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Vincent Fristot

« Il faut préparer l’avenir et se positionner dans l’objectif de 2050 »

Vincent Fristot est adjoint à l’urbanisme, au logement, à l’habitat et à la transition énergétique. Juste avant la COP21, il fait le point sur l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, la nécessaire coopération des élus de l’ensemble de la Métropole grenobloise au profit d’une ville en transition.

788801_Vincent FristotQu’est ce qu’une ville en transition ?

Une ville en transition interpelle la dynamique de l’habitat et du logement, de l’ensemble de l’urbanisme et des ressources énergétiques utilisées. Toute la société fonctionne essentiellement à partir d’énergie fossile épuisable et il nous est indispensable de préparer un nouveau système basé sur des énergies qui se renouvellent elles mêmes. Je pense au soleil, au vent, à l’hydro électricité, au bois énergie. C’est de l’énergie locale et renouvelable, avec un circuit court, bien dans la problématique de la COP 21, dans laquelle il faut lier la question de l’énergie et des transports.

Ces énergies renouvelables ne sont pas concentrées, elles sont délocalisées, décentralisées, d’où l’importance d’échanger entre les territoires, et de les considérer dans leur ensemble. C’est ce que fait l’agence de l’énergie, l’ADEME, quand elle demande, pour candidater sur un Territoire à énergie positif, un TEPOS, de lier une agglo avec un parc (ex Vercors ou Chartreuse), pour avoir une notion de territoire à énergie positive.

Quel rôle donner à l’urbanisme à Grenoble ?

On envisage l’urbanisme dans notre municipalité comme la vie des futurs habitants de nouveaux quartiers. Au centre de notre réflexion : les personnes, les enfants, les personnes âgées, tous types d’habitants qui utiliseront des équipements publics, les parcs urbains, des commerces de proximité, les liaisons douces avec les transports publics à haut service, type tramway. C’est cet ensemble là de la vie quotidienne des jeunes et des moins jeunes, des actifs, des chômeurs, de tous ceux qui vont vivre dans les nouveaux quartiers que nous concevons aujourd’hui.

Comment concevez-vous ces projets ?

Cette conception doit s’appuyer dès le départ à la fois sur de l’expertise d’usage, sur des bâtiments plus performant pour une consommation énergétique plus sobre, sur le fait de privilégier une mobilité douce, sur des questions d’ensoleillement… C’est-à-dire sur une large interrogation, une pluralité de dimensions et d’analyses pour permettre un projet le plus vivable possible.

La contribution des uns et des autres permet de partir du terrain pour aboutir à une problématique générale, à partir de l’expérience de chacun. Les enjeux dépassent l’hyper proximité pour aller vers des enjeux d’agglomération, tels le tramway ou le transport par câble.

Les projets, c’est bien, mais la ville est déjà quasiment construite…

L’existant représente en effet la majorité de la ville, avec ses composantes historiques et architecturales. L’objectif est clair : remettre à niveau ces bâtiments pour un thermique confortable, avec un moindre besoin énergétique pour le chauffage, et même le confort d’été sans climatisation.
Grâce à un grand programme d’isolation thermique des bâtiments, la Métro et Grenoble aident déjà les copropriétés – c’est l’opération Mur Mur – et les bailleurs sociaux à engager ces travaux de rénovation.

Ces actions ont porté sur la consommation énergétique de l’ensemble des 400 bâtiments de la ville de Grenoble (écoles, musées, gymnase, piscines, hôtel de ville…). Sur l’agglomération, Mur Mur représente 1000 logements privés réhabilités par an, et on atteint quasiment le même chiffre avec les bailleurs publics. C’est aussi de l’emploi local créé, un pilier d’action de politique publique pour mettre en œuvre des engagements pris, qu’on espère le plus fort possible au niveau de la COP 21 en décembre prochain.

Qu’est ce que la COP 21 peut apporter à une ville ?

Les engagements internationaux ont le mérite de fixer des caps, des objectifs. Pour la mise en œuvre, c’est bien sur les territoires que les choses se passent. On a tout intérêt à travailler dans le sens des économies d’énergie, pour préparer la ville de demain et aider les ménages à ne pas trop payer. Programmes et investissements doivent être axés sur ces objectifs.

Comment mettre en œuvre tous ces programmes ?

On ne peut plus imaginer une ville qui s’attaque toute seule à ces problématiques. Unissons nos forces entre communes motrices sur ces sujets et constituons un pôle d’expertise qui rassemble les acteurs de l’énergie : communes, distributeurs d’énergie, experts des réseaux électriques intelligents… C’est cet ensemble qui a permis, avec des universitaires, de constituer une association en accompagnement des maîtres d’ouvrage. Qui connaissent les dispositifs de subventions, de financement de projets européens, l’idée étant de constituer des partenariats permettant d’engager ces opérations.

Quelle évolution pour le PLU ?

Le Plan local d’urbanisme est la réglementation qui s’applique aux permis de construire déposés, il concerne les bâtiments neufs. Il faut préparer l’avenir et se positionner dans l’objectif de 2050 et des engagements pris, par exemple lors du Grenelle de l’environnement qui avait défini un niveau de performance pour les bâtiments et avait même conclu à des bâtiments à énergie positive à l’horizon 2020, avec une consommation d’énergie compensée par des productions typiquement de panneaux solaires en toiture. Objectif : accompagner les promoteurs, les acteurs de la construction vers ces performances énergétiques.

Comment allez-vous vous y prendre ?

Nous avons plusieurs outils : les Zones d’aménagement concerté (ZAC) sur lesquelles on engage des programmes, par exemple la ZAC Presqu’Ile actuellement, la ZAC de Bonne avant, la ZAC Flaubert qui est en préparation. C’est une possibilité de faire des travaux pratiques, où on impose d’être 30% plus performant que la réglementation thermique en vigueur.

Sur le PLU de Grenoble, on a défini en décembre 2014, juste avant de passer la compétence à la Métropole, une modification pour imposer aux nouvelles constructions des performances supérieures à la réglementation, qui correspondent à 20 % de consommation énergétique en moins (RT 2012 -20% en termes techniques). C’est généralisé et assez unique en France. Notre municipalité a fait ce choix, en observant ce qui s’est passé sur les différentes ZAC, en voyant que les acteurs de la construction s’étaient fait à l’idée d’avancer dans ce sens là et que c’était tout à fait possible.

Mais, donc, la compétence est désormais passée à la Métropole ?

La nouvelle compétence de la Métropole est d’élaborer un PLU Intercommunal. On travaille main dans la main dans le cadre des apports de chaque commune, avec pour objectif qu’en 2019 la Métropole soit dotée de ce PLUI. Aujourd’hui, on contribue à l’élaboration de ce document qui va être capital. Idée : que chaque élu des communes prenne sa place dans ce débat stratégique.

On prépare bien là la Métropole de 2050, pour appliquer des décisions prises au niveau national, du Grenelle de l’environnement qui donne des orientations fortes, du paquet énergie climat de l’Europe qui donne des orientations de réduction à l’horizon 2030 des Gaz à effet de serre (GES), de l’efficacité énergétique à renforcer, des énergies renouvelables.

Tous ces horizons sont repris par la Métropole dans son Plan Air énergie Climat, avec des déclinaisons qui vont parfois au delà des préconisations européennes, mais là ce sont des spécificités de territoire.
Avec comme idée de multiplier les projets de très haute performance. On défriche beaucoup, sur des questions parfois techniques sur lesquelles la technologie évolue, mais en même temps il faut être capables d’avancer en permanence en discutant avec les acteurs et les citoyens.

C’est un projet de ville de demain qui se décline dans toutes les dimensions de la ville : déplacements, bâtiments, équipements publics. C’est de l’intelligence collective décuplée.

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