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Marie Wozniak

Archi-engagée

À la tête de l’École nationale supérieure d’architecture de Grenoble (ENSAG) depuis moins de deux ans, Marie Wozniak témoigne d’une trajectoire peu commune, marquée par le goût de redessiner l’époque.

Originaire de Sarcelles, Marie Wozniak a mis des montagnes dans son décor bien avant de prendre ses fonctions en juillet 2015. Cette diplômée de l’école d’architecture Paris-Villemin a enrichi son parcours avec un doctorat à l’Institut de géographie alpine à Grenoble dès 2004, option Sciences du territoire. Pour boucler la boucle, elle a été nommée Architecte urbaniste de l’État, s’ouvrant ainsi les portes du ministère. Pas celui de l’Équipement, mais de l’Écologie.  « C’est au moment où émergeait la réglementation européenne environnementale. J’étais motivée pour étudier la prise en compte de l’écologie dans les problématiques d’aménagement. »

Une question la taraudera souvent : « Quitte à devoir construire, où est-ce qu’on peut le faire, et comment ? » Et c’est au contact de l’océan que s’affirme sa sensibilité environnementale. « Mon premier poste était basé en Bretagne. La mer est le dernier endroit qui accumule tout ce que notre société rejette. J’étais confrontée notamment au problème des algues vertes. » Derrière ce fléau, le lobby de l’élevage industriel… « Pourquoi faut-il mettre tant de temps pour changer de modèle ? », s’agace-t-elle.

La Presqu’île m’a interpellée par ses spécificités innovantes, comme l’intégration des réseaux d’énergie intelligents. 

Déboussolée face à l’agressivité ambiante, Marie Wozniak revient dans les Alpes pour un bol d’air vivifiant. Elle travaille sur le classement de sites magnifiques, menacés par des projets d’extension touristique tentaculaires. Puis regagne la ville, à la Direction départementale des territoires, pour se recentrer sur l’urbanisme. Projet Écocité, SCOT : elle s’interroge sur la notion de territoire durable, accompagne les collectivités pour mieux se saisir des nouveaux documents réglementaires et devient experte nationale des écoquartiers. « La Presqu’île m’a interpellée par ses spécificités innovantes, comme l’intégration des réseaux d’énergie intelligents. »

La fatigue des ministères la gagne au bout de dix ans. « C’est compliqué quand on manque de moyens. » Au moment où l’école d’archi de Grenoble rejoint la ComUE (Communauté d’universités et d’établissements) Université Grenoble Alpes, elle se lance. « L’école abordait un tournant stratégique. Je connaissais ses équipes de recherche, sa pédagogie reconnue, ses expérimentations constructives. » En témoigne le bâtiment terre et bois Terra Nostra, sur le quartier Flaubert en devenir, co-conçu par les étudiants de l’ENSAG.

Cette école et son millier d’étudiants ont un potentiel immense.

En moins de deux ans, la nouvelle directrice a déjà apposé son empreinte. Outre le changement des conditions d’admission – exit le concours, vive l’entretien –, Marie Wozniak a engagé l’école dans un nouveau projet. « Notre défi est d’y associer professeurs, personnel administratif et étudiants. C’est beaucoup de temps passé à animer des ateliers, mais c’est passionnant. Il s’agit de se questionner sur l’identité de l’école et sur les enjeux de l’architecture elle-même. »

Au-delà de l’analyse urbaine et des usages, Marie Wozniak souhaite aussi intégrer davantage les aspects environnementaux, la maquette numérique, le patrimoine du XXe siècle… Et multiplier les collaborations avec les territoires voisins. « Cette école et son millier d’étudiants ont un potentiel immense. Sa vie collective intense, je n’en avais pas forcément conscience en arrivant. Elle me rend à la fois modeste et pleine d’ambitions pour elle. »

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