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La culture en mode accessibilité

Du 11 septembre au 17 octobre, le Mois de l’accessibilité met en lumière des initiatives associant cultures et handicap. Mais, au quotidien, quel accueil est proposé à ce public dans les équipements ? Et de quel accès aux pratiques artistiques dispose-t-il ? Tour d’horizon.

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Des ateliers pour les non-voyants sont organisés au Musée de Grenoble et encadrés par des médiatrices, ici Béatrice Mailloux (à gauche) et Laurence Gervot-Rostaing (à droite).

À Grenoble, les bâtiments culturels sont aujourd’hui accessibles à 40 % à tout type de handicap. « Pour répondre à la loi de 2014 sur l’accessibilité des lieux publics, la municipalité votera en septembre un Agenda d’accessibilité programmée échelonné sur neuf ans. Il concerne l’ensemble des équipements, notamment les bibliothèques, salles de spectacles et MJC » précise Christine Garnier, conseillère déléguée à l’accessibilité. Mais l’accès aux cultures ne se limite pas à des aménagements, aussi indispensables soient-ils, et passe avant tout par des actions ciblées.

Une approche personnalisée

Au Musée de Grenoble, le public handicapé peut découvrir les collections permanentes et les expos temporaires. Pour les malentendants, un guide pratique la langue des signes (LSF) et un autre propose une lecture labiale. En groupe, les non-voyants disposent d’outils tactiles et les œuvres de Torriti, Picabia et Chagall sont en accès libre grâce à des bas-reliefs tactiles, accompagnés de commentaires audio — un dispositif conçu avec l’association Valentin Haüy. Le musée travaille dans la concertation : les visites en LSF sont construites en lien avec l’association Universigne et l’équipe se rend régulièrement dans des établissements spécialisés.

Pour le handicap psychique (environ 100 visites par an), l’accueil se prépare avec les éducateurs afin d’amener des notions adaptées à la compréhension et au plaisir de la découverte. Chaque année, 300 adultes sont ainsi accueillis pour des visites conçues à leur attention. Même philosophie au Muséum d’histoire naturelle où 50 % des visites concernent le public handicapé, principalement des enfants. Le Muséum fournit différents outils (fiches pratiques, moulages et fossiles) et ses médiateurs travaillent en amont avec les éducateurs pour bâtir des projets personnalisés : parcours tactile sur les minéraux ou les animaux, visites s’inscrivant dans un projet pédagogique global avec des déficients intellectuels…

Une pratique diversifiée

Musique avec des instruments adaptés au Conservatoire — dont a bénéficié une trentaine d’élèves l’an dernier —, ateliers d’arts plastiques au Musée de Grenoble touchant chaque année 1 500 enfants… Du côté de la pratique, l’offre est également diversifiée dans les équipements. « L’accessibilité est une priorité du projet municipal Une Ville pour Tous et les cultures y tiennent une place importante car, loin d’être un à-côté superflu, elles font notre humanité » souligne Christine Garnier. Dans cet esprit d’ouverture, plusieurs compagnies travaillent aussi avec le public handicapé. Cours de danse où se côtoient valides et personnes en fauteuil avec Colette Priou, ateliers théâtre avec le Créarc de Romano Garnier, qui intervient dans le champ du handicap physique et psychique…

Pièces jointes:
Programme Mois de l'Accessibilité 2015

Le numérique au service des malvoyants

Les bibliothèques, qui disposaient déjà de collections adaptées (livres audio, tactiles ou en gros caractères) développent à présent l’offre numérique. Grâce à la plateforme Bibook, on peut écouter des livres en synthèse vocale. La bibliothèque Kateb Yacine a aussi renouvelé entièrement son matériel informatique : machine à lire, loupe électronique, ordinateur grand écran équipé de logiciels (agrandisseur de caractère, synthèse vocale…) et tablettes sur lesquelles on peut découvrir des applications dédiées.

Interview Colette Priou

"C’est difficile d’être programmé avec des danseurs en fauteuil"

La chorégraphe grenobloise Colette Priou travaille régulièrement avec le public handicapé. Entretien.

Colette PriouComment avez-vous commencé avec ce public ?

En 2003, François Suchod, alors conseiller municipal à l’accessibilité, m’a proposé de monter une création pour l’Année européenne du handicap. J’ai contacté de nombreuses associations pour constituer un groupe et ça n’a pas été facile de les convaincre ! Mais l’expérience a plu, il y a eu une vraie demande et j’ai embrayé avec des ateliers.

Quelle est votre approche ?

