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Olivier Razemon

« Il faut parler du vélo, faire du vélo… »

Olivier Razemon est le « Monsieur Vélo » du Monde.fr. Dans un dernier essai sans concession sur un espace urbain en France encore trop assujetti au tout-voiture, ce passionné des transports et modes de vie plaide pour une transition douce vers plus de cyclable.

Cambodge(c) Laurent Bouvet / RAPSODIAwww.laurentbouvet.comGre.maG : Vélo et ville, est-ce une affaire qui roule aujourd’hui ?

La France a manifestement un retard par rapport à de nombreux pays européens voisins. Pas seulement vis-à-vis de l’Europe du Nord d’ailleurs : en Italie, en Suisse, en Angleterre, certaines villes enregistrent des proportions de trajets à vélo excédant 20 à 25%. Dans l’Hexagone, on est très loin de ces standards : les deux villes recordman –Bordeaux et Strasbourg, avoisinent les 10%.

Gre.maG  : D’où viennent les résistances ?

Elles sont d’ordre multiple. Tout le monde a toujours de « bonnes » raisons de ne pas faire de vélo : trop de pluie, de chaleur, de montées, trop difficile à manier… Les représentations ont la vie dure aussi : c’est le véhicule du pauvre, le talisman écolo du bobo, l’attelage du sportif… Ce que révèlent plus profondément ces propos, c’est une disparition totale de la culture cyclable urbaine en France au profit de celle du tout-voiture. La concurrence est forte entre les modes de transport. Dans la majorité des projets urbains actuels et à venir, on considère encore que tout doit se faire en auto et que tout le monde de surcroît en possède une.

Gre.maG : Dans votre dernier livre[1], vous affirmez pourtant que le vélo peut transformer nos « sociétés cabossées »…

Rapide, fiable, bon marché, sain, peu consommateur d’espace, économe en énergie et non-polluant…Le vélo peut effectivement être un remède à de nombreuses difficultés actuelles. Une réponse à la question omniprésente du pouvoir d’achat des Français, à leur volonté de rester en forme le plus longtemps possible, au problème de la dette publique des collectivités, à celui de l’étalement urbain ou encore de la paupérisation de certains centre-ville..

Gre.maG : Quels sont les leviers d’action les plus efficaces pour développer davantage la pratique du vélo en ville ?

Il y a d’abord l’aspect urbanistique : on sépare trop souvent transport et voirie –c’est-à-dire toute la réflexion sur qui peut se déplacer, comment, à quelle vitesse ? Cela ne veut pas dire qu’il faut mettre des pistes cyclables partout mais qu’il faut veiller à rendre les circulations à vélo comme à pied d’ailleurs, confortable ! Cela peut passer par la limitation de la vitesse maximale pour tous les véhicules à 30 km/h, l’aménagement des carrefours, des franchissements (autoroutes, voies ferrées…), des stationnements… L’autre axe, c’est la communication : il faut parler de vélo, faire du vélo, à commencer par les élus. Que le maire d’une grande ville comme Grenoble se déplace aujourd’hui à vélo, me semble très intéressant, à condition que cela ait du sens, sur des trajets pas trop longs : il ne faut pas que cela devienne un gadget !

Gre.maG : Le Pouvoir de la pédale, insistez-vous, n’appartient pas qu’aux élus…

Les transports, c’est de la politique, et donc des choix, à tous les niveaux : de la ville, de la métropole, des syndicats de copropriété qui décident de créer de nouvelles places de vélo dans les espaces communs, des entreprises qui aménagent parkings et douches pour accueillir leurs salariés cyclistes, et aussi du citoyen. L’histoire du vélo est amusante de ce point de vue-là : ce sont à la fois de grandes décisions politiques et de tous petits détails pratiques a priori un peu banals, mais auxquels il faut penser.

Gre.maG : Qu’est-ce qui caractérise aujourd’hui les villes les plus vélo-friendly ?

C’est à la fois une politique de long terme maintenue sur de nombreuses années, quelques soient les majorités en place, et une réflexion systématique sur la place du vélo dans l’espace urbain comme s’y appliquent les villes néerlandaises.

Gre.maG : Et Grenoble, où en est-elle?

La part modale du vélo à Grenoble se situe environ à 5%, ce qui n’est pas trop mal du point de vue de la France. En revanche, dans une ville d’Italie du Nord comme Bolzano, également au milieu des montagnes et tout aussi plate, ce sont 29% des trajets qui se font à vélo. La marge de progression pour Grenoble est donc monumentale, mais elle dispose d’énormes atouts, avec son absence de relief, une population plutôt jeune, riche de nombreux étudiants, et sportive.

[1] « Le Pouvoir de la Pédale. Comment le vélo transforme nos sociétés cabossées », collection Les petits ruisseaux, éd. Rue de l’Echiquier, 192 p, 15€.

 

Pistes cyclables, plans, chiffres… bon à savoir sur le vélo à Grenoble.

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