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Rachel Thomas

« Il y a une préoccupation forte pour développer la marche mais aussi le vélo et les transports en commun »

Rachel Thomas est sociologue, chargée de recherche CNRS au Centre de recherche sur l’espace sonore et l’environnement urbain (Cresson). Elle travaille sur les thématiques de l’accessibilité et de la marche en ville.

rachelCirculer en ville c’est utiliser l’espace public. Comment le qualifieriez-vous ?

Mon approche de l’espace public en fait un espace de partage où la mixité d’usage doit pouvoir cohabiter. Ce qui signifie que l’espace public peut être un espace de conflits. Selon que l’on est un jeune enfant, que l’on est plus lent parce que âgé ou que l’on est étranger et qu’on a du mal à se repérer, il y a différentes manières de pratiquer la ville et de s’y déplacer.

Pour moi, l’espace public est un art de la négociation en permanence. Si l’on accepte cette idée que l’espace public est un espace de cohabitation entre différentes figures de citadins et usages de l’espace, il me semble alors important de se demander comment continuer à aménager la ville en développant les modes de déplacements sans les opposer, sans les isoler les uns des autres ?

Quelles tendances observez-vous à travers vos enquêtes ?

Dans des villes européennes comme Lausanne, Copenhague, Vienne mais aussi au Brésil et au Canada, où la place de la voiture est très importante, il y a une préoccupation forte pour développer la marche mais aussi le vélo et les transports en commun, en réponse à de nouveaux impératifs environnementaux et de santé publique.

Trois tendances sont observables dans la requalification des espaces publics urbains : les rendre plus beaux, ce qui passe souvent par la végétalisation et le recours à des décors urbains empruntant au passé, les désencombrer et les sécuriser.

On observe une tendance, notamment en Europe et qui se dessine au Canada, de créer des couloirs de circulation dédiés pour chaque mode de transport pour donner la place à chacun dans l’espace public et améliorer la fluidité des flux.

Ne risque-t-on pas de se retrouver avec des villes fades ?

On se rend compte que, pour les aveugles, les dénivelés et les ruptures sont importants car ce sont des points de repère dans l’espace public. De même, le bruit d’un véhicule peut aider à déchiffrer l’espace public, y compris pour un cycliste. Je pointe du doigt tous ces petits paradoxes qui sont liés à l’aplanissement des niveaux sonores, des surfaces au sol.

C’est vrai qu’il y a une compétition entre les différents usages mais il n’est pas impossible d’imaginer que, par exemple, piétons et cyclistes puissent cohabiter dans des espaces communs. N’y a-t-il pas un risque, à terme, de faire perdre au citadin ses capacités perceptives et motrices à l’évitement, à la gestion des autres usagers, à la régulation de ses vitesses qui participent du code implicite de la circulation en ville ?

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