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Égalité femmes-hommes : le combat continue

Éducation, emploi, santé, sport, aménagements urbains, culture… La question de la place des femmes impacte tous les secteurs de la société et concerne aussi bien la sphère publique que privée et nourrit même notre imaginaire. Et si les femmes ont conquis au fil du temps des droits fondamentaux, la visibilité nouvelle des questions liées aux violences comme la publication régulière de données nationales sur l’égalité femmes-hommes invite à s’interroger sur l’amélioration effective de leur condition. Où en est-on aujourd’hui ? Quel regard les acteurs de l’égalité portent-ils sur la situation grenobloise ? Quelles initiatives se développent sur notre territoire ? Enquête.

Société

Égalité femmes-hommes : le combat continue

Chaque année, les chiffres parlent d’eux-mêmes : inégalités salariales, sous-représentation dans la vie politique et culturelle, tâches domestiques supportées aux trois quarts par les femmes…

À cela s’ajoutent la prise de conscience autour du harcèlement sexuel avec les mouvements #MeToo, #balancetonporc, #NousToutes et le regain d’intérêt pour la notion de « charge mentale », introduite par la sociologue Monique Haicault en 1984 et remise au goût du jour par la BD d’Emma Fallait demander.

Sans oublier la mise en lumière d’un sexisme qui s’installe dès le plus jeune âge, un phénomène encore récemment dénoncé par l’Unicef.

Et que dire des réactions virulentes suscitées par l’écriture inclusive ? Non tout n’est pas rose sur le chemin de l’égalité, mais des actions se concrétisent, des énergies se mobilisent, et Grenoble  multiplie les initiatives pour faire avancer la cause des femmes.

Les Grenobloises prennent la main

Forte d’une championne du monde d’aviron et de belles équipes féminines (rugby, foot…), Grenoble est une ville performante pour le sport féminin.

Après la rencontre entre la France et la Nouvelle- Zélande à l’automne, Grenoble mettra à nouveau le sport féminin à l’honneur en juin 2019 en accueillant plusieurs matchs de la coupe du monde féminine de football.

Côté culture, des directrices sont à la tête de nombreuses structures : bibliothèques municipales, Conservatoire, Muséum, cinémathèque, Espace 600, théâtre Prémol, Pacifique, Magasin des Horizons où cinq femmes sont artistes associées cette saison.

Quant au nouveau projet du Théâtre municipal, il s’est construit avec la complicité de deux femmes artistes.

Autre atout : un tissu associatif dense et très investi pour les droits des femmes avec l’incontournable Planning familial, né à Grenoble en 1956, SolidaritéFemmes Milena, Osez le féminismela Plateforme des droits des femmes, l’Amicale du Nid, l’Appart, Femmes SDF, CiGaLe (Collectif Interassociatif Gay et Lesbien)

Ces associations s’impliquent au quotidien pour davantage d’égalité et participent activement aux initiatives portées par la Ville, par exemple la constitution d’un livre blanc sur l’égalité dont les axes seront présentés en mars 2019 pour la Quinzaine contre le racisme et les discriminations.

L’égalité en action

La Ville est en effet très mobilisée. Emmanuel Carroz, adjoint à l’égalité, affirme :

Pour nous, il y a une vraie action politique à mener. En signant en mars 2015 la Charte européenne pour l’égalité femmes-hommes, la Ville s’est engagée à mettre en place un plan d’action autour de trois axes et des actions concrètes se développent.

Pour la mixité dans le sport : création d’une école de foot féminin, critérisation des subventions des clubs pour pousser à la féminisation, créneaux d’activités réservés aux filles, organisation de la Semaine du sport au féminin…

Pour renforcer la présence des femmes dans l’espace public : des noms de femmes célèbres sont donnés aux rues et une fresque sur les femmes dans l’Histoire sera réalisée à l’Abbaye.

La parole des habitantes est sollicitée pour les encourager à se réapproprier leur quartier (marches extraordinaires à Saint-Bruno, réflexion pour le réaménagement de la Prairie à Mistral…).

Et pour lutter contre les stéréotypes dès le plus jeune âge, une sensibilisation des professionnels a été menée, une malle « chou-fleur » avec des jeux et des livres non genrés.

La Ville agit aussi en tant qu’employeur : formation et sensibilisation des agents, écriture inclusive dans les documents internes, CV anonymes…

« Tenu compte de l’égalité doit être un automatisme, conclut Emmanuel Carroz. Dans chaque politique publique, il faut chausser les lunettes du genre et se demander si elle n’est pas discriminatoire pour les femmes.»

 

engagement

Le féminisme sans tabou

Association résolument militante, Osez le féminisme ! défend le projet d’une société égalitaire et sans discrimination.

Pour Jenny Ducoli, présidente de l’antenne 38, le constat est clair :

Les chiffres dans leur globalité : salaires, répartition des tâches… montrent qu’on est dans une société où le patriarcat est dominant. Et il faut l’abolir ! Il n’y a pas de thématique particulière à laquelle on s’attaque, c’est par une approche globale qu’on trouvera une solution.

Pour cela, il s’agit d’abord de redonner la parole aux femmes. Un défi pas si facile à relever… « En groupe, une petite fille prend beaucoup moins spontanément la parole qu’un garçon et une femme a quatre fois plus de chances de se faire couper la parole. »

D’où l’importance des actions de sensibilisation : l’association organise régulièrement des cafés-débats, intervient en milieu scolaire, participe à des conférences et relaie les campagnes nationales comme Sang tabou, à propos des règles, ou Marre du rose, contre les jouets stéréotypés.

Du 4 au 8 février, elle organisera un cycle sur le plaisir féminin « car il y a peu d’espace de parole sur la sexualité des femmes ».

informationRenseignements divers
courrielhttps://osezlefeminisme38.wordpress.com

Théâtre citoyen

La rue est à elles !

La compagnie Ru’elles réalise des performances sur l’espace public autour des rapports femme-homme et du harcèlement de rue en privilégiant la dimension participative.

Sous la houlette de Julie Arménio, elle pratique un « théâtre déclencheur pour transformer le monde qui nous entoure. »

©Emilie Perron

Actuellement en résidence à la MdH Chorrier-Berriat, la compagnie anime un laboratoire-théâtre et danse sur le thème du genre et ses espaces, qui regroupe une vingtaine d’habitant.e.s pour « questionner le quotidien et créer collectivement une performance de rue ».

Chaque 22 du mois, Ru’elles propose aussi d’imaginer dans la journée une partition commune et l’interpréter en arpentant le quartier.

À l’invitation de la Ville de Grenoble, elle s’installera sur l’espace public en avril 2019 pour la Semaine contre le harcèlement de rue. Des scènes de harcèlement seront interprétées par des comédiennes puis les passants seront invités à échanger sur leur ressenti.

informationRenseignements divers
courrielwww.ru-elles.com

droits/santé

Le Planning sur tous les fronts

Plus de soixante ans après sa création, le Planning Familial reste le fer de lance de la lutte pour les droits des femmes.

©Planning Familial

Au niveau national, cette association féministe milite sans relâche pour réaffirmer le droit à l’IVG, revendiquer le remboursement total de toutes les méthodes de contraception, obtenir que la PMA soit accessible à toutes ou dénoncer les violences gynécologiques.

Sur le terrain, le Planning familial de l’Isère œuvre pour plus d’égalité à travers des actions de sensibilisation. Il a réalisé 2 000 animations en 2017 : interventions dans les associations (Point d’Eau, l’Ami- cale du Nid), les quartiers par le biais
des MdH, les établissements scolaires…

On délivre une info adaptée au public. Avec les jeunes, on aborde la question du consentement ou de la responsabilité partagée en matière de contraception et de prévention car on constate que la santé du couple repose essentiellement sur les femmes.

Faire comprendre la violence

Autour de la prévention VIH, le Planning développe des programmes ciblés (femmes lesbiennes, personnes transgenres…), forme des professionnels du secteur médico-social et anime des groupes de parole, par exemple pour les femmes en situation de prostitution.

En 2017, il a réalisé 10 000 entretiens où la question des violences est systématiquement abordée par les conseillères ou les médecins.

« Notre rôle consiste à faire comprendre que certaines attitudes relèvent de la violence. En effet, beaucoup de comportements ont été intégrés sans être considérés comme tel : c’est une prise de conscience qu’il faut accompagner. »

informationRenseignements divers
Planning familial de l’Isère, 30, boulevard Gambetta à Grenoble
téléphone 04 76 87 94 61
courrielwww.isere.planning-familial.org

Interview

"Ce qu'on croyait éliminé ne l'est pas !"

Cécile Bonthonneau est experte sur les politiques de l’égalité femmes-hommes.

©Document remis

Où en est-on aujourd’hui de l’égalité ?

Ça a pas mal avancé sur le partage du constat : les inégalités sont là et posent problème. C’est déjà un progrès…

Dans le secteur culturel, il y a quelques années, le sujet ne suscitait aucun intérêt alors qu’aujourd’hui, il y a toujours un temps dédié dans les rencontres professionnelles.

Mais les chiffres ne bougent pas : le manque de parité est le même qu’en 2008.

D’où viennent ces inégalités ?

C’est un héritage de notre société patriarcale où la femme a longtemps été considérée comme mineure.

Aujourd’hui avec les travaux des sociologues, la mobilisation des artistes, les réseaux sociaux où le féminisme trouve un nouvel espace d’expression, on prend conscience que ce qu’on croyait éliminé ne l’est pas !

On pensait les inégalités dépassées et on s’aperçoit qu’on a incorporé des réflexes dont on ne se rend pas compte.

Comment déconstruire cela ?

Cela passe par différentes approches. Par exemple, les stéréotypes sont très présents dans la littérature jeunesse. Il faut donc changer ces supports. La vie professionnelle est très impactée par la question du genre et il est essentiel de former les gens pour qu’ils changent leurs pratiques en faveur de plus de mixité.

Les collectivités ont aussi un rôle à jouer. Les politiques jeunesse concernent à 75 % les garçons mais on peut trouver des solutions : propositions plus diversifiées, horaires aménagés…

Interview

"On dissuade très tôt les femmes d'occuper l'espace public"

Yves Raibaud est géographe, maître de conférences à l’Université de Bordeaux-Montaigne et membre du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes.

©Document remis

Quelle est la place des femmes dans la ville ?

La ville est inconfortable pour elles car elle est faite par et pour les hommes : 98% des noms de rues sont masculins et les aménagements type skateparks ou stades occupent 90% de l’espace public.

Et les déplacements des femmes sont entravés par un sentiment d’insécurité qui les amène à éviter certaines zones ou à privilégier la voiture au détriment du vélo et des transports en commun.

Ces inégalités d’accès à la ville sont d’autant plus graves à l’heure où l’on s’emploie à construire des villes durables !

Pourquoi cette hégémonie ?

Les maires, préfets, architectes, urbanistes sont surtout des hommes. Ils gèrent les grands travaux et du coup, la ville masculine se reproduit.

Et ça commence très tôt : la cour de récré apprend aux garçons à occuper le centre alors que les filles restent à la périphérie.

De même, on considère que les garçons doivent sortir, se défouler, alors qu’on dit aux filles de rester à la maison. Cette pression les dissuade très tôt d’occuper l’espace public qui de fait devient masculin.

Comment faire évoluer la situation ?

Il faut installer la parité dans les institutions, encourager l’égalité professionnelle, faire en sorte que les femmes accèdent aux postes d’aménagement, cesser de bâtir des lieux masculins, créer des espaces fluides, travailler sur l’éclairage… Tout cela en concertation avec les citoyennes.

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