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Olivier Epaulard

« Vers un territoire sans Sida à l’horizon 2030 »

Olivier Epaulard est professeur de maladies infectieuses au CHU de Grenoble, président du Corevih Arc alpin (Comité Régional de coordination de la lutte contre le VIH et les IST).

« L’objectif sur lequel nous travaillons, c’est un territoire sans Sida à l’horizon 2030 : les Alpes sans nouvelles contaminations et sans développement de la maladie pour les séropositifs ».

Olivier Epaulard, professeur de maladies infectieuses au CHU de Grenoble. 
© Alain Fischer

A quoi sert un comité régional de coordination comme le Corevih ?

Le Comité structure le dialogue entre les différents acteurs qui sont ainsi des partenaires : associations, professionnels médicaux, usagers, patients, sociologues, pharmaciens… Il permet de faire de la « démocratie sanitaire » en faisant parler de façon égalitaire toutes les parties prenantes.

Ce décloisonnement permet de travailler avec différents regards et approches sur tous les sujets de la prévention, du traitement, de la qualité de soin, pour être au plus proche des besoins et pour plus d’efficacité. Le Corevih compte 54 membres, mais près de 900 personnes y contribuent de près ou de loin. C’est un outil novateur, atypique, et très efficace !

 

Aujourd’hui, où en est-on avec la maladie ?

L’épidémie se poursuit avec de nouvelles séropositivités découvertes chaque année. Par ailleurs, les traitements qui permettent de contrôler efficacement l’infection (d’enrayer le développement de la maladie, ndlr) depuis 20 ans continuent de s’améliorer.

Il y encore quelques cas de Sida, lorsque les personnes ont été dépistées tardivement après avoir été contaminées. Il faut savoir qu’aujourd’hui, une personne séropositive sous traitement peut vivre tout à fait normalement, voyager, avoir des enfants, et la même espérance de vie que tout un chacun.

Le quotidien s’est amélioré : les traitements ont fait de gros progrès dans la simplicité depuis 2005, avec un seul comprimé à prendre chaque jour dans la plupart des cas, et moins d’effets secondaires.

Enfin, et c’est très important, les personnes traitées efficacement ne sont plus contagieuses : elles ne transmettent plus le virus.

 

Quels sont les objectifs pour le territoire de l’Arc alpin ?

Notre ambition est d’aller vers des Alpes (Isère, Savoie, Haute-Savoie) « sans sida » à l’horizon 2030. Entendons-nous : il y aura toujours des personnes vivant avec le virus. Un territoire sans sida, cela signifie un territoire sans nouvelle contamination, et sans cas de sida.

L’équation à résoudre est la suivante : arriver à ce que toutes les personnes diagnostiquées soient traitées, et que toutes les personnes porteuses qui l’ignorent soient dépistées.

 

Le rôle du dépistage est donc central ?

Il est essentiel ! Il faut amener le dépistage vers les gens, et que les gens viennent au dépistage. Sur l’Arc alpin, 2 400 personnes sont connues comme étant infectées et l’on découvre environ 75 nouvelles séropositivités chaque année.

On estime en France à 20 % le nombre de personnes porteuses sans le savoir, avec 5 000 cas diagnostiqués par an pour 5 millions de dépistages pratiqués.

Ce ratio montre que le dépistage tel qu’il est mis en œuvre aujourd’hui n’est pas si efficace, et que nous devons mieux cibler les populations exposées.

 

Quelles sont selon vous les priorités de la lutte contre le sida ?

Il faut continuer à dépister ! Et améliorer la prévention en général par le biais d’outils comme le préservatif mais aussi la PrEP (un traitement préventif pris au quotidien qui permet d’éviter d’être contaminé si l’on se sait exposé).

Il faut aussi renforcer l’information du public : l’infection est toujours là. Une partie importante de notre travail porte également sur l’image des personnes séropositives qui reste négative et discriminante. On doit changer cela.

informationRenseignements divers
Contact : Coordination Corevih, Anne Monnet-Hoel
téléphone 04 76 76 62 79
courriel amonnethoel@chu-grenoble.fr