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Patrice Doat

Homme de terre

Traçant son sillon avec détermination et conviction, l’architecte Patrice Doat est unanimement et internationalement reconnu comme un fervent militant de la construction en terre, doublé d’un pédagogue plaçant le plaisir au cœur de l’apprentissage de l’architecture.

jeudi 16 juin 2016 Patrice Doat, architecte, membre du laboratoire Craterre, spécialisé dans les habitations en terre. Lauréat 2016 du Global award for sustainable architecture. Sylvain Frappat - Ville de Grenoble 2016

Le 9 mai 2016, Patrice Doat a reçu une nouvelle consécration, le « Global award for sustainable architecture »(1). Comme un contre-pied à ce titre en anglais, il débuta son allocution d’un inattendu « hola ». Avant de la terminer par un « merci de continuer à désobéir », bouclant ainsi la boucle avec ses années de formation en pleine période d’après 68, où il aborde l’architecture de façon militante et sociale.

Entre ses deux points, qui finalement se rejoignent, il n’aura cessé — et ne cesse — d’étendre son aura depuis son camp de base à l’École d’architecture de Grenoble, le laboratoire Craterre, qu’il a fondé en 1979 avec Hugo Houben et Hubert Guillaud. Écologiste depuis toujours, s’intéressant à toutes les ressources naturelles, c’est finalement la terre qui deviendra son matériau de prédilection. Avec le soleil, dont il reprendra le principe du rayonnement pour essaimer ses travaux et son enseignement dans le monde entier, montrant ainsi de quel bois il se chauffe. « On utilise la terre qu’on a sous les pieds pour construire. C’était très mal vu quand on a commencé, à l’époque du tout nucléaire et du tout béton. Avec ce matériau fragile, non résistant, on peut construire des immeubles. C’est à l’architecte, par son travail, de le protéger. »

C’est avec lui qu’on apprend à construire, du pliage d’une feuille de papier au montage d’une coupole en brique.

Dès la première année, pour illustrer sa conception de l’architecture, le professeur Doat demande à ses étudiants de passer à l’acte, suscitant la curiosité et l’étonnement des apprentis architectes. « On ne travaille pas sur le plein mais sur le vide. La base de la conception architecturale, c’est l’espace. » Aurélie Gerbal, une ancienne étudiante, se souvient quand elle a pris conscience de l’originalité des études d’architecte : « Les deuxième année nous disaient : “tu vas bientôt découvrir le cours de Doat”. On se demandait bien ce qui nous attendait. »

Carine Bonnot, dont il a encadré le diplôme, confirme cette immersion immédiate. « C’est avec lui qu’on apprend à construire, du pliage d’une feuille de papier au montage d’une coupole en brique. Il dit toujours “expérimente, dessine, casse-toi la gueule s’il le faut”. C’est quelque chose que je fais toujours dans mon travail. »

En 2001, cette passion pour le « faire » et la mise en situation le conduira, avec d’autres, à créer et co-fonder les Grands ateliers de l’Isle d’Abeau. Cette structure unique en France a été imaginée pour permettre aux étudiants de réaliser des projets à échelle réelle, ce qui était impossible auparavant.

Aujourd’hui, à 69 ans, Patrice Doat — dont il est impossible de citer ici les nombreux travaux et réalisations — travaille à l’écriture d’un traité de pédagogie qui synthétisera les fondements de son approche : « faire l’éloge de la simplicité, transmettre en s’amusant, rendre les étudiants heureux. »

Élémen-terre Monsieur Doat !

(1) Prix récompensant l’architecture durable et soutenant « le débat mondial sur l’architecture et la ville à l’ère des grandes transitions». Créé en 2006 par le fonds Locus avec la Cité de l’architecture & du patrimoine, il retient chaque année cinq architectes, « des grands précurseurs aux jeunes rebelles de la scène mondiale ».

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