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Sur le terrain des inégalités

Le 14 mai prochain, dans le cadre des Cafégalité organisés par la mission Egalité femmes/hommes, diversité, détention de l’Université Grenoble-Alpes, les enseignantes Natalia Bazoge et Aine Chalabaev animent une discussion sur la thématique du football « féminin« . Les deux chercheuses nous dressent un constat mitigé de la situation actuelle.

Les deux chercheuses Natalia Bazoge et Aine Chalabaev planchent sur les stéréotypes. ©Alain Fischer

Pouvez-vous nous présenter le cadre de vos recherches ? 

Natalia Bazoge : Mes recherches au sein du laboratoire SENS de l’UFR Staps de l’Université Grenoble-Alpes s’inscrivent dans le domaine de l’histoire du sport. Elles portent plus particulièrement sur l’histoire genre du sport et de l’éducation physique scolaire. Il s’agit, notamment par une démarche comparative, de comprendre comment les normes de genre structurent les discours et orientent les pratiques, dans le monde du sport ou en milieu scolaire.

Aina Chalabaev : Je suis chercheuse et directrice de ce laboratoire SENS. Mes travaux se focalisent sur le rôle de barrière à la motivation que peuvent jouer les stéréotypes sociaux quand on veut s’engager dans une pratique physique régulière. Je m’intéresse aux stéréotypes de genre, mais également aux stéréotypes liés au vieillissement ou à l’obésité.

En ce qui concerne le football féminin, quel constat tirez-vous de la situation actuelle ? 

N.B. : On peut noter une progression de la part des femmes licenciées, de 3,2% en 2010 à 7,4% en 2017, qui s’inscrit dans le cadre d’un plan de féminisation mis en place par la Fédération française de football (FFF) depuis 2006. Cette augmentation reste néanmoins assez lente par rapport aux objectifs affichés : la FFF ambitionne une augmentation de 10% par saison dans chaque Ligue, en termes de dirigeantes, d’arbitres, d’éducatrices et d’élues dans les instances.

On peut donc constater encore une inégalité d’accès à cette pratique qu’elle soit informelle (cours d’école, city-stade) ou fédérale. Bien que lente, l’évolution peut être jugée positive sur l’augmentation du nombre de licenciées ou sur un début de médiatisation. Il faudrait toutefois regarder de près dans les clubs au niveau des cadres techniques, des dirigeants, des arbitres, pour savoir si le mouvement de féminisation s’implante véritablement.

Quels sont les leviers à activer pour tendre vers une situation plus égalitaire ?

N.B. : Il est d’abord nécessaire de sortir de la représentation du football comme une activité « de garçons », dans l’éducation des filles et des garçons : dès l’école, dès la cour de récréation, mais aussi dans les cours d’EPS par des pratiques mixtes et égalitaires, dans les publicités…

A.C. : La médiatisation du football féminin peut avoir un rôle important, car il peut permettre aux jeunes filles de s’identifier à des femmes performantes dans cette activité, qui vont jouer en quelque sorte un rôle de modèle. Les études montrent que la perception que nous avons de notre propre compétence dans une activité donnée est un déterminant central de notre engagement dans cette activité.

N.B. : Il faut une évolution de la médiatisation : donner plus de place et plus de moyens à la retransmission télévisée pour avoir des dispositifs techniques équivalents à ceux des matchs masculins. Continuer aussi le travail sur les discours médiatiques concernant le sport des femmes pour passer d’un discours centré sur la « femme sportive » (son physique, sa vie familiale…) à un discours sur la sportive, en termes de performances notamment.

A.C. : Dans le même ordre d’idée, les journalistes ont tendance à employer le terme de « football » pour désigner le football pratiqué par les hommes, et de « football féminin » pour désigner celui pratiqué par les femmes. Cette différenciation marque l’idée selon laquelle le football masculin serait plus légitime que le football féminin. Le fait d’accoler l’adjectif féminin à football sert à l’inverse à désigner qu’on se situe dans une pratique « atypique » du football.

informationRenseignements divers
courrielhttps://laboratoire-sens.univ-grenoble-alpes.fr/accueil

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