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Éric Piolle : “L’énergie est là, les initiatives vont dans le bon sens”

Gre.mag publie ce mois de juin un hors-série spécial projets urbains de Grenoble. Rencontre avec le maire, Éric Piolle, pour une revue de projets et de perspectives…

©Marjorie Hodiesne

Chronovélo, piétonnisation, Presqu’île, Villeneuve : on le voit à travers ce numéro, toute la Ville accélère sa métamorphose. Les chantiers vont-ils se poursuivre à ce rythme ?

Oui, ça bouge ! Près de la moitié de notre ville est « en projet » : Grenoble épouse sa vocation de cœur de la Métropole ! Les chantiers sont aujourd’hui très visibles car concentrés autour de la place Victor-Hugo, ce quartier qui appartient à tous les Métropolitains.

Les projets vont s’accélérer ensuite dans plusieurs quartiers de la ville, pour que chacun profite de tout le confort au plus près de chez lui. Sur l’Esplanade avec 5 hectares de parcs, à Flaubert, à l’Abbaye, à Mistral, aux abords de Grand’Place dans le cadre du projet de la Centralité Sud.

Sur l’avenue Jean-Perrot et le cours Berriat aussi, axes que nous allons complètement repenser pour donner plus de place à la nature, aux piétons et aux vélos ! Et bien sûr à la Villeneuve. L’action va être majeure sur ce quartier, où nous allons améliorer le cadre de vie des habitants y compris sur le parc de logements, qui date d’un demi-siècle.

Le logement, justement, parlons-en. Quelle est votre priorité en ce domaine ?

Priorité à la rénovation de l’existant. Nous avons réhabilité depuis 2014 plus de 1 300 logements sociaux. C’est un début ! À la Villeneuve, 1600 logements vont être remis à neuf. À chaque fois, c’est moins de consommation d’énergie et donc moins de charges pour des ménages souvent modestes.

Le logement constitue une part écrasante du budget des Grenoblois : on agit là-dessus, c’est un enjeu de climat, de pouvoir d’achat et de confort.

Deuxième priorité : produire du logement accessible. 17 000 personnes attendent un logement social sur l’agglo. C’est gigantesque et révélateur des fractures de notre société. On mobilise nos bailleurs sociaux pour produire du logement. Plus de 1 300 familles ont pu accéder à Grenoble à un nouveau logement social depuis 2014. 800 autres logements sont en chantier ou sur le point de l’être.

©Sylvain Frappat

Il y a une urgence sociale, il y a aussi une urgence climatique. Désormais, il nous faut des bâtiments autonomes, qui prennent le moins possible à la nature, comme le projet ABC. Et nous n’attendons pas l’État, on fonce !

Nous sommes dans nos opérations d’aménagement 30 % plus ambitieux que la norme. En 2022, Grenoble pourra être alimentée uniquement en énergies renouvelables. Plus d’énergie polluante, plus de nucléaire ! Le logement doit moins consommer, sa construction aussi. Grenoble porte au maximum les matériaux comme le bois, la terre ou la paille. Nous devons tirer ces filières. C’est bon pour l’économie, bon la planète et bon pour la santé.

Passons aux mobilités et à la qualité de l’air. Grenoble vient de créer la plus grande Zone à Faibles Émissions de France. Où en est-on ?

La situation s’améliore, justement car notre action sur l’énergie et les mobilités s’accélère. Dans les bouchons, il y a en moyenne 1.04 personne par voiture. C’est hallucinant, à l’heure où la planète se réchauffe !

Nous accompagnons le changement de pratiques : en développant plus de 40 kilomètres de Chronovélo, en activant les transports en commun pour mieux relier l’urbain aux montagnes et aux vallées qui nous entourent avec le projet du RER grenoblois, un bus à haut niveau de service… Et même un Métrocable !

