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Serge Gros

« S’inspirer du passé pour inventer un avenir performant »

Serge Gros est directeur du CAUE (Conseil Architecture Urbanisme et Environnement) de l’Isère.

Y a-t-il un lien entre l’histoire et la situation géographique de Grenoble ?

Grenoble est fortement déterminée par sa position, car la ville se trouve à la confluence de deux rivières sur une zone qui a été inondée pendant des millénaires.

Cela donne une terre fertile, une ville d’une grande planéité au cœur des montagnes. Et surtout, Grenoble s’est construite en reconquête des éléments naturels, l’eau mais aussi les éboulements, et a développé des stratégies qui lui sont propres.

Depuis deux siècles elle a connu une explosion colossale liée à sa capacité d’endiguement des rivières. C’est une ville industrielle qui s’est métamorphosée grâce à l’hydraulique et l’invention de la houille blanche. Grenoble a aussi porté des innovations issues des montagnes avec Louis Vicat qui a exploité ses ressources de calcaire pour en faire le berceau du ciment moderne.

Encore aujourd’hui, les ressources en eau ne sont pas étrangères à la forte présence des nanotechnologies… Les caractéristiques de territoire sont devenues des atouts, des accélérateurs qui ont fabriqué une singularité et donnent à la ville une vraie tradition d’innovation.

Comment qualifier son patrimoine architectural ?

On a des entités très abouties, des formes urbaines représentatives de l’époque où elles ont été édifiées et qui constituent une sorte de patchwork qui peut désorienter. Les matériaux hétérogènes sont un résumé de l’ensemble des ressources minérales : pierre, calcaire, tuf et c’est une ville historique où l’on identifie clairement l’architecture haussmannienne du XIXe, les bâtiments d’avant-guerre qui constituent une collection remarquable, ou encore l’esprit utopiste et conquérant des années soixante illustré par la Villeneuve notamment.

Qu’en est-il du patrimoine industriel et militaire ?

L’épopée industrielle donne à Grenoble une histoire singulière qui la rend exceptionnelle. Mais ce patrimoine a parfois été sacrifié à l’exemple de la grande halle Bouchayer-Viallet. En revanche, la caserne Bonne est un tournant dans la façon d’appréhender les choses, puisqu’on a fait le choix de garder des bâtiments et de composer avec, jusqu’à en faire un quartier à haute performance énergétique, le premier éco-quartier de France !

Très longtemps, dans une culture d’entrepreneur, Grenoble a balayé des éléments qui étaient témoins de son histoire industrielle et militaire. Être labélisé sera un levier pour s’interroger sur la préservation de ces traces du passé.

Quels sont les enjeux de cette labellisation ?

L’héritage patrimonial est à mettre en résonance avec les défis actuels : biodiversité, pollution, énergies…

Au XXIe siècle il faudra se réapproprier nos ressources dans une ville sujette à des réchauffements spectaculaires.

Le label se justifie car ce défi nécessite une lecture élargie de la ville. Ainsi le patrimoine à conquérir demain passe par la convocation des atouts naturels. Grenoble dispose d’une nappe phréatique qui constitue une ressource d’eau formidable et donc un atout fantastique pour l’avenir, à exploiter avec respect et modération.

Sur la Presqu’Ile, cette nappe permet de réguler thermiquement les bâtiments et on pourrait étendre ce dispositif à d’autres secteurs. L’Isère a aussi une grande ressource forestière : une réserve renouvelable qui demande peu d’énergie pour être transformée. Depuis une quinzaine d’années le bois retrouve enfin droit de cité dans la ville avec le lycée des Eaux-Claires, la crèche Philippeville… et bien sûr le quartier Flaubert.

Ce retour aux ressources locales est signe que s’inspirer du passé permet d’inventer un avenir performant.

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