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Sonia Lavadinho : « Recréer des espaces publics à forte biodiversité de désirs »

Anthropologue, experte des sujets urbains, Sonia Lavadinho observe l’évolution des modes de vie et notre manière d’appréhender les nouveaux espaces à vivre dans la ville. Gre.mag l’a rencontrée à l’occasion de la préparation de ce numéro spécial projets urbains.

Comment voyez-vous la ville se transformer ?

Une révolution s’opère partout dans le monde. La ville multimodale est entrée dans les mœurs pour une grande partie de la population. Ceux qui ne se déplacent qu’en voiture ne sont plus si nombreux, 10 % peut-être. La plupart sont des usagers occasionnels de plusieurs modes de transport, à l’affût d’expériences nouvelles de mobilité.

Nous sommes dans une décennie charnière, celle de la grande convergence entre l’habitat et la mobilité. Cela se traduit par la nomadisation des lieux de travail et d’apprentissage, l’émergence de tiers-lieux, etc. C’est un juste retour des choses : les humains sont fondamentalement nomades dans l’âme.

Comment accompagner ce nomadisme retrouvé ?

Cet essor de la mobilité crée une culture du trajet : les habitants sont davantage en prise avec leur ville. D’où la nécessité de fabriquer la ville de la rencontre, la ville de l’intensité. Les villes doivent recréer des espaces publics à forte biodiversité en termes de publics, de désirs et d’expériences. Se pose aussi la question de l’habitabilité : le confort, le plaisir d’être bien là où on est. Il est important d’injecter de l’habitabilité dans les espaces urbains, de la même manière qu’on en a créé dans nos voitures.

Et du coup, notre rapport au temps change…

Ces changements s’accompagnent d’une prise de conscience de la limitation de notre temps. L’espérance de vie augmente et avec elle l’envie de vivre longtemps en bonne santé, de vivre en multipliant les expériences dans la découverte et le plaisir. La ville doit répondre à ça : nous avons envie de vivre plusieurs vies. Il en découle aussi que nous devenons moins tolérants à perdre ce temps.

Partout sur nos trajets on attend plus d’équipements, plus de services, pas forcément dans une logique marchande, pour remplir ce temps.

Je rajouterai que c’est aussi la ville du dehors qui émerge à nouveau, alors que depuis les années 1950, on était plutôt de plus en plus enfermés. On le voit avec l’augmentation de la taille des balcons dans les éco-quartiers, les terrasses collectives sur les toits et la multiplication des lieux partagés.

Qu’est-ce qui peut rendre une ville plus désirable ?

L’attractivité d’une ville se mesure désormais à sa capacité à concevoir des espaces publics qui intéressent les différentes populations, y compris les familles et les CSP+.  Son attractivité se mesure aussi à son ouverture aux autres villes, à la relation qu’elle tisse avec son environnement extérieur. Or, le développement des grandes surfaces en périphérie, typique de l’aménagement en France, crée des barrières : d’un centre-ville à un autre, entre les villes et les campagnes… Le projet Cœurs de ville, Cœurs de métropole est intéressant dans la mesure où il apporte de nouvelles solutions d’habitabilité, d’attractivité et d’ouverture.

informationRenseignements divers
courrielhttps://www.grenoble.fr/30-vie-municipale.htm