Nos interviews

Accueil >Découvertes >Nos interviews>Ericka Bareigts : «L’égalité réelle est le but ultime»

Interview

Ericka Bareigts : «L’égalité réelle est le but ultime»

A l’occasion de la 3e Biennale des Villes en transition, Gre.mag a interviewé Ericka Bareigts, maire de Saint-Denis de la Réunion.

©Fabrice Picot

Vous êtes la première femme élue maire de la Ville de Saint-Denis de la Réunion. C’est une vraie transition sociale. Comment comptez-vous développer cette question de l’égalité ?

Saint-Denis de la Réunion est la capitale des Outre-mer et fait partie des vingt plus grandes villes de France. La notion d’égalité est fondamentale dans ce combat politique que je porte depuis toujours. J’ai eu la chance d’être nommée en 2016 secrétaire d’État à l’égalité réelle. On parlait alors d’égalité des chances. Que j’ai changé en égalité réelle.

L’égalité réelle, c’est le but ultime, il faut la construire en partant de la réalité des gens : la couleur de leur peau, leur environnement, leur histoire, leur situation sont pris en compte pour déterminer les moyens des politiques publiques qui leur sont consacrés. On n’y est pas encore.

J’ai pour ambition de briser les tabous, de lutter contre toutes les formes de discrimination. La promotion de la femme, la lutte contre les violences intra-familiales font partie de mes combats. Par exemple, nous avons augmenté les structures d’accueil pour les femmes et lançons une campagne d’affichage dans la ville, mettant des femmes à l’honneur, des femmes de toutes les couleurs, des femmes qui n’entrent pas forcément dans les codes esthétiques ou les métiers habituels. Pour travailler sur l’égalité, il faut l’incarner.

Vous vous êtes rendue à Grenoble en janvier. Quel regard portez-vous sur Grenoble ?

J’ai trouvé une belle énergie à Grenoble. De l’audace aussi, et si on ne fait pas une politique avec de l’audace, on passe à côté de beaucoup de choses. Grenoble est volontaire pour briser les idées reçues.

Les villes ne peuvent pas mettre du vélo là où il y a beaucoup de voitures ? Grenoble a dit : je renverse la table, je mets du vélo. Et ça, je voulais le voir parce que c’est ce que je veux faire.

Bien sûr, Saint-Denis et Grenoble n’ont rien à voir en termes de géographie, mais peu importe, c’est l’esprit des politiques publiques portées à Grenoble qui compte. J’ai aussi ressenti la dynamique citoyenne dans l’ADN de Grenoble Par son histoire, Grenoble a toujours bénéficié de populations qui disaient, militaient, s’engageaient pour leur territoire. Ce qui donne un territoire très vivace sur la citoyenneté.

La question des mobilités douces fait partie de vos préoccupations quotidiennes. Que mettez-vous en place ?

La circulation sur Saint-Denis de la Réunion est une catastrophe. Nous sommes passés rapidement d’une société rurale et pauvre à une modernité qui nous a basculés dans le tout-voiture, synonyme de richesse et de réussite. Les politiques publiques ont été trop voiture depuis toujours. La capitale, ville centre, accueille tous les jours 80 000 voitures dont 64 000 restent dans la ville…

L’enjeu est complexe et doit aussi se traiter au niveau régional. Je souhaite qu’on change radicalement d’approche sur les mobilités. Il faut faire acte de courage et d’audace et ne pas s’en tenir aux mesurettes.

Nous allons, nous aussi, faire du vélo, en passant de 30 à 60 kilomètres de pistes et créer de vrais parcours en vélo, comme à Grenoble. Un téléphérique urbain qui traverse les quartiers sera livré à la fin de l’année.

Je souhaite aussi intensifier la pratique de la marche mais comme il fait très chaud ici, nous allons planter plus de 12 000 arbres, en petites forêts urbaines d’abord, puis en ombrage le long des voies.

En matière de transition, quels sont les points forts de Saint Denis de la Réunion ?

En matière de transition citoyenne, nous allons mettre en place le plus gros budget participatif de France avec 10 millions d’euros à disposition des citoyens. Nous avons aussi créé les comités d’action citoyennes (CAC), associant progressivement les 44 élu-es de la liste, habitants, clubs seniors, parents d’élèves, pour établir des diagnostics dans leurs quartiers.

Cliquez sur l’image pour lancer ce diaporama de 5 images

Transition éducative aussi : il y a encore 120 000 illettrés à la Réunion et 33% de jeunes sortent sans aucun diplôme. L’enjeu de l’éducation est fondamental. Nous investissons dans le périscolaire, en proposant gratuitement aux enfants du théâtre, du yoga, de la musique, de la connaissance du patrimoine, de l’anglais dès la maternelle…

Transition énergétique : nous avons installé des fermes photovoltaïques sur certains sites, qui représentent 3MW-crête et touchent 1500 familles. Objectif : monter à 6 MW-crête d’ici l’an prochain.

Transition vers une ville agricole enfin : nous avons identifié 160 hectares de terres communales dans les hauts et nous allons y installer 150 agriculteurs, en bio et raisonné, pour être sur une production locale de qualité et de circuits courts.

Selon vous, pour une transition réussie, quels sont les points, pour toute ville, à ne surtout pas négliger ?

Nous avons aujourd’hui une obligation de résultat. Nous devons rétablir la confiance envers les élus, et nous devons expérimenter, faire, ensemble, avec méthode et humilité. Nous devons faire de la pédagogie, qui participe à la confiance et au résultat. Nous devons écouter avant de décider, parce que nous ne maîtrisons pas tout, et parce que c’est donner une vraie plus-value à la place du citoyen.

Il faut enfin de l’expérimentation, expérimenter les dispositifs, ne pas arriver avec la science infuse de l’élu et imposer une façon de faire. Quand l’expérimentation marche, on débriefe avec le citoyen et on généralise parce que c’est de la bonne politique publique. C’est une façon de construire le commun, de montrer que l’on est respectueux de l’impôt que nous avons la précaution d’utiliser à bon escient.

Vos commentaires

Il n'y a pas encore de commentaires sur cet article.

réagir

Votre adresse de courriel ne sera jamais publiée.

Tous les champs sont obligatoires

Envoyer

> Commentaires, mode d'emploi

Gre-mag vous propose aussi

«Faire de Grenoble un terrain de jeu»

«Inspirer d’autres collectivités par nos solutions mises en place.»

«Les objectifs environnementaux sont intégrés dans tous nos projets.»