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Handicap

« Toute personne, même valide, a un handicap »

Depuis 2002, le Créarc dispense des cours de théâtre aux personnes en situation de handicap. Et si certains ateliers sont spécifiquement dédiés, et donc adaptés, à ce public, d’autres jouent la carte de la mixité dans un souci d’inclusion et d’égalité. Anne-Laure Dubois, comédienne et Romano Garnier, metteur en scène et directeur du Créarc, nous font partager leur expérience.

2015_atelier du mardi après-midi

Les Ateliers du Créarc ©Clément Ségissement

 

Quel a été votre premier contact avec le monde du handicap ?

Photo AL Dubois

Anne-Laure Dubois

En 2002, on a animé un stage de 15 jours dans un hôpital psychiatrique de Vilnius, en Lituanie, qui a débouché sur une création collective. Nous sommes partis de l’improvisation des participants et, pour surmonter la barrière de la langue, les ateliers se sont beaucoup appuyés sur le langage corporel, le regard… Cette expérience nous a fait réaliser qu’en étant à l’écoute on pouvait construire ensemble et faire naître de l’émotion. Et sur le plan humain, cette rencontre nous a transformés ! Depuis, on travaille régulièrement avec le public handicapé, qu’il s’agisse de personnes en fauteuil ou atteintes de déficience psychique.

Comment cela se passe-t-il ?

En partenariat avec l’APF (Association des paralysés de France) on anime depuis six ans un atelier avec des personnes dont le handicap moteur impacte les facultés mentales et dont la maladie est évolutive. Il faut donc prendre en compte leurs contraintes physiques en partant de ce qu’elles proposent, mais sinon les séances se déroulent comme un cours classique avec des exercices sur la voix, la respiration, les déplacements… Les premières années nous avons présenté un spectacle. Puis la maladie a pris le dessus et apprendre un texte devenait trop difficile. Nous avons donc réorienté le projet vers la création de romans-photos dont ils écrivent le scénario car le plus important, c’est de leur donner la possibilité de s’exprimer.

Et pour les ateliers mixtes ?

Romano Garnier

Romano Garnier

Là, ce sont les personnes handicapées qui poussent la porte et elles sont surtout motivées par l’idée d’avoir une activité comme tout le monde. Le premier travail, c’est de les intégrer au groupe pour qu’elles se sentent à égalité. En général, pour elles c’est facile, la difficulté vient plutôt des valides ! Quelques-uns commencent par être soit dans le rejet, soit dans l’aide permanente. Puis ça évolue positivement car leur regard change au contact de la personne. Quant à la pratique, on travaille comme avec les valides, sans occulter le handicap mais sans en faire un frein. Par exemple, si une personne ne peut pas effectuer un mouvement, on lui demande de l’imaginer. Et avoir des problèmes d’élocution n’empêche pas de faire passer de l’émotion dans un texte…

Ces ateliers peuvent-ils être thérapeutiques pour les personnes handicapées ?

Faire du théâtre, c’est thérapeutique pour tout le monde ! Il faut bien avoir à l’esprit que toute personne, même valide, a un handicap comme la difficulté à exprimer ses émotions par exemple. En général, on ne choisit pas de faire du théâtre par hasard : c’est une façon de se découvrir soi-même car interpréter des rôles oblige à s’interroger sur ses émotions. C’est donc thérapeutique, pas dans le sens où l’on cherche à guérir les gens, mais dans une démarche d’évolution personnelle, de mieux vivre avec soi-même.

informationRenseignements divers
Le Créarc, 8, rue Pierre Duclot, 38000 Grenoble
téléphone 04 76 01 01 41
courrielhttp://www.crearc.fr/

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