Reportages

Accueil >Dossiers >Reportages>Fièvre dans les Alpes : comment la soigner ?

Ce contenu fait partie du/des dossier(s): Biennale des villes en transition, 2e édition

dérèglement climatique

Fièvre dans les Alpes : comment la soigner ?

Nos montagnes sont les premiers témoins du réchauffement climatique. Dans les Alpes, au cours du XXème siècle, les températures annuelles ont augmenté de 2 °C, contre 1,4 °C en moyenne en France. Comment explique-t-on ce phénomène ? Quels sont ses impacts tangibles ? Comment y faire face ? Des experts témoignent.

Mission photographique en hélicoptère au dessus du Grand Pic et de la Croix de Belledonne. ©Alain Fischer

Aujourd’hui, le dérèglement climatique est dans toutes les consciences (ou presque). Scientifique ou simple observateur, personne ne s’y trompe. Sous l’effet des activités humaines, l’atmosphère se réchauffe.

Les actions citoyennes en faveur du climat s’intensifient, elles aussi, : collectif Citoyens pour le climat, appels des scientifiques et des célébrités dans la presse, ou encore la pétition « L’Affaire du siècle », qui recense en ce mois de février plus de 2 millions de signataires. Ces voix portent le même message : l’urgence d’agir, de remettre en question nos modes de vies et nos habitudes, d’expérimenter un autre modèle. Sans attendre.

Les Alpes : témoins naturels du changement climatique

Pourquoi le réchauffement climatique est-il amplifié dans les Alpes ? Samuel Morin, directeur du Centre d’Études de la Neige (CEN), explique :

Dans les Alpes, ce phénomène est observé l’été et aux intersaisons. Il est en partie lié à la neige : avec la hausse des températures, le manteau neigeux se réduit, ce qui diminue le réfléchissement du rayonnement du soleil. Le sol se réchauffe donc plus que s’il était recouvert de neige, et, en retour, il  réchauffe l’atmosphère.

Depuis les années 1960, des mesures sont effectuées au col de Porte, à 1 325 m d’altitude. Entre 1960 et 1990, le CEN a relevé une température moyenne hivernale de 0°C et une augmentation de 0,9°C entre 1990 et 2017. La quantité d’eau tombée du ciel n’a pas baissé. En revanche, le manteau neigeux a diminué de 39 cm.

La neige est-elle éternelle ?

« Pour le col de Porte, entre aujourd’hui et 2050, le pronostic est une perte de 25% de l’enneigement moyen par rapport à l’état actuel, quoi qu’on fasse. Dans le cas d’une réduction massive des émissions de CO2 et d’une neutralité en carbone d’ici le milieu du siècle, on peut stabiliser cette situation. Mais dans le pire des cas, on assistera à 80% de réduction de l’enneigement à la fin du XXIème siècle. Les hivers enneigés se feront de plus en plus rares », indique Samuel Morin.

Les éléments réagissent, nos modes de vie aussi

Chercheuse au sein du laboratoire PACTE, Céline Lutoff participe au projet européen Artaclim. Objet de l’étude : l’impact et l’adaptation des territoires alpins au changement climatique, à travers les témoignages d’acteurs du territoire. Voici les principaux thèmes exprimés :

  • L’eau : une source d’inquiétude

Les glaciers constituent une immense réserve d’eau potable. Leur fonte entraîne la diminution de ce stock. Se pose la question de la pérennité de cette ressource, notamment au cours des périodes de sécheresse. La chercheuse interroge :

L’eau est précieuse. Quelles sont les priorités qu’on se donne pour la partager ? Dans les régions alpines très touristiques, on crée des réservoirs d’eau pour faire de la neige de culture en hiver. Mais est-ce qu’on ne devrait pas l’utiliser pour les populations qui viennent ?

  • Biodiversité : des espèces en quête de hauteur

Certaines espèces évoluent et migrent en hauteur pour trouver le climat qui leur correspond. « On assiste à une colonisation des espaces de plus haute altitude », précise Céline Lutoff. Samuel Morin rajoute : « Les espèces qui vivent déjà à haute altitude tendent à disparaître, faute de ne pouvoir migrer plus haut. »

  • Risques naturels : changement de fréquence

Certains phénomènes naturels sont amplifiés et de plus en plus fréquents. C’est le cas des éboulements rocheux, des phénomènes d’inondation marqués, et des périodes de sécheresse plus longues.

« Des agriculteurs doivent désormais prévoir des réserves d’eau pendant la période des alpages. Quant aux urbains, ils cherchent plus de fraîcheur en hauteur. Le lien entre la ville et la montagne devient alors un enjeu majeur », estime Céline Lutoff.

Alors que faire ?

« Le changement climatique nous oblige à une meilleure coopération entre recherche et acteurs du territoire », constate la scientifique. Des schémas de concertation se mettent en place pour un aménagement du territoire ou une gestion de l’eau qui prend en compte ces enjeux.

La Métropole met à jour le Plan de Déplacements Urbains 2030 et le Plan Air Énergie Climat. À Grenoble, le collectif Zero Waste prône la réduction de nos déchets, l’association Mountain Wilderness renforce ses actions de sensibilisation, le mouvement Alternatiba mobilise sur le changement de système…

Ces nombreux acteurs infusent leur énergie sur le territoire et invitent chacun à « rejoindre le mouvement ».

Les commentaires (0)

réagir

Votre adresse de courriel ne sera jamais publiée.

Tous les champs sont obligatoires

> Commentaires, mode d'emploi

Gre-mag
vous propose

Hoche, un jardin aux ambiances variées

Jardin des Vallons : une biodiversité citadine

De la friche ferroviaire au parc Flaubert