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Christiane Blaise

L’océan à ses pieds

Trente chorégraphies en moins de trente ans, une esthétique engagée et partagée dans un lieu unique, le Pacifique, pour accompagner les artistes dans leurs démarches de création. Christiane Blaise cède sa place aujourd’hui, en guettant d’autres courants porteurs.

Mercredi 05 octobre 2016 Christiane Blaise, chorégraphe. Elle a travaillé au Pacific. Lieu : La Table Ronde, place du Tribunal, Grenoble. © Alain FISCHER 2016, Ville de Grenoble.

Elle voulait devenir exploratrice ou écrivaine, elle aura été les deux : Christiane Blaise a exploré le monde et l’écriture avec la danse pour seul et unique bagage. « La vie est d’autant plus drôle qu’à aucun moment je me suis dit que je deviendrai chorégraphe », sourit-elle. Les caprices heureux du destin…

Quand elle remue le passé en touillant son café, elle repense à la Villeneuve où, après ses études de philo et d’allemand entre Berlin-Est et New York, elle aménagea son premier studio de création. « Une époque extraordinaire de recherche, de jeu, d’expériences humaines, de rencontres et de convictions. » Le creuset est fertile : la compagnie qu’elle crée à son nom sera la première troupe chorégraphique conventionnée par la Région.

De 1979 à 2007, Christiane Blaise ne cessera plus de créer, influencée par ses lectures (Russel Banks, Michel Foucault, Edouard Glissant), avec une ambition paradoxale : dépasser « la peur de s’exposer ». Et, surtout, avec le désir de partager et transmettre. L’expérience d’une longue résidence à l’Hexagone de Meylan lui suggérera d’offrir à son tour l’écrin rêvé aux artistes de sa discipline. Le Pacifique est ce lieu qu’elle a créé en 2004, dans les anciennes usines Pacific qui produisaient des chauffe-eau, chemin des Alpins.

Aujourd’hui, je me rends compte que j’ai jeté dans la danse mes états d’âme et mes pensées.

Le Pacifique, une idée de paix, mais aussi « d’océan qui peut se mettre en colère ». Elle va entraîner chaque année une quarantaine d’artistes dans son sillage. « J’ai été la première surprise par l’affluence. Visiblement, cette initiative correspondait à une forte attente. »

Faire venir les compagnies d’ailleurs, faire voyager la sienne ailleurs… Le Pacifique, l’un des douze Centres de développement chorégraphique (CDC, accompagnés par l’État) de France, s’est animé en permanence de flux contraires et cependant amicaux. Christiane Blaise poussera l’amitié jusqu’à cesser de créer elle-même afin d’accueillir plus de monde, faisant ainsi profiter ses subventions à d’autres compagnies.

À l’heure d’une transmission décisive – elle a cédé le gouvernail à Marie Roche en juin dernier – que va-t-elle enfin garder pour elle ? « Aujourd’hui, je me rends compte que j’ai jeté dans la danse mes états d’âme et mes pensées. Mes chorégraphies ont toujours été en lien avec un questionnement, souvent le même : comment vivre ? Comment faire pour que les choses s’améliorent pour soi et les autres : j’ai choisi d’essayer de résoudre cette question dans la danse, même si les réponses n’ont été que provisoires. »

Le bonheur est un chemin. Dans celui qui se trace aujourd’hui, Christiane Blaise se sent libre. « Plus que jamais. » Mais au fait, n’était-elle pas déjà libre sur les scènes ? « C’est une autre sensation de liberté. Je laisse le temps s’ouvrir devant moi : je fais place nette à l’improvisation. »

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