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Les JO, un virage plutôt bien négocié par l’économie locale

Avec un coût total de plus d’un milliard de francs de l’époque, les Jeux Olympiques ont injecté massivement de l’argent public dans l’économie, confortant la croissance des entreprises du bassin grenoblois. L’impact populaire de l’événement, largement médiatisé, a aussi joué en faveur de leur réputation à l’échelle internationale. Certains spécialistes se sont toutefois interrogés sur la facture fiscale et la portée durable de tels bénéfices.

Les anciens établissements Brun. © Collection Ville de Saint-Martin d’Hères – Patrimoine

En 1968, la biscuiterie Brun imprègne de son odeur sucrée les rues de Grenoble un peu plus que d’ordinaire. Désignée fournisseur officiel et exclusif des Jeux Olympiques, l’entreprise produit à l’époque une centaine de tonnes de galettes, boudoirs et autres cakes chaque jour.

Elle dépêchera parmi ses salariées six hôtesses, vêtues d’un fuseau et d’un anorak orange, pour représenter les biscuits durant l’événement, avec distribution de minipaquets au pied des pistes de Chamrousse. Ce boom de notoriété n’épargnera pas la biscuiterie Brun d’une fermeture vingt-deux ans plus tard, après moult avatars.

Les Hôtesses des Biscuits Brun pour les JO de 1968. © Collection Ville de Saint-Martin d’Hères – Patrimoine

Rossignol prend son envol

D’autres sociétés ont durablement capitalisé sur les jeux. Créé à Monestier-de-Clermont en 1952, le fabricant d’anoraks Moncler avait habillé l’équipe de France, contribuant à populariser un nouveau vêtement : la doudoune. C’était bien avant de lancer, en 1980, une version pour la ville.

Passée sous pavillon italien en 2003, l’entreprise a cependant gardé une ligne de vêtements d’hiver haut de gamme nommée Moncler Grenoble. Les trois médailles d’or de Jean-Claude Killy ont aussi permis à Rossignol de s’adjuger dès 1973 le titre de leader mondial dans la fabrication de skis. Et pourtant celui qu’on surnommait « le petit prince des neiges » avait dévalé la piste de Casserousse avec des spatules… Dynamic ! Rossignol avait réussi à jouer la carte des Jeux de Grenoble dans sa communication pour se forger une identité olympique.

Moncler a profité des Jeux Olympiques de Grenoble pour lancer ses fameuses doudounes. A l’arrière plan, les bâtiments de Chamrousse. © Moncler

Quand le bâtiment va…

L’impact économique des JO sur un territoire fait souvent l’objet de controverses. À court terme pourtant, les effets positifs sont visibles : la création des infrastructures et des équipements profite de manière évidente au secteur du BTP.

Ce fut le cas en 1968, où pour faire face aux besoins de main-d’œuvre, les entreprises ont massivement embauché, cherchant souvent des « bras » au-delà de la région grenobloise. Plusieurs milliers d’emplois temporaires ont été créés. La sortie de terre de nouveaux quartiers ainsi que l’optimisation des voiries (tronçons autoroutiers, accès aux stations, déviations, grands boulevards) et des réseaux électriques (confiés à la société AMSE, disparue) ont provoqué un véritable électrochoc, sous l’œil attentif de l’Agence d’urbanisme née moins de deux ans plus tôt.

Mohammed, un des ouvriers qui ont construit Grenoble à l’époque des JO. Expo « Ils ont fait les Jeux » à voir à la Maison de l’international du 5 février au 5 avril. © Bernard Méric

Des travaux nécessaires à plus d’un titre

La construction de logements, pour accueillir les sportifs comme les journalistes, répondait aussi à de vrais besoins de la population. Il n’y a pas eu de krach immobilier après les jeux, contrairement à ce qui fut souvent observé dans d’autres villes olympiques, car l’offre nouvelle a rencontré une forte demande.

Depuis la fin des années 1950 en effet, la dynamique démographique de Grenoble suivait une pente vertigineuse. Le journaliste Pierre Frappat, dans son ouvrage Grenoble, le Mythe Blessé, précisera plus tard que ces travaux enclenchés à l’occasion des JO auraient été nécessaires « de toutes façons » et que l’opportunité olympique les avait simplement avancés de trois ou quatre ans.

Logements, équipements, infrastructures (ici, le chantier de construction de la gare de Grenoble), les JO ont couvert Grenoble de grues. © AMMG

Ville cosmopolite

Côté marketing territorial, les JO ont aussi rempli leur mission : ils ont offert à Grenoble l’image d’une ville à la fois sportive, active et accueillante. Grenoble s’est invitée dans les foyers français grâce à la deuxième chaîne (en couleur) de l’ORTF qui diffusait les épreuves, et au-delà jusqu’aux États-Unis, grâce à l’accord exclusif conclu avec la chaîne ABC, pour un montant de 2 millions de francs.

Si le CENG (Centre d’études nucléaires de Grenoble, futur CEA, Commissariat à l’énergie atomique) avait ouvert ses portes dès 1959, contribuant à attirer des chercheurs du monde entier, les Jeux ont certainement renforcé l’identité « internationale » de la ville. Dans la foulée se sont ainsi créés à Grenoble l’Association internationale des villes d’avenir, le Salon international des sports d’hiver, ainsi que le Salon international de la technique et de l’aménagement en montagne (Sitam), logé dans les 27 000 m2 d’un Alpexpo tout neuf.

A Malherbe, furent installés les services d’IBM et Gestetner, chargés de la diffusion des résultats et du traitement des informations. © Gilles Esparbet

Le ski, vraiment ?

On dit souvent que le ski de masse s’est surtout envolé à partir des Jeux Olympiques de Grenoble. « La neige ne fait que commencer », s’était même empressé de clamer le sociologue Alfred Sauvy. En fait, la France avait enclenché son plan neige dès 1964 : celui-ci visait à équiper la haute montagne de stations de sports d’hiver, dans un souci d’attirer notamment les devises étrangères.

Les JO de 1968 ont surtout illustré la politique volontariste de l’État « qui poursuivait le rêve d’une jeunesse saine, sportive et médaillée », selon Patrick Clastres, spécialiste du sport au Centre d’histoire de Sciences Po à Paris. Petite erreur de prévision : quelques mois plus tard, en mai, c’est à un tout autre « sport » que la jeunesse française s’adonnerait…

Le ski va-t-il prendre son élan ? Épreuve de saut à ski, tremplin de Saint-Nizier-du-Moucherotte, 1968. © Photopress / Musée dauphinois

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