leur milieu social, de profiter de la nature, d’un espace qui va apporter du bien-être.

Les espaces verts ont également un rôle éducatif à jouer : on apprend le rythme des saisons, de la nature…

Le Parc Paul Mistral est l’un des espaces verts les plus importants de Grenoble. ©Sylvain Frappat

 

 

Après, il existe aussi des effets indésirables liés aux parcs. L’apport de nature en ville est très intéressant pour la qualité de vie, mais il faut rester vigilant sur les risques, comme les allergies, la sécurité, les aménagements disponibles… Mais c’est quelque chose auquel les villes réfléchissent largement.

Selon vous, les politiques publiques en général prennent-elles suffisamment en compte l’aspect bénéfique sur la santé de la nature en ville ?

Oui, de plus en plus car beaucoup de travaux ont été menés ces dernières années.

Aujourd’hui, on parle beaucoup d’urbanisme favorable à la santé. On considère la santé dans son ensemble. Car la santé ce n’est pas que les soins, mais c’est aussi tout ce qui influe sur le bien-être et le cadre de vie.

Ce n’est pas que parce qu’il y a une bonne organisation des soins que l’on sera en meilleure santé. Il y aussi l’environnement physique, social, le cadre de vie et nos modes de vie. Le fait de prendre en compte le plus de déterminants possibles dans un projet est une manière de mieux prendre en compte la santé des habitants.

Est-il possible d’améliorer la nature en ville pour des meilleurs effets sur la santé ? Comment ?

Oui, aujourd’hui, par exemple, on peut utiliser une démarche d’évaluation d’impact sur la santé qui permet d’analyser, en amont, les impacts positifs d’un projet sur la santé des populations et les impacts négatifs potentiels afin de maximiser les bénéfices. Pour le moment, cette démarche a été utilisée sur deux projets de parcs à Lyon (parc Zénith) et à Valence (parc de l’Épervière). Il faut concevoir un projet dans sa globalité et pas par petits morceaux pour que la nature en ville reprenne sa place de manière positive.

Depuis quelques années, on se rend compte que l’on ne peut pas construire une ville qu’avec du béton. Les villes ont été construites pour les voitures et il faut inverser la tendance.

Il faut que la ville redevienne à taille humaine et surtout que l’on puisse se déplacer à pied dans un milieu agréable et sécurisé. Il faut que la place de la voiture devienne de moins en moins importante. Ça permet aux gens de bouger plus, de faire de l’activité physique, de rencontrer des gens. Ça recrée une dynamique « cœur de quartier, esprit village » qu’il n’y avait pas avant que la voiture ne soit indispensable.

Les commentaires (1)

Commentaire de SCHNEIDER le 20 janvier 2018 à 14 h 06 min

Très bel article qui donne envie de venir encore en vacances à Grenoble. Les abeilles vous en seront reconnaissantes. A quand des ruches dans les parcs de Grenoble?

Lire la suite >

réagir

Votre adresse de courriel ne sera jamais publiée.

Tous les champs sont obligatoires

> Commentaires, mode d'emploi