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Ce contenu fait partie du/des dossier(s): Les jardins de Grenoble

Lionel Astruc

« Il faut arrêter d’attendre que les solutions viennent d’en haut »

Journaliste et auteur spécialisé dans l’écologie, habitant du Trièves (Isère), Lionel Astruc a écrit une quinzaine de livres où il met en avant les travaux des pionniers de la transition en France et dans le monde. Dernier ouvrage : un livre d’entretiens avec Rob Hopkins : « Le pouvoir d’agir ensemble, ici et maintenant » (Actes Sud).

Pensez-vous que le mouvement de la transition peut s’étendre ?

Bien sûr. On ne se rend pas toujours compte de l’ampleur du phénomène et les médias n’en parlent pas assez. Cela dit, beaucoup d’élus locaux ont pris conscience de la transition. Ils ont compris qu’avoir un groupe dédié à la transition sur sa commune est un véritable atout pour la vie locale.

Il faut s’appuyer dessus au plus tôt. Présenter ça de la manière la plus apolitique possible, et ne pas se laisser récupérer. Par exemple, le maire de Bristol a fait de la transition un vrai outil de gouvernance et la monnaie locale a reçu l’adhésion de 850 entreprises et commerces, à tel point que 2 millions de « Bristol pounds » circulent aujourd’hui.

Je constate que des maires en France s’intéressent à la question de la monnaie locale avec sincérité, sans posture, comme Anne Hidalgo à Paris et Eric Piolle à Grenoble.

Justement, grâce à votre expérience, comment observez-vous la politique de transition mise en œuvre à Grenoble ?

Je regarde attentivement ce qu’il s’y passe. Les choses vont dans le bon sens : monnaie locale, budget participatif, encouragement aux nouvelles mobilités, création d’épiceries locales et solidaires, etc.

J’aurais tendance à établir un parallèle entre Grenoble et l’agriculture bio. Quand on passe d’une exploitation conventionnelle à une ferme bio, il y a une période de creux : on a commencé à préparer la terre mais les récoltes ne sont pas encore là. Il y a toute une phase de rééquilibrage des sols qui s’amorce, mais il faut continuer à produire en même temps. On n’a plus les avantages du conventionnel et pas encore ceux du bio.

L’équipe municipale se retrouve dans une position temporairement ingrate. J’espère qu’elle aura la possibilité de franchir ce cap pour montrer par les faits la pertinence de son action.

Le sens de son message, c’est qu’il faut arrêter d’attendre que les solutions viennent d’en haut.

Les critiques qu’on entend parfois portent sur le coût de cette transition…

Justement, Rob Hopkins met en avant un ratio économique intéressant, l’effet de multiplication par le local. Il a fait évaluer par un institut indépendant à Londres ce que rapporte à la vie locale une même dépense effectuée dans un supermarché classique et chez les commerçants locaux.

Les résultats sont sans appel. Un panier d’achat de 10 livres sterlings dans un supermarché ne rapporte que 3,6 livres à l’économie locale, le reste part ailleurs.

Un même panier de 10 livres sterlings dans les commerces locaux engendre au contraire 17,6 livres pour l’économie locale. Autrement dit une nouvelle richesse se crée, utile pour le territoire, quand on choisit les produits d’ici.

En voyageant plus loin, vous vous êtes aperçu que la transition était dangereuse à défendre…

J’ai démarré il y a trois ans et demi une enquête sur le meurtre d’un journaliste indien. Il s’était intéressé à une guerre civile, mal connue, qui oppose des tribus dans une zone très convoitée pour ses ressources. En décortiquant les faits, on s’aperçoit que les conflits ont été aggravés pour masquer la réalité des enjeux économiques. Il y a eu 5000 morts en cinq ans.

C’est aussi en Inde que j’ai fait la connaissance en 2010 de Vandana Shiva, qui lutte contre l’introduction des OGM dans son pays et défend les semences libres. Un esprit critique très aiguisé, qui prône la désobéissance et la non-violence, dans la droite ligne de Gandhi. Une femme extraordinaire.

Comment avez-vous rencontré Rob Hopkins ?

J’avais déjà entendu parler du mouvement de la transition qu’il avait initié, au moment où je m’intéressais aux actions menées à l’échelle très locale pour changer le monde. J’avais écrit « Manger local » et je l’ai alors contacté pour lui demander d’écrire la préface.

Ce qui m’a touché, au-delà de ce qu’il a entrepris, c’est sa personnalité. En écrivant ce livre d’entretiens, je me suis rendu compte à quel point son histoire est importante : sa vie pendant près de trois ans dans un monastère bouddhiste, sa joie à toute épreuve. J’ai eu à cœur de raconter une histoire humaine, sans trop théoriser.

Que vous a-t-il appris ?

Le sens de son message, c’est qu’il faut arrêter d’attendre que les solutions viennent d’en haut. Il faut commencer à agir avec ses voisins, ici et maintenant. Ensuite, nous devons essayer d’abandonner cette position individualiste et notre timidité pour s’investir dans la transition.

Cela peut commencer par des jardins partagés, une petite coopérative. Ce qui est extraordinaire chez Rob Hopkins, c’est sa capacité à lever cette appréhension, son enthousiasme. Sur le terrain, à Totness, cette mobilisation est ponctuée de célébrations souriantes, ça fourmille de petits événements.

Et du coup, on ne voit plus l’avenir de la même façon.

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