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Économie

Vencorex au Pont-de-Claix : ce que l’on sait de la liquidation et de l’avenir du site

Liquidation prononcée, relance avortée, démantèlement acté: au Pont-de-Claix, Vencorex bascule vers la vente à la découpe, avec sécurisation, déconstruction et dépollution à la clé. Où en sont la procédure, l’emploi, la chaîne chimique locale et ce qui peut encore évoluer.

Vencorex au Pont-de-Claix : ce que l’on sait de la liquidation et de l’avenir du site

Vencorex au Pont-de-Claix a été placé en liquidation en 2025 et, au printemps 2026, la justice a privilégié la vente à la découpe et le démantèlement plutôt qu’un projet de relance industrielle. Voici, de façon factuelle, où en sont la liquidation et l’avenir du site, ce qui va se passer concrètement et ce qui peut encore évoluer.

Liquidation de Vencorex : ce qui est acté

La liquidation judiciaire de Vencorex, principal exploitant de la plateforme chimique du Pont-de-Claix, a été prononcée le 13 mai 2025. Cette décision a mis fin aux tentatives de redressement et a ouvert la voie à la réalisation des actifs, sous le contrôle d’un liquidateur judiciaire. Selon les éléments d’inspection administrative, une cellule liquidative a été prévue au moins jusqu’au 30 juin 2026 pour sécuriser les installations, gérer les risques industriels et organiser la cession d’actifs et le démantèlement progressif. Ces jalons confirment que la phase de liquidation est avancée, avec un pilotage orienté vers la fermeture ordonnée et la sécurité du site classé ICPE/Seveso.

Décisions clés de 2026 : le démantèlement plutôt que la reprise

Au terme d’appels d’offres examinés par la juridiction consulaire, le tribunal de commerce de Lyon (désormais tribunal des activités économiques) a, les 24-25 mars 2026, rejeté la proposition de reprise industrielle portée localement (projet Exalia) et retenu l’offre d’un ferrailleur pour le rachat d’actifs en vue d’un démantèlement. La décision, âprement contestée par les partisans d’une relance de la plateforme, a clos l’ultime tentative de redémarrage d’unités clés comme la chloro‑soude. Elle a aussi figé le scénario dominant : cessions d’actifs séparées et opérations de déconstruction, plutôt qu’une poursuite d’activité industrielle intégrée sur la plateforme.

Pourquoi le projet de relance a échoué

Le projet Exalia, qui fédérait des acteurs industriels et territoriaux, mettait en avant la relance partielle d’unités, la sauvegarde de compétences et une réutilisation des infrastructures du Pont‑de‑Claix. Ses porteurs dénoncent toutefois une procédure ayant, selon eux, privilégié la meilleure offre financière immédiate au détriment d’un projet industriel de continuité et d’intérêt général. Des audiences et échanges avec l’État n’ont pas inversé la tendance, et l’abandon a été annoncé début juin 2026. La juridiction a estimé que l’option de démantèlement était plus aboutie et sécurisée au regard des contraintes de la liquidation, des délais et du financement disponible.

Conséquences industrielles locales : un effet domino confirmé

L’arrêt des unités Vencorex a eu un impact direct sur la chaîne amont‑aval de la chimie locale, notamment l’approvisionnement en sel et en chlore. Dès 2025, des effets de bord ont été documentés sur les sites voisins (Jarrie, notamment pour Arkema), avec des ajustements industriels et logistiques coûteux, y compris des importations de sel pour remplacer l’approvisionnement régional. Au niveau national, la fermeture d’unités d’électrolyse à Pont‑de‑Claix a contribué à une baisse de la capacité française de chlore, présentée par la filière comme un recul de souveraineté sur une technologie critique de la chimie.

Emploi : où en sont les ex‑salariés

Au pic de l’activité, Vencorex employait environ 450 salariés sur le site isérois. La liquidation a entraîné des licenciements économiques échelonnés et la mise en œuvre de dispositifs de reclassement. Un an après la chute de l’entreprise, au printemps 2026, de nombreux ex‑salariés se trouvaient en fin de droits ou dans des parcours de transition professionnelle. Les offres de reprise partielles évoquées en 2024-2025 (une cinquantaine d’emplois) n’ont pas suffi à absorber les compétences locales. Le projet Exalia visait une relance plus large, mais son rejet a tari cette perspective. Restent mobilisables, pour les personnes encore en recherche, les dispositifs régionaux et nationaux d’accompagnement aux transitions industrielles et à la reconversion.

Ce qui va se passer sur le site : sécurisation, déconstruction, dépollution

Dans le cadre d’une liquidation avec vente à la découpe, le calendrier type comprend :

  • Sécurisation et maintien en conditions sûres des installations classées, sous l’égide du liquidateur et en lien avec l’inspection des installations classées.
  • Inventaires, cessions d’actifs mobiliers et immobiliers, et contractualisation des opérations de démantèlement avec des prestataires spécialisés.
  • Dépollution et remise en état par phases, selon les prescriptions administratives, avec contrôles réguliers. Sur une plateforme historique comme Pont‑de‑Claix, ces opérations sont pluriannuelles et techniquement complexes.

Concrètement, la priorité reste la maîtrise des risques industriels et environnementaux. Les riverains peuvent s’attendre à des travaux visibles de déconstruction et à des arrêtés préfectoraux précisant les obligations de l’exploitant sortant et du liquidateur, jusqu’à atteindre un état de site compatible avec de futurs usages.

