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Ce contenu fait partie du/des dossier(s): Spécial Grenoble JO de 1968

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L’empreinte olympique

En 2018, Grenoble fêtera les cinquante ans des Jeux Olympiques d’hiver, organisés sur le territoire du 6 au 18 février 1968. C’est l’occasion d’une célébration particulière, afin de montrer et de comprendre l’évolution du visage de Grenoble d’hier à aujourd’hui, et de laisser présager de son futur.
La compétition s’est déroulée à Grenoble pour les épreuves de glace, le patinage artistique, le patinage de vitesse et le hockey sur glace, et dans les stations alentour pour les épreuves de neige : Autrans, Villard-de-Lans, Chamrousse, Saint-Nizier-du-Moucherotte et L’Alpe-d’Huez.
Grâce aux exploits sportifs, ces Jeux ont constitué un moment important dans la modernisation des sports de montagne, de leur pratique, de leur reconnaissance, et de leur popularité.

Les Jeux Olympiques de 1968 occupent une place particulière dans la mémoire collective des Grenoblois. Événement majeur dans l’histoire de la Ville, ils lui ont permis d’acquérir une renommée internationale. Ils ont aussi laissé de nombreuses traces, sportives ou non, même si l’événement n’était pas en adéquation avec la politique sportive de l’équipe municipale qui a dû les organiser, bon gré mal gré. Une parenthèse qui servira néanmoins d’impulsion au développement des pratiques sportives.

Cérémonie d’ouverture des JO de Grenoble, le 6 février 1968. © AMMG

 

Bref rappel historique : la candidature de Grenoble est annoncée le 24 novembre 1960 par le maire de l’époque, Albert Michallon. C’est en 1964 que la ville obtient officiellement les JO. Lors des élections municipales de 1965, le docteur Michallon est battu par Hubert Dubedout.

Le « sport-spectacle » ne correspond pas aux orientations de la nouvelle équipe municipale qui va pourtant rapidement embrasser le projet olympique, conscient que « plus qu’une opération de prestige, les Jeux sont l’occasion de rattraper une partie des retards d’équipement et de relancer l’expansion […] et permettront de réaliser rapidement un vaste programme qui en d’autres circonstances aurait demandé douze à quinze ans pour se concrétiser », pour reprendre les mots du nouveau maire à l’époque.

Grenoble se couvre donc de chantiers. A tel point que la presse nationale parle de la ville comme du « Brasilia français ». Le volet sportif n’en bénéficie paradoxalement pas majoritairement : un cinquième seulement du budget des JO concerne alors les équipements sportifs ou leur fonctionnement.

L’anneau de vitesse et le stade de Glace (aujourd’hui Palais des sports). © AMMG

Ces derniers (l’anneau de vitesse et le stade de glace, rapidement réaménagé en Palais des Sports pour tenter de résoudre son problème de rentabilité) ne permettent d’ailleurs pas de combler le retard que connait Grenoble en matière d’installations destinées à la pratique du sport, notamment à l’échelle des quartiers.

Un tremplin pour les pratiques sportives

Mais les Jeux insufflent indubitablement une dynamique. Sur ces bases olympiques, les équipements se multiplient dès les JO passés dans toute la commune, pour atteindre près d’une cinquantaine au début des années 1980, au service d’une politique souhaitant favoriser le sport pour tous et le brassage social.

Les pratiques sont également impactées. Le ski en premier lieu, forcément. Les JO de 1968 accélèrent sa démocratisation, enclenchée depuis le début des années 1960.

Annie Famose lors de l’épreuve de slalom, où elle décrocha la médaille de bronze le 13 février 1968 à Chamrousse. © Photopress, collection Jack Lesage.

Le Grenoblois a une nouvelle passion. Mais les autres disciplines olympiques ne sont pas en reste : le hockey sur glace se développe, et le Grenoble Patinage voit son nombre de licenciés exploser après les Jeux.

Conséquence plus indirecte : plusieurs associations sportives voient le jour au Village olympique et cinquante ans après, l’école de football de l’USVO reste une référence par son dynamisme et la qualité de ses résultats.

Les JO ont aussi entraîné la création de la Delphinale, troupe folklorique officielle de la Ville, qui aujourd’hui encore exporte en France et à l’étranger musiques, chants, danses et costumes traditionnels du Dauphiné.

Les Jeux Olympiques de 1968 ont marqué leur époque et les esprits via les exploits sportifs qui s’y sont déroulés. Mais ils ont aussi marqué Grenoble et les Grenoblois, à plus d’un titre et durablement.

interview

« Renforcer les traits d'union entre les générations »

Rencontre avec Sadok Bouzaïene, adjoint aux sports.

© Sylvain Frappat

Que représentent pour vous, à titre personnel, les Jeux Olympiques de 1968 ?

En ce qui me concerne, en 1968, je n’étais ni à Grenoble ni en France. Je ne suis arrivé en France qu’en 1970 en tant que réfugié politique. Je n’ai pas vécu l’événement en lui-même. En revanche, si je suis resté à Paris jusqu’en 1990, j’ai souvent eu l’occasion de lire sur ces JO ou d’en parler, et sur les changements économiques, sociaux, urbains qu’ils ont initiés pour Grenoble.

Ces Jeux sont d’abord synonymes, à titre personnel, de la transformation qu’a connue notre ville à cette période.

Un héritage dont la Ville porte encore les traces aujourd’hui…

Oui, il reste des équipements sportifs, qui ont connu quelques modifications au fil du temps. Mais il reste aussi des « anciens » qui ont vécu cette étape du développement de la ville et qui en sont la mémoire.

Il reste des quartiers qui symbolisent ces Jeux : le Village olympique, la Bruyère, Malherbe… Il reste des photos, des livres, des noms de sportifs et d’architectes.
 Tout cela doit permettre aujourd’hui à notre jeune génération de continuer sur ce chemin, de prendre ce flambeau.

Il y a bien sûr tout un travail pédagogique à mener afin que cette période-là ne reste pas faible dans la mémoire individuelle et collective des Grenoblois.

Toutes les célébrations autour du 50ème anniversaire rentrent justement dans ce devoir de mémoire ?

Un des objectifs est d’initier les jeunes à l’histoire de leur ville. Leur faire découvrir cette histoire via son patrimoine, sportif notamment, mais aussi rappeler la dimension culturelle des Jeux Olympiques, avec ce qu’a représenté par exemple la Maison de la Culture pour cette période.

Nous souhaitons également mettre en avant la dimension intergénérationnelle de cet événement. Ce 50ème anniversaire est un moment fort pour nouer les liens et renforcer les traits d’union entre les anciens et la nouvelle génération afin que cette partie de l’histoire de Grenoble devienne quelque chose pour tous et toutes.

Quelle est votre vision du sport à Grenoble pour l’avenir ?

Demain, le sport à Grenoble doit être fondé sur cette notion de sport pour tous et toutes. C’est ce qui nous anime depuis le début et que nous mettons en œuvre dans notre action au quotidien.

Grenoble hôte des Jeux Olympiques dans le futur, une utopie ?

Aujourd’hui, les Jeux Olympiques ont un aspect business qui rend la chose plus difficile. Mais ce que j’aimerais dire en conclusion c’est que nous avons énormément travaillé avec les écoles, les collèges, les lycées, les associations de quartier, les clubs sportifs, partout dans la ville, pour saisir ce moment et en profiter pour lui donner une dimension pédagogique.

A défaut d’accueillir de nouveaux JO, nous pouvons transmettre le flambeau et les valeurs de l’olympisme à nos jeunes.

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