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Pierre Frappat

Pierre d’angle

Homme de plume, co-fondateur de l’école de journalisme de Grenoble, apporte sa contribution au prochain livre sur les JO de 1968(1), à l’occasion de leur 50e anniversaire. Des décennies qu’il a attentivement scrutées, au point d’y contribuer.

Lorsqu’il en vient à expliquer son attachement viscéral à Grenoble, Pierre Frappat remonte loin. Il évoque « une enfance et une adolescence baignées dans le jus grenoblois » et un père cadre de direction chez Merlin-Gerin, militant mutualiste, en charge des relations de l’entreprise avec l’Université. « On mangeait du Grenoble à tous les repas. On parlait de tout, sauf de politique. »

C’est auprès d’un frère aîné qu’il forge sa sensibilité politique, s’engageant pour la paix en Algérie et pour le progrès social. « La presse était très présente à la maison. La salle à manger se transformait régulièrement en salle de rédaction. » Où trônaient entre autres La Croix, Réveil, La Vie Catholique et le journal du lycée Champollion, lancé par son jeune frère Bruno(2), dont on connaît le destin médiatique… Des études de géographie puis de sciences économiques l’orientent vers l’enseignement. Il sera d’abord prof d’économie au lycée.

J’avais envie de produire une information le plus possible dégagée des influences.

Et puis, en 1971, les responsables locaux du PSU (Parti socialiste unifié) lui proposent d’intégrer la nouvelle équipe municipale. « C’était une période très dynamique pour le Grenoble post-JO. Il y avait trois personnalités exceptionnelles : Bernard Gilman, Jean Verlhac et Hubert Dubedout. Et un projet qui l’était tout autant : la Villeneuve. »

L’esprit d’enquête plutôt que le militantisme

Responsable de l’information, il devient le patron du journal municipal de l’époque. Mais après l’exaltation, la prudence : « La propagande est légitime mais j’avais envie de produire une information le plus possible dégagée des influences. » Son inclination pour l’investigation le pousse à créer Ville Ouverte. Ce magazine tiendra un an et demi, le temps pour lui de s’attirer des inimitiés farouches et connaître le chômage. Une période de vaches maigres dont il profite pour enquêter sur la désindustrialisation locale. En sortira un livre, Grenoble mythe blessé. « Passé sous silence par le Dauphiné Libéré pendant dix ans. »

Les écoles ont tendance à formater des journalistes trop “sciences po”, je préférais des bac+2 avec la passion chevillée au corps. 

Retourné dans l’enseignement, Pierre Frappat rejoint en 1986 le supplément Rhône-Alpes du Monde, sans quitter son poste de prof. « J’avais deux temps complets plus ou moins conciliables. » Un jour, l’Université de Grenoble lui demande de créer une formation en journalisme. L’école sera officiellement ouverte en 1990. « Je ne tenais pas trop à ce qu’elle soit reconnue par l’État. Les écoles ont tendance à formater des journalistes trop “sciences po”, je préférais des bac+2 avec la passion chevillée au corps. »

L’école a pourtant été reconnue en 2003, l’année où Pierre Frappat prend sa retraite. Impliqué dans des associations à but social (« Un Toit pour tous », par exemple) ou plus spirituelles, il s’est depuis attelé à l’écriture de plusieurs ouvrages, dont un sur… Hubert Dubedout(3), qui fait la part belle à des textes rares ou inédits de l’ancien maire de Grenoble. « Certains textes sont très visionnaires, fondateurs de la politique de la ville. » Comme il l’a souvent enseigné, il est des sujets dont on ne fait jamais le tour.

 

 

(1) Ce livre collectif coédité par Glénat et le Musée Dauphinois sortira en janvier 2018.
(2) Ancien directeur de la rédaction du Monde au début des années 90 puis directeur du journal La Croix de 1995 à 2009.
(3) Hubert Dubedout, une pensée en action (Presses Universitaires de Grenoble, 2016).