La mixité est primordiale car les personnes handicapées souhaitent être considérées à égalité avec les valides. Il faut aller vers chacun pour découvrir sa sensibilité, ses possibilités, ses limites et rappeler que tout mouvement est une forme de danse. On fait aussi appel à l’intériorité, au ressenti.

Beaucoup sont dans le déni du corps et la danse permet de se réconcilier avec lui en prenant conscience de son potentiel.

Comment le handicap est-il perçu dans le milieu artistique ?

En 2006, j’ai intégré deux danseurs handicapés à ma compagnie. Ce sont des professionnels de talent mais c’est difficile d’être programmé avec des danseurs en fauteuil hors des événements dédiés au handicap. C’est très frustrant car on me complimente pourtant sur nos créations. L’acceptation de l’autre commence par les personnes handicapées mais il y a encore du chemin à faire !

 

A découvrir :

♥ Elle… L’Autre ! trio avec Baïa Ouzar, Sandra Baup et Lénou Vernay, chorégraphie Colette Priou.

Le 12 septembre à 20h et le 18 septembre à 14h et 20h au Petit Théâtre rue Pierre Duclot, le 3 octobre à 11h au Musée de Peinture. Tarifs : 5/10 €.

♥ Déambulation chorégraphiée le 19 septembre à 15h à la Caserne de Bonne.

Entretien Priscille Vigneron

« Montrer qu'une femme handicapée peut être active »

Atteinte d’Infirmité motricité cérébrale (IMC) depuis sa naissance, Priscille Vigneron est présidente de l’association Entre 4 Roues, dédiée aux personnes handicapées et qui réunit une centaine d’adhérents. Elle revient pour nous sur les difficultés qu’elle a pu rencontrer à mobiliser ce public, mais aussi sur le succès du concours de Miss Handi France qu’elle a créé en 2013.

Pouvez-vous nous présenter votre association ?

Au départ, en 2002, Entre 4 Roues ambitionnait surtout d’aider sur le plan administratif. Il s’agissait aussi de mettre les gens en relation par le biais du forum pour des choses très concrètes comme trouver du matériel d’occasion : roues de fauteuil ou autres. On ressentait aussi un besoin d’ancrage local pour aborder des questions du quotidien comme les places de stationnement dédiées, l’aménagement des voiries… Pour cette raison, depuis 3 ans, on fait partie de la Commission accessibilité de la ville de Grenoble.

Vous avez développé d’autres projets ?

En 2010, j’ai eu envie de créer un atelier de handi-danse. J’ai essayé de monter un groupe mixte car notre philosophie c’est de tisser du lien et surtout de ne pas être confiné au milieu du handicap. Mais on n’a pas réussi à développer l’activité… Le public handicapé est parfois difficile à mobiliser, surtout quand on lui demande de participer à la mise en route d’un projet où tout est à construire, de la recherche d’une salle à la création chorégraphique. Beaucoup sont habitués à être très encadrés depuis l’enfance et ont du mal à s’investir. Si bien qu’on a finalement abandonné pour monter un groupe de handi-cheer… où on a eu les mêmes difficultés et qui n’a tenu qu’un an.

Comment avez-vous eu l’idée de créer Miss Handi France ?

Au départ, c’était presque une boutade, mais on a lancé le projet sur Internet en 2013 et il y a eu un vrai engouement ! On a reçu plus de 70 candidatures, tous handicaps confondus, sans parler des propositions de partenaires cadeaux. Depuis, le projet a pris de l’ampleur : il y a une élection dans chaque région, prise en charge par un comité autonome qui organise son défilé, et une finale nationale à Grenoble. Elle aura lieu à l’occasion du Mois de l’accessibilité avec les lauréates de six régions, soit une douzaine de candidates.

Quelles sont leurs motivations ?

C’est une façon de combattre les a priori et d’être reconnue comme une femme à part entière, avec son charme, sa féminité. C’est aussi l’occasion de se dépasser et de parler de son handicap. Il y a 20 ou 30 ans, on cachait sa maladie, aujourd’hui on a envie d’en parler pour obtenir une reconnaissance. C’est aussi la possibilité de montrer qu’une femme handicapée peut être active, dynamique, alors qu’on est souvent cataloguée comme une personne inutile, qui ne fait rien et vit dans un centre. Et cela peut même être un tremplin professionnel puisque plusieurs de nos candidates vont entamer une carrière dans le mannequinat.

 

A voir en complément le reportage qu’a consacré Telegrenoble dans son CapInfo du 22 septembre à l’élection de Miss Handi France (de 9’10 à 12’51).

informationRenseignements divers
courrielhttp://www.entre4roues.com/
courrielhttp://asso.entre4roues.com/

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