Originaire d'Aix-en-Provence, Jackie Simoncelli a travaillé avec la chorégraphe Odile Duboc avant de s'installer à Grenoble en 1998 à l'invitation de Josette Baïz. C'est ici que, depuis plus de vingt ans, elle transmet sa passion de la danse contemporaine à des jeunes de 7 à 23 ans. Rencontre.
Comment avez-vous commencé à travailler avec de jeunes danseurs ?
Jackie Simoncelli : En 1989, j’ai été sollicitée pour animer un projet de danse à l’école La Rampe, située à la Villeneuve. La rencontre avec ces enfants a fait tilt ! Ça a merveilleusement fonctionné car ils n’avaient aucune barrière : leur liberté et leur créativité étaient incroyables, alors qu’il s’agissait d’enfants qui n’avaient pas forcément accès à la culture !
J’ai compris que c’était ce que je voulais faire. Et quand les premiers élèves ont commencé à quitter l’école, ils ont manifesté leur envie de continuer. J’ai alors créé la compagnie des Mutins en 1993, qui s’est progressivement ouverte à d’autres jeunes de 7 à 23 ans.
Quelle est la spécificité de votre approche ?
JS: La compagnie fonctionne différemment d’une école de danse. Les jeunes sont recrutés sur audition. Ce qui ne signifie pas que le niveau technique est le plus important ! Je suis surtout sensible à leur capacité à exprimer leur sensibilité, à leur désir d’expérimenter… Ainsi, on travaille principalement en ateliers où je donne très peu de consignes et où je ne montre rien. Tout part de l’impro et mon rôle consiste susciter, à tirer des fils… C’est ainsi qu’ils font des choses différentes, inédites. Pour moi, cette approche est primordiale car la danse est une langue en invention constante.
Je travaille sur le même principe avec les Juniors du Pacifique, la seconde compagnie que j’ai créée en 2008 : la seule différence est que le partenariat avec le Pacifique-CDC (Centre de Développement Chorégraphique) qui rayonne dans toute l’agglo, permet de toucher un public plus large.
Vous mêlez les deux groupes ?
JS: Oui, je crée régulièrement des passerelles pour faire dialoguer les sensibilités. Ils assistent ensemble à une dizaine de spectacles chaque année et suivent de nombreux stages en commun. Ceci dans un esprit d’ouverture qui se traduit aussi par l’intervention d’autres chorégraphes.
Par exemple pour leur nouvelle création, les Mutins ont travaillé avec François Veyrunes. C’est l’occasion de les confronter à d’autres univers, sachant que son intervention ne consiste pas à nous écrire une séquence, mais à transmettre sa grammaire. C’est une invitation à réfléchir sur la façon dont on ressent et interprète la danse afin d’apporter une nouvelle résonance. Ils ont aussi travaillé avec un ancien Mutin, Diego Lloret, qui est devenu professionnel : il a animé des ateliers et des sessions d’étés réunissant mes deux groupes.
Un mot sur les créations présentées à l’Espace 600 ?
JS: Les Mutins interpréteront Solarstein qui signifie « pierre de soleil » en islandais. Notre point de départ c’est l’idée que la lumière peut se réfracter selon des axes différents. A partir de là on a expérimenté autour du double, du mouvement… sur des musiques très variées qui vont de l’électro aux musiques sacrées.
Quant aux Juniors du Pacifique, ils présentent Turbulences. Comme son nom l’indique c’est une création basée sur les ruptures, l’énergie… tout ce qui obéit à des règles physiques tout en étant imprévisible et aléatoire. Le vendredi 22 janvier, on partagera le plateau avec Danser sans frontières, un groupe de jeunes danseurs venu de Rillieux-la-Pape. Parce qu’on aime les rencontres, les échanges avec des univers différents.
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