Avenir de la plateforme du Pont‑de‑Claix : quelles options restent ouvertes

Le choix acté début 2026 referme la porte d’une relance immédiate par reprise globale des unités. Mais il ne condamne pas toute perspective industrielle à moyen terme sur la plateforme du Pont‑de‑Claix elle‑même. Deux scénarios demeurent plausibles :

1) Requalification industrielle sélective. Après démantèlement d’unités obsolètes ou trop dégradées, des brownfields peuvent être recommercialisés pour accueillir de nouvelles activités plus sobres en risques et en énergie, alignées sur les priorités de la transition industrielle régionale. Cette trajectoire exige un portage public‑privé, des investissements en dépollution et des garanties d’accès aux utilités (eau, électricité, raccordements).

2) Mix d’usages industriels et logistiques. Si la réindustrialisation lourde échoue, une reconversion vers des activités para‑industrielles ou logistiques peut émerger, sous réserve de compatibilité avec l’historique du site et les servitudes environnementales. Ce scénario mettrait l’accent sur l’emploi rapide mais à moindre valeur ajoutée technologique.

Dans tous les cas, l’avenir dépendra d’un trépied : qualité de la remise en état, existence d’un investisseur‑opérateur crédible, et appui des collectivités pour l’ingénierie de projet et les infrastructures.

Points de vigilance pour les riverains et le territoire

À court terme, les enjeux sont sanitaires, environnementaux et économiques :

  • Environnement : contrôle des émissions résiduelles, gestion des déchets de démantèlement, traçabilité des terres et des effluents, information du public lors des phases sensibles.
  • Sécurité : maintien des protocoles Seveso durant la transition, exercices et communication préventive en cas d’opérations lourdes.
  • Économie locale : limitation de l’« effet domino » sur les sous‑traitants, accompagnement des reconversions, mobilisation des dispositifs de revitalisation économique.

Les habitants peuvent solliciter des informations via les canaux préfectoraux et municipaux, et lors des réunions publiques tenues à l’initiative des autorités locales et des services de l’État. La publication régulière des prescriptions et comptes rendus d’inspection reste un repère pour suivre l’avancement réel du dossier.

Calendrier et prochaines étapes à surveiller

Au regard des décisions intervenues jusqu’au 1er octobre 2026, les grandes étapes sont les suivantes :

  • 2025 : liquidation prononcée, sécurisation renforcée et cadrage des cessions d’actifs.
  • Mars 2026 : décision judiciaire retenant l’option démantèlement, rejet de la relance industrielle immédiate.
  • Mi‑2026 à 2027 : montée en puissance des chantiers de déconstruction et de dépollution, puis éventuelle recommercialisation par lots si l’état environnemental le permet.

La fenêtre de réindustrialisation rapide s’est refermée avec le rejet du projet Exalia. Reste, pour le territoire, à transformer la contrainte en opportunité de requalification, en pilotant rigoureusement la dépollution et en préparant des projets industriels sobres à terme. Entre‑temps, les anciens salariés et sous‑traitants peuvent activer les guichets d’accompagnement et les dispositifs de revitalisation économique que l’État et les collectivités mettent classiquement en place après de telles fermetures.

En pratique, pour les riverains et acteurs économiques, le conseil le plus utile est double : suivre les arrêtés et rapports d’inspection publiés au fil des chantiers, et se positionner tôt sur les appels à projets ou à manifestation d’intérêt qui baliseront la future vie du site, afin d’orienter son devenir vers des usages créateurs d’emplois durables.

Sources

Le Monde : Dans les coulisses de l’échec du projet de reprise de l’entreprise chimique Vencorex, finalement revendue à un ferrailleur : https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/06/10/vencorex-l-echec-du-projet-de-reprise-de-la-plateforme-chimique-malgre-un-soutien-quasi-unanime-relance-le-debat-sur-le-fonctionnement-des-tribunaux-de-commerce_6700539_3234.html

Le Dauphiné Libéré : Plateforme chimique du Pont-de-Claix : pourquoi le projet Exalia a été retoqué : https://www.ledauphine.com/economie/2026/03/31/isere-le-pont-de-claix-plateforme-chimique-du-pont-de-claix-pourquoi-le-projet-exalia-a-ete-retoque

Sénat, questions : Liquidation et décision du tribunal des activités économiques de Lyon (25 mars 2026) : https://www.senat.fr/questions/base/2026/qSEQ26041076S.html

GéoRisques (inspection ICPE) : Vencorex Pont-de-Claix, éléments de liquidation et suivi : https://www.georisques.gouv.fr/webappReport/ws/installations/inspection/HaWJLCayUFBOEN6FAJLSmLOKiysv95NJ

Le Journal des Entreprises : Le projet de reprise de la plateforme de chimie Vencorex abandonné : https://www.lejournaldesentreprises.com/article/le-projet-de-reprise-de-la-plateforme-de-chimie-vencorex-abandonne-2144441

Le Monde : Après la cession de Vencorex, le destin d’une mine de sel dans la Drôme en suspens : https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/05/08/apres-la-cession-de-vencorex-le-destin-d-une-mine-de-sel-dans-la-drome-en-suspens_6604062_3234.html

Le Monde : Avec les licenciements d’Arkema, l’effet « domino » de la chimie se concrétise dans l’Isère : https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/01/23/en-isere-l-effet-domino-de-la-chimie-se-concretise-avec-les-licenciements-d-arkema_6512834_3234.html

Le Progrès : Entre espoir et crainte, les ex-salariés de Vencorex dans l’incertitude face à leur avenir : https://www.leprogres.fr/videos/entre-espoir-et-crainte-les-ex-salaries-de-vencorex-dans-l-incertitude-face-a-leur-avenir-38vl8z3

Ville de Pont-de-Claix : Sauvons la Plateforme, sauvons les emplois ! : https://www.pontdeclaix.fr/actualites/sauvons-la-plateforme-sauvons-les-emplois