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Marie-Anne Jacquemoud-Collet

La passion au bout des doigts

Longues et effilées ou petites et potelées, pas une main ne lui résiste. Dans son petit univers — Aux gants Marianne, un atelier-boutique niché sur les flancs de la piscine Jean-Bron —, Marie-Anne Jacquemoud-Collet reçoit «sans frasque ni tralala », entre les fines peaux multicolores, les mains de fer chauffantes pour lisser le cuir et les boîtes remplies de fantaisies.

Gants Marianne

 

À 73 ans, cette ancienne ouvrière de la maison Notturno est l’une des dernières petites mains à perpétuer la longue tradition des gants de Grenoble, fabriqués depuis le XIVe siècle en peau de chevreau et réputés du Japon aux États-Unis. Ce métier, c’est toute sa vie, une passion aussi — celle du cuir, « cette seconde peau » à laquelle elle ne cesse d’apporter des variations infinies.

« J’ai eu une vie complexe, pas très vernie. Le but c’était de travailler, je n’avais que ça » explique avec pudeur celle qui est toujours restée dans l’ombre des coulisses. Entrée dans la profession à 20 ans, Marie-Anne, jeune mère de famille, a d’abord travaillé à domicile depuis son village savoyard pour plusieurs grandes maisons grenobloises — Lesdiguières, Repiton-Préneuf, Perrin. « À cette époque, des entrepreneuses récupéraient le travail chez les maîtres gantiers et nous le redistribuaient, Grenoble rayonnait de partout. »

La ville comptait alors une cinquantaine d’entreprises spécialisées dans cette production de luxe, vendue en Suisse, en Allemagne, en Belgique, à Paris, et outre-Atlantique pour l’incomparable souplesse de son cuir et sa résistance. En 1985, Marie-Anne est embauchée à Grenoble au sein de la maison Notturno. Auprès de Salvatore Notturno, elle débute à la surjeteuse et, curieuse, apprend une à une les étapes de la conception — du choix des peaux à celui des couleurs et des modèles, en passant par la couture et les doublures, soie ou cachemire, et les finitions. À l’exception de la coupe, un métier à part.

« La production — deux collections par an, printemps et automne — n’était pas du tout la même : on se gantait alors comme on portait un chapeau : pour l’élégance ! » raconte l’ouvrière, qui a aussi beaucoup travaillé pour le cinéma, de la Reine Margot  jusqu’à Coco Chanel. « Aujourd’hui les clients cherchent avant tout un gant de confort pour la chaleur et il faut pouvoir les enfiler vite ! »

À la mort du maître gantier en 2008, tout aurait pu s’arrêter. C’était sans compter sur la ténacité d’un représentant suisse qui ne trouvait de gants de chevreau « nulle part ailleurs » et a sollicité l’aide de la jeune retraitée. Avec en poche tout juste de quoi acheter 1 000 peaux, et l’appui d’un fidèle complice gantier-coupeur, Marie-Anne est devenue son propre patron et a repris « sans réfléchir » le fil de sa passion.

Dans les locaux de l’ancien atelier où elle a pu se réinstaller aux côtés d’un encadreur, la gantière reçoit aujourd’hui de plus en plus de clients et rêve encore d’une relève «pour que le savoir-faire reste à Grenoble ». Mais le temps presse…

Vos commentaires

Commentaire de burtin marie pierre le 21 novembre 2016 à 21 h 24 min

Bonjour,

Je suis couturière en matériaux souples en savoie et je suis très intéressée par votre travail la relève m’intéresse

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