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Baïa Ouzar

Danseuse en liberté

Sur scène, c’est avec son fauteuil roulant qu’elle évolue. Lumineuse, émouvante et pleine de vie, Baïa Ouzar, danseuse au sein de la compagnie Colette Priou, a pu dépasser son handicap grâce à la pratique artistique et en a même fait son métier. Portrait.

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©Joseph Caprio

Originaire de la région lorraine, Baïa est depuis sa naissance atteinte d’une maladie orpheline qui occasionne une malformation au niveau des membres inférieurs. Et c’est en milieu institutionnel qu’elle a grandi, dans une structure dédiée aux handicapés moteur. À 18 ans, son BEP de secrétariat-bureautique en poche, elle arrive à Grenoble pour poursuivre ses études et est immédiatement séduite par son accessibilité.

« Pour moi, c’était la découverte de l’indépendance avec la possibilité de me déplacer à ma guise, de prendre le tram… C’est une époque où j’avais besoin de sortir du cocon familial pour vivre ma vie et j’ai aussi décidé de changer d’orientation professionnelle. » Très sensible aux disciplines artistiques, Baïa envisage d’abord de se diriger vers les arts plastiques qu’elle a « beaucoup pratiqués comme exutoire de la maladie ».

De nouveaux horizons…

C’est alors qu’elle découvre par hasard le travail de Colette Priou lors d’une représentation au Jardin de Ville. Interpellée par la présence de danseurs en fauteuil, elle va bientôt rejoindre les ateliers du groupe Imagin’ que la chorégraphe anime en direction d’amateurs valides et handicapés. « J’ai tout de suite apprécié cette mixité, car rencontrer des personnes valides ouvre de nouveaux horizons et ça me sortait de la ghettoïsation du handicap que j’avais vécu durant mon enfance. »

D’autant que la jeune femme va très vite se sentir parfaitement à son aise au sein du groupe : « Colette est très pédagogue, à l’écoute, elle sait s’adapter à chacun et elle laisse beaucoup de liberté dans la création. » À l’issue de cette première expérience, Baïa va suivre pendant quatre ans les ateliers de la chorégraphe avant d’entamer une formation plus poussée en 2004.

« Plus je dansais et plus je découvrais que j’avais une facilité à me déplacer dans l’espace. Je me sentais très à l’aise aux côtés des danseuses professionnelles de la compagnie, avec qui je commençais à me produire sur scène. Je me suis donc concentrée uniquement sur la danse jusqu’à intégrer la compagnie en tant que professionnelle en 2006. »

… et beaucoup d’émotion

Depuis, Baïa a participé à la création d’une dizaine de spectacles, au sein desquels Colette Priou mise à chaque fois sur la mixité, le dialogue, le mélange des genres et des influences : Differas, Au delà-de… présenté au festival d’Avignon en 2012…

Elle a également dansé dans la chorégraphie de Jean-Claude Gallotta, Racheter la mort des gestes, en 2009. Son seul regret ? La réticence des programmateurs à concevoir qu’une personne handicapée puisse danser et leur frilosité à accueillir les créations auxquelles elle participe.

En dépit de ces a priori tenaces, Baïa ne regrette pas un instant son parcours. « La danse, c’est beaucoup d’émotion et ça remue énormément de choses à l’intérieur. À titre personnel, c’est une expérience très forte. Ça fait réfléchir sur soi, son corps, ce qu’on est… Aujourd’hui, j’ai accepté le corps dans lequel je vivais. Cette pratique m’a aussi permis de m’ouvrir aux autres, de cesser de m’apitoyer sur moi pour davantage me prendre en main, oser faire les choses par moi-même et aller de l’avant. »

Vos commentaires

Commentaire de Ouzar le 7 janvier 2016 à 5 h 14 min

Tu es super classe sœurette….

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