J’insiste sur la voiture. La priorité, c’est bien de lui redonner sa juste place. Inventons ici la voiture de demain ! Réduire son emprise et faire en sorte que son utilisation soit optimisée. C’est pour ça qu’on développe l’autopartage, qui permet aux ménages de mutualiser leurs dépenses. Et c’est pour ça aussi qu’on porte le sujet du covoiturage.

Vous évoquez ici le projet de l’A480 ? Ce dossier continue à faire beaucoup parler. Comment agit la Ville sur ce dossier ?

Le plan de relance autoroutier poursuivi par le gouvernement va dans le mauvais sens. On l’a dit à plusieurs reprises, d’autant plus que Grenoble est l’une des villes concernées ! Notre commune est longée par ce chantier d’État qu’elle ne pilote pas mais sur lequel elle pèse de tout son poids avec une position claire : le projet doit améliorer pour tous la situation et non pas se contenter de ne pas la dégrader.

L’améliorer vis-à-vis des riverains avec plus de protections phoniques, vis-à-vis de la nature avec plus d’arbres qu’avant, vis-à-vis de la pollution aussi.

On a obtenu que le projet d’A51 soit abandonné et que sur l’A480 la vitesse soit limitée 24h/24 à 70km/h. C’est un premier pas.

Nous menons à présent la bataille pour le covoiturage. C’est le sens de l’histoire. Les ministres de la transition écologique et des transports m’ont confirmé être sensibles à la mise en place d’une voie réservée entre Voreppe et Grenoble dès 2020. Après ce test qui serait une première en France, je souhaite que ces voies réservées se généralisent !

Vous évoquez souvent la date de 2030. Pourquoi ce jalon est-il si important ?

Grenoble accélère ses transitions mais nous n’en sommes qu’au début. 2030 c’est le premier horizon à viser pour être prêts pour 2050. Le climat se réchauffe. Nous allons planter 15 000 arbres d’ici 2030 pour nous faire de l’ombre, de l’oxygène et engager un vrai travail sur l’eau pour rafraîchir la ville.

©Sylvain Frappat

De l’eau dans les espaces publics, avec les fontaines, des lacs comme celui de la Villeneuve. Des espaces publics qui vont vers l’eau aussi, avec la question des berges de l’Isère, qui est majeure. Nous avons potentiellement de magnifiques quais, les façades colorées, les montagnes, les bulles. Ce sont des lieux de détente, où il y a de l’air et de la fraîcheur.

Les Grenoblois l’ont bien compris. Plus de 3000 personnes ont voté pour les budgets participatifs sur les quais. Nous allons continuer et amplifier cette dynamique, tous ensemble. À l’Esplanade, sur la Presqu’île, à l’Île-verte, au centre-ville.

C’est un défi grenoblois, c’est un chantier pour la métropole dans son ensemble.

Un mot sur l’économie. Même si les élus ne peuvent pas tout, comment impliquez-vous les entreprises, les commerces dans cette dynamique de transition urbaine ?

Le monde économique a saisi la transition comme une nouvelle opportunité. Les sièges des sociétés sont de plus en plus exemplaires sur le plan environnemental.

Les entreprises encouragent les déplacements à vélo, font évoluer leurs habitudes. Ce sont pour beaucoup d’entre elles des ambassadrices de Grenoble dans le monde entier. Les commerces aussi développent de plus en plus le bio, les circuits courts, le sans-emballage, les livraisons à vélo. L’énergie est là, les initiatives vont dans le bon sens.

À Grenoble, avec de nombreux partenaires nous portons le projet de Capitale verte de l’Europe pour 2022.

Justement dans ce sens, celui d’accueillir toutes les énergies, les habitants, les entreprises, les collectivités, les associations, les chercheurs et les universitaires. Les élu-e-s ont une responsabilité, celle d’entraîner, et de permettre de libérer les énergies collectives. Avec ce projet de Capitale Verte, Grenoble se construit un destin commun.

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