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Jimmy Biguet et les « derniers Jeux romantiques »

Après avoir activement participé à la création du club de hockey sur glace de Grenoble, Jimmy Biguet a été un témoin privilégié des Jeux Olympiques de 1968, durant lesquels il a été directeur de la patinoire Clémenceau pour le COJO.

© Brûleurs de loups

« Un poste qui m’a permis d’assister de près à la compétition de hockey, bien sûr mais qui m’a également ouvert tous les autres sites des JO. »

Si Grenoble a été précurseur dans un grand nombre de domaines, le hockeyeur voit également dans ces Jeux la fin d’une époque. « Ce que je retiens avant tout c’est l’ambiance, les gueuletons au restaurant des journalistes, l’accessibilité des compétiteurs… On