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solidarité

Migrants : où en est Grenoble ?

Quand la défiance et la haine menacent, Grenoble s’efforce de rester une ville solidaire. Dans un réseau associatif particulièrement investi, l’Observatoire des discriminations et des territoires interculturels (ODTI) et la Cimade multiplient les actions au quotidien pour que des femmes et des hommes fuyant le fracas du monde trouvent les perspectives d’un avenir digne et apaisé.

Plus de 80 000 personnes immigrées vivent à ce jour dans la métropole grenobloise. L’identité cosmopolite de la capitale des Alpes s’est aussi nourrie des situations de guerre et des crises successives dans le monde, grâce à l’engagement d’un tissu associatif vivace, tourné vers les enjeux sociaux et humanitaires.

Emblématique de ce positionnement, l’Observatoire des discriminations et des territoires interculturels (ODTI) a été créé en 1970 sous la première municipalité Dubedout par des associations et des syndicats.

Malgré une diminution de près de la moitié de ses moyens à partir de 1983 et un redressement judiciaire en 2007 suite à l’effondrement des subventions étatiques, l’ODTI a continué à œuvrer pour l’accueil et la construction de projets avec les migrants, visant à faciliter leur insertion en France et en Europe, mais aussi pour leur retour dans leur pays d’origine.

L’ODTI héberge en permanence environ deux cents personnes, dans un peu plus de cent vingt logements, principalement au centre de Grenoble.

Ceux-ci sont répartis entre le Centre d’hébergement et d’insertion sociale pour les plus précaires, la résidence hôtelière pour les personnes en va-et-vient avec leur pays d’origine, et enfin des appartements en colocation pour celles et ceux qui ont retrouvé leur autonomie.

Coproduire des projets, ici et là-bas

Longtemps établissement n’hébergeant que des hommes en provenance d’Algérie, l’ODTI accueille aujourd’hui vingt-cinq nationalités.

Beaucoup de choses ont changé : l’origine géographique, la part grandissante des demandeurs d’asile, qui atteint aujourd’hui plus de 25 %, ou encore celle des femmes et des enfants, à désormais 20 %.

Parmi l’éventail de services pour ses résidents, l’ODTI a notamment mis en place un service juridique pour faire respecter les droits et les devoirs des migrants et pour mener une lutte active contre les discriminations. L’un des meilleurs services juridiques dans ce domaine en France, qui a déjà fait condamner une dizaine d’institutions publiques.

Une formation en français/ langues étrangères est également dispensée chaque année à plus de cent cinquante apprenants de toutes origines et de tous statuts socioprofessionnels.

L’ODTI, enfin, propose un service infirmier et psychologique, pour toutes et tous, notamment aux personnes âgées. En effet, 60 % des résidents de l’ODTI souffriraient régulièrement d’état dépressif.

C’est justement pour créer les rencontres que l’ODTI organise l’événement Equinoxe Metis depuis neuf ans. Ce 22 septembre, des migrants se sont retrouvés à la même table que le maire de Grenoble et de responsables associatifs, pour partager le traditionnel « couscous républicain communautaire » sous un chapiteau de 80 m2, installé sur la place Edmond Arnaud.

Les restaurants Le 5 et Ici Grenoble ont apporté gracieusement leur concours pour la confection des mets, servis à plus de 150 personnes ce jour-là.

Pièces jointes:
Guide des droits des résidents étrangers

Porter un regard différent sur les migrants

À Grenoble, la Cimade accompagne les personnes étrangères dans la défense de leurs droits et se mobilise pour témoigner.

L’exposition « Figures de l’exil », imaginée par Jérôme Rullier et Isabelle Carrier, présentée à l’Hôtel de ville à l’occasion de la Quinzaine contre le racisme en 2016. © Sylvain Frappat

 

Ils ont entre 15 et 18 ans, arrivent d’Afrique saharienne, du Maghreb, des Balkans ou du continent asiatique. En six mois, sept cents jeunes se sont présentés au service d’aide sociale de l’enfance à Grenoble, en quête de protection.

« C’est un chiffre en très nette augmentation, il a pratiquement doublé par rapport à l’an passé », pointe Valentin Fonteray, coprésident de la Cimade Grenoble.

Cet été, l’association nationale a coécrit une lettre, avec le Secours catholique et Médecins du monde, adressée aux collectivités locales et à l’État, pour réclamer des solutions face à cette situation d’urgence. Des mouvements citoyens se sont créés aussi à ses côtés pour combler les atermoiements de l’action politique.

« Un réseau associatif et de bénévoles se développe : c’est formidable et en même temps ce n’est pas bon signe, car cela signifie qu’il y a un manquement dans les réponses publiques, notamment sur la question de l’hébergement », observe Valentin Fonteray.

La Cimade s’efforce aussi d’adapter son travail. Elle a constitué une équipe spécifique pour s’occuper des migrants mineurs isolés. Elle œuvre aussi en partenariat avec d’autres structures qui maillent le territoire (le Samu social, Accueil migrants Grésivaudan…) et compose un binôme étroit avec l’Ada (Accueil demandeurs d’asile).

C’est le plus gros de son action : l’aide à la constitution des dossiers pour une régularisation par la Préfecture. Chaque semaine, la Cimade assure des permanences juridiques pour accompagner les jeunes personnes dans leurs démarches et faire en sorte que leurs droits sociaux et humains soient respectés. Désormais trois matinées par semaine, au lieu de deux, pour s’adresser à ce public de plus en plus nombreux.

Des rencontres et des échanges

La Cimade anime également des ateliers sociolinguistiques et mène des actions de sensibilisation à la question des migrants, en particulier dans le milieu scolaire.

Le festival Migrant’Scène, qu’elle organise depuis 2011 dans cinquante villes de France, veut aussi nuancer les regards sur les migrants.

Il se déroulera cette année à Grenoble sur deux semaines, du 14 au 30 novembre, avec l’implication de la ville et de la Métropole. Du théâtre, des expos, de la musique, du cinéma, pour apprendre à dépasser ses préjugés et s’informer d’une réalité dramatique.

Et garder l’espoir malgré tout, comme le reconnaît Valentin Fonteray :

Grenoble reste moins marquée que d’autres villes par le repli et la crainte : on y fait moins d’amalgames.

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