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Claude Lorius

Souvenirs de la beauté du monde

Des six ans passés sur les territoires glacés des pôles, il a ramené les preuves de la cause humaine dans le réchauffement du climat. L’aventure de sa vie est racontée dans La Glace et Le Ciel, le quatrième film de Luc Jacquet.

mardi 13 octobre 2015 Claude Lorius, glaciologue. Protagoniste du documentaire de Luc Jacquet, La glace et le ciel. Sylvain Frappat - Ville de Grenoble 2015

 

« J’ai compris assez jeune qu’on n’arrive à rien si on n’agit pas ensemble et dans un même but. » Claude Lorius prend soin d’appuyer la narration de ses 83 printemps sur des petites réflexions philosophiques, comme si toute chose vécue trouvait son sens. N’est-ce donc pas le hasard qui a poussé en 1955 cet étudiant en physique de Besançon à répondre à une petite annonce pour participer à l’exploration de contrées inconnues ?

À l’époque, il pensait à une carrière de footballeur. Le déterminisme familial a failli. Lorsqu’il découvre l’immensité vierge du pôle Sud, c’est presque une déception. Mais la petite cabane de 20 m2 coupée du monde qu’il partage à trois lui soufflera une leçon d’humanisme : « Vivre ensemble, en acceptant toutes nos différences, c’est une nécessité quand il fait moins quarante dans le couloir. Si on apprend à se respecter, la confiance naît et alors tout devient possible. »

Le hasard serait donc plein de malice. C’est lui qui a jeté un morceau d’Antarctique dans le whisky de Claude Lorius : « Quand j’ai vu les petites bulles s’échapper au fur et à mesure que le glaçon fondait dans le verre, j’ai voulu comprendre d’où elles venaient et ce qu’elles contenaient. » Les bulles contiennent le CO2 et le méthane de l’air au moment de la chute de neige. Les plus vieilles bulles ont 800 000 ans. Elles sont emprisonnées dans des cristaux de glace dont la taille permet d’évaluer la température à chaque époque. De quoi tracer l’évolution du climat au fil des millénaires, au prix d’un carottage intensif et profond de plusieurs centaines de mètres dans la calotte glaciaire. « Les carottes prélevées confirment une anomalie brutale en dehors des cycles, qui coïncide avec l’ère industrielle. »

Des sensations vitales

Le regard de Claude Lorius sur la destinée du monde s’est aiguisé à partir de ses propres travaux, menés notamment au Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement de Grenoble, dont il fut le directeur. « L’accélération du réchauffement modifie les conditions de vie sur terre, et l’Homme a beau savoir, il continue d’épuiser les ressources naturelles. » Pour autant, le scientifique refuse de tout céder au pessimisme. « L’humanité a traversé bien des épreuves, je crois à notre capacité de rebond. Ce qui peut nous sauver, c’est le pouvoir des gens. »

Le tournage du film La Glace et Le Ciel  lui a offert l’occasion de revenir tout près des lieux, dix-sept ans après sa dernière expédition. Après un accident qui aurait pu lui coûter la mémoire, ce voyage marque le retour de sensations vitales. Et conforte sa parole de paix : « En pleine guerre froide, nos travaux ont amené les États-Unis et l’Union soviétique à collaborer. C’est la beauté des paysages de l’Antarctique qui a engagé des ennemis à finalement s’entraider. »

La Glace et le Ciel, film de Luc Jacquet en salles depuis le 21 octobre.

A découvrir sur le site de l’Université Joseph Fourier, une vidéo (21’30) Paroles de chercheurs : Claude Lorius et la paléoclimatologie, ainsi qu’une plus courte vidéo (8’40) très pédagogique, De l’air dans les glaces pour comprendre notre climat

informationRenseignements divers
courrielhttp://www.claude-lorius.com/

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