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Ce contenu fait partie du/des dossier(s): Biennale des villes en transition, 2e édition

Grenoble en transition

« Nous allons partager des solutions nouvelles et redécouvrir nos atouts »

A l’occasion de la deuxième édition de la Biennale des villes en transition, Gre.mag s’est entrenu avec Eric Piolle, maire de la ville, pour faire un point d’étape sur les changements qui s’opèrent face aux urgences écologiques, sociales et citoyennes.

Inauguration du centre dédié à la jeunesse Le Transfo, ex 24bis. 

© Auriane Poillet

Les villes ont-elles vraiment le pouvoir de changer la donne face au défi climatique ?

Pour la première fois dans l’histoire, l’humanité vit majoritairement en ville. C’est un levier d’action formidable !

L’expansion des villes s’est accélérée à la fin du XXème siècle à une époque où la mobilisation contre le dérèglement climatique était bien moins forte qu’aujourd’hui… On voit le résultat !

À l’ère de la société d’hyperconsommation, les villes absorbent les ressources naturelles des campagnes avoisinantes, creusent les inégalités sociales, rejettent déchets et pollutions. Oui, les villes d’hier ont leur part de responsabilité dans la dégradation du climat qui nous touche tous aujourd’hui. Les règles du jeu doivent changer. Aujourd’hui la société doit être prête !

Transformer la ville, c’est améliorer le quotidien tout en changeant le monde. Comme disait l’écrivain Miguel Torga : « L’universel, c’est le local moins les murs ». L’hyperconsommation a façonné nos villes : grandes surfaces à l’extérieur, axes autoroutiers à l’intérieur, partout de la publicité et des grands ensembles. La ville d’hier était faite pour les hommes blancs pressés au volant de leur voiture. La COP21, en fixant l’objectif d’un niveau de réchauffement inférieur à 1,5 °C, invite les villes à se métamorphoser.

Grenoble n’a pas attendu la COP21 pour prendre un temps d’avance : ici, on a lancé les études pour le retour du tramway dès 1974, municipalisé l’eau en 2000, présenté le 1er Plan Climat de France en 2005, inauguré le 1er éco-quartier de France en 2009, réduit massivement la publicité en 2014 car nos enfants ne sont pas des cibles. Aujourd’hui, on accélère !

Et comment accélérer par le local quand les États continuent de fixer les règles du jeu ?

Les États doivent entendre l’appel de la COP21 de 2015 : les villes et les villages sont les acteurs essentiels des transitions, car au plus proche des besoins des habitants. Le défi climatique rend encore plus nécessaire une nouvelle étape de la décentralisation !

Les collectivités de France portent 70% de l’investissement public de notre pays : cette capacité d’investissement doit être fléchée vers la transition. Or, aujourd’hui, contrairement à l’État, les villes n’ont encore le droit de dépenser au-delà de leurs recettes.

Sans toucher à cette règle de l’équilibre budgétaire, il suffirait d’ouvrir une compatibilité parallèle et qui serait 100% réservée aux investissements de transition ! Des investissements qui favorisent l’emploi, économisent l’énergie et produisent d’importants effets de levier sur notre territoire. C’est ce que j’appelle le Green New Deal, une idée qui fait son chemin.

Les règles actuelles nous empêchent d’être à la hauteur des défis. Avant d’être maire, je n’imaginais pas à quel point les villes sont considérées comme le maillon faible de la République… Or, c’est bien ici, dans les villes, dans les villages, que s’invente la société de demain !

À de nombreuses reprises, nous nous heurtons à des règles dépassées, vestiges d’un autre siècle. Sur l’accueil des exilé.e.s, Grenoble aurait pu être poursuivie au titre du délit de solidarité ! Sur le référendum d’initiative citoyenne qui donnait le droit de vote à tou.te.s les Grenobloises.es de plus de 16 ans, quelle que soit leur nationalité, le gouvernement a torpillé notre outil. Or, il va dans le sens de l’histoire !

Ici, dans les Alpes, le climat devient fou deux fois plus vite qu’ailleurs. Alors nous devons être deux fois plus audacieux.

Réussir la transition, c’est acter que nous sommes entrés dans l’ère des villes. La pyramide des pouvoirs de notre société doit évoluer. Cela aurait pu être l’une des issues du grand débat lancé par le gouvernement. Innovons : le nouveau monde n’attend pas !

En quoi Grenoble a-t-elle les atouts pour devenir une prochaine capitale verte ?

Ici, dans les Alpes, le climat devient fou deux fois plus vite qu’ailleurs. Alors nous devons être deux fois plus audacieux. Le titre de capitale verte européenne nous y invite ! Plus qu’un label, c’est un challenge collectif pour nous rassembler et innover.

De la Métropole aux villes et villages, des acteurs culturels au monde économique et universitaire en passant par la société civile : chacun agit déjà à son échelle. Le moment est venu de mettre en commun nos énergies ! La Métropole fixe le cap : d’ici 2030, diviser par 2 les émissions de gaz à effet serre, baisser de 40% la consommation énergétique de chaque métropolitain et, grâce à l’action du Syndicat Mixte des Transports en commun (SMTC), diviser par 2 les émissions de particules fines et de dioxyde d’azote !

©Sylvain Frappat

D’ici là, on installe 161 nouvelles bornes de recharge pour voitures électriques et on aide à l’achat de véhicules propres. Dans quelques semaines, 11 communes de l’agglomération créent la plus grande Zone de Basse Émissions de France pour limiter en douceur la circulation des véhicules les plus polluants. Nousdevons reconquérir notre air !

À partir de 2022, le Métrocable reliera Saint-Martin-le-Vinoux, Grenoble et Sassenage, les 40 kilomètres de pistes cyclables Chronovélo relieront les cœurs de la Métropole. Des nouvelles lignes de bus et de tramway sont en création : on accélère !

Et à Grenoble, ça bouge ?

À Grenoble, l’heure est à la mobilisation : la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) anticipe les innovations à venir tandis que l’Institut des Métiers et des Techniques (IMT) forme chaque année des milliers de jeunes métropolitains aux métiers de demain !

L’Université de Grenoble Alpes est régulièrement classée parmi les plus vertes de France et Grenoble École de Management (GEM) vient tout juste d’ouvrir une chaire « Territoires en Transition » pour dessiner les modèles économiques de la ville de demain ! Je suis heureux que le théâtre du Prunier Sauvage souhaite s’investir dans la candidature de Grenoble, tout comme le chorégraphe Yoann Bourgeois !

À Grenoble, nous tenons le cap des 15 000 arbres plantés d’ici 2030. La gratuité ciblée et la tarification solidaire des services publics n’ont jamais été aussi développées dans notre ville. Le plan d’investissement de 62 millions d’euros dans les écoles court jusqu’en 2022. L’alimentation bio et locale progresse et avec l’ouverture de notre première ferme urbaine, on passe à la vitesse supérieure vers l’autonomie alimentaire ! Gaz & Électricité de Grenoble produira en 2022 l’équivalent de la consommation électrique des ménages grenoblois en électricité 100% verte et 0% nucléaire et fossile.

La Biennale des villes en transition du 9 au 16 mars 2019 va être un formidable accélérateur pour ces transitions : Grenoble inspire et s’inspire de ce qui réussit ailleurs ! Cette semaine va aussi être un bon moment pour partager des solutions nouvelles et (re) découvrir les atouts de notre territoire de montagne !

informationRenseignements divers
courrielhttp://villesentransition.grenoble.fr

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