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Thierry Paquot

« Il faut réinventer un art de vivre en ville »

Thierry Paquot est philosophe de l’urbain. Il s’intéresse aux modes de vie dans la ville et au bien-être de ses habitants.
Invité à participer au projet Grenoble Ville de Demain en tant que témoin citoyen, il est l’auteur de plusieurs ouvrages dans lesquels il épingle les erreurs urbanistiques commises au nom du progrès.

thierry paquot 2015. ©CM.Vous observez la ville depuis plus de trente ans. En quoi a-t-elle changé ?

Je me suis d’abord interrogé sur la juste taille d’une ville. Je pensais que l’urbanisation était synonyme de ville et, qu’elle soit petite ou grande, c’était toujours la ville. Puis je me suis aperçu que si nous sommes tous urbains, nous ne sommes pas tous citadins.

Nous vivons à l’heure des villes, mais nous habitons par exemple dans des lotissements où la citoyenneté n’existe pas, ou dans d’énormes agglomérations sans prise aucune avec la décision politique.
Je remarque aussi que l’on maintient de vieux schémas alors que notre organisation a changé.

Que constatez-vous des villes aujourd’hui à travers le monde ?

Les mégalopoles sont « tendance » : on a décrété que l’avenir était là, qu’il fallait artificiellement réunir les villes pour n’en faire qu’une seule, gigantesque et inhumaine. Cette tendance s’observe même en France, avec la fusion des régions et l’idée de réduire nos communes de 36 000 à 7 ou 8 000. Les chiffres de consommation des ménages, mais aussi le contenu des romans et des films produits dans ces mégalopoles, soulignent un profond mal-être.

Êtes-vous nostalgique des petites villes ?

Plutôt critique à l’égard des grandes, telles qu’on les conçoit. La ville n’est pas une question de taille. Je propose d’adopter une approche existentielle.
La ville doit à mon sens posséder trois qualités : l’urbanité, soit un mode de pensée spécifique, ensuite l’altérité, c’est-à-dire ce qui est autre, différent et multiculturel, et enfin la diversité. Si un élément est contrarié, on perd la notion de ville.

Le vivre ensemble est selon moi une fausse piste : les êtres humains sont tous différents, je ne vois pas pourquoi on devrait partager les mêmes idées, les mêmes mœurs, les mêmes rythmes de vie. Ce qui n’empêche pas de réfléchir à des rapports pacifiés de voisinage.

Quelles seraient les nouvelles pistes à suivre ?

L’urbanité est la capacité à accueillir l’autre. Nous devons donc être plus soucieux par exemple du revêtement des sols, à différencier selon les usages, penser aussi à un mobilier urbain accueillant et esthétique, élargir les trottoirs et bien sûr reprendre le dessus sur la bagnole. Je propose aussi de revoir la culture des chantiers, ces espaces sécurisés mais barricadés où l’on ne sait jamais trop ce qu’il s’y passe. On pourrait associer les habitants à l’occasion d’une fête ou d’une journée portes ouvertes, délivrer plus d’informations sur les travaux en cours.

Il faut bien entendu aussi du débat et de la politique. J’applaudis ces formes d’expérimentation à cette échelle qui consistent à partir d’idées qu’on a en tête, où d’autres vont survenir.

Il faut inventer et expérimenter. Il y a des schémas à bousculer. Je pense qu’on est dans une révolution culturelle plus qu’économique : il faut réinventer un art de vivre en ville. Une multitude d’expériences sociales se heurtent au découragement des citadins vis-à-vis du monde politique.

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