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Ce contenu fait partie du/des dossier(s): Spécial Grenoble JO de 1968

loup y es-tu ?

Quand le hockey sur glace s’éveilla…

En 1968, les Brûleurs de Loups ne sont encore que le Grenoble Hockey Club (GHC). Le surnom leur sera attribué par le journaliste du Dauphiné Libéré Albert Fontaine en 1969, avant de devenir officiel en 1992. Si l’équipe est déjà solidement implantée dans la capitale du Dauphiné depuis le début des années soixante, les Jeux Olympiques ont servi de catalyseur au développement de la discipline à Grenoble et dans tout le pays.

Les potes de Pete Laliberté. © Brûleurs de loups

Le Grenoble Hockey Club naît en 1963, juste après l’inauguration de la patinoire Clémenceau, à l’initiative de Philippe Potin (dont la famille est le grand mécène du hockey en France à l’époque) et sous la houlette de Gaëtan « Pete » Laliberté, légende de la discipline et du sport grenoblois.

Sans parler d’indifférence générale, cette création se fait dans une relative discrétion. « Il faut savoir qu’à l’époque il n’y avait pas plus de 300 hockeyeurs en France », explique Jimmy Biguet, un des joueurs qui a pris part à l’aventure. « Le niveau était vraiment très faible et avec Grenoble nous avons débuté en championnat 2e série [le deuxième niveau national, N.D.L.R.] en 1964. »

Et pourtant, le succès populaire est rapidement au rendez-vous. Pour deux raisons, selon l’ancien défenseur. « Nous avons pu compter sur la “plume” d’Albert Fontaine qui nous faisait une promotion du tonnerre dans les colonnes du Dauphiné Libéré. Et Pete Laliberté a mis en place des matchs amicaux tous les vendredis face à des équipes internationales. »

« J’ai souvent descendu les escaliers à coups de pied au derrière »

Clubs allemands, suisses, italiens, tchèques… et même des militaires canadiens se succèdent ainsi à Clémenceau. Des hockeyeurs de très bon niveau qui drainent un public toujours plus nombreux dans la patinoire grenobloise.

Jimmy Biguet sourit :

« Les normes de sécurité n’étant pas les mêmes à l’époque, nous avons parfois pu jouer devant près de quatre mille personnes, dans une clameur incroyable. » Et au niveau des résultats ? « Difficiles. Contre les Européens de l’ouest nous arrivions à rivaliser, surtout que nous étions renforcés par quelques internationaux français de Chamonix, comme Bozon ou Guennelon, qui faisaient le déplacement les vendredis soir. Même en plein hiver, c’est dire la passion de ces types qui avaient un travail en journée. Face aux équipes de l’est, c’était une autre histoire…
Et encore, je les soupçonne d’avoir un peu levé le pied face à nous, vu qu’ils étaient déjà ravis de pouvoir sortir de leur pays à l’époque, ce qui n’était pas forcément évidemment vu le contexte politique. »

Hockey sur roulette et coups de pied au derrière

Si, à Grenoble, le hockey sur glace jouit donc déjà de sa petite notoriété, l’accueil des Jeux Olympiques va placer la discipline à un tout autre niveau et poser les bases des succès futurs du GHC. « Pour nous c’était quelque chose d’inespéré, témoigne Jimmy. Il y avait une énorme exaltation au sein de l’équipe. C’était tout simplement les meilleurs joueurs du monde qui allaient se donner rendez-vous dans notre ville. »

Pete Laliberté faisait régulièrement le tour des quartiers. Il y avait déjà des jeunes joueurs inscrits au club qu’il venait voir et il en profitait pour prospecter

Un sentiment qui ne va pas se cantonner au petit monde du hockey grenoblois. Jean-François Maren, joueur dans les années soixante-dix et « mémoire » du club aujourd’hui, a quatorze ans en 1968.

Pour lui, l’accueil du tournoi olympique de hockey « a entraîné une espèce de contagion auprès des gamins que nous étions, pendant la compétition mais aussi lors des mois qui ont suivi. On ne jouait alors plus au foot mais au hockey ».

Une découverte souvent avec les « moyens du bord », mais nourrie par une forte passion, comme l’explique plus en détails Franco.

« Faute de glace à disposition, c’est d’abord sur les trottoirs que l’on a vu s’improviser des matchs de hockey sur des patins à roulettes. Des patins de l’époque ! On faisait ça vraiment entre nous, sans l’aide d’adultes, motivés par la passion d’un sport que nous étions en train de découvrir. J’avais monté une équipe et nous jouions sur le perron de l’église Saint-Pierre-du-Rondeau, où le sol était en marbre, ce qui permettait au palet de bien glisser. Le bruit du palet contre les portes de l’église résonnait à l’intérieur du lieu de culte et j’ai souvent descendu les escaliers à coups de pied au derrière, car le bruit empêchait les prêtres de confesser dans le silence du recueillement. »

Toute une génération de jeunes joueurs écrira par la suite l’histoire des Brûleurs de Loups, qui fait ses premiers pas dans la discipline avant de rejoindre le club.

« Pete Laliberté faisait régulièrement le tour des quartiers. Il y avait déjà des jeunes joueurs inscrits au club qu’il venait voir et il en profitait pour prospecter. De mon côté, mon père en a tellement eu marre que je stocke sur notre petit balcon les piquets qui me servaient à faire des crosses, les cartons et le polystyrène pour les protections des gardiens, qu’il a fini, une fois les JO terminés, par m’inscrire au club.

C’est comme ça que sont arrivés d’autres jeunes de ma génération : Daniel Maric, Philippe Duru, Christian Billiéras, Patrick Herbrecht, Robert Florindo… En 1968, le club était encore peu structuré. Pete encadrait deux entraînements par semaine, le jeudi et le samedi, toutes catégories d’âge confondues. Nous devions venir chacun avec notre palet, et pour les reconnaître à la fin de l’entraînement, nous gravions nos initiales avec la lame d’un opinel… »

Un premier titre national en 1981

vendredi 3 février 2017 : dans le cadre du championnat de France de Hockey, à Pôle Sud, victoire des Brûleurs de Loups face à Lyon (2-1). © Sylvain Frappat

« Ces Jeux ont indéniablement déclenché quelque chose », conclut Jimmy Biguet, qui endossera d’ailleurs rapidement le costume d’entraîneur auprès de ces générations olympiques. « Pour Grenoble bien sûr, où ils ont drainé énormément de nouvelles personnes, spectateurs ou pratiquants, mais aussi partout en France. On a alors vu fleurir de nombreuses patinoires dans le pays. C’est sans doute l’étape la plus importante pour le développement du hockey sur glace dans notre pays. »

 

Et un événement qui a contribué, un peu plus, à ancrer les « BDL » dans l’ADN de notre ville. Des Brûleurs de Loups qui, dans les années suivantes, nourris par cette génération née lors d’un hiver olympique, retrouveront l’élite, jusqu’à décrocher un premier titre national, en 1981, et devenir l’une des places fortes du hockey sur glace hexagonal. Mais ceci est une autre histoire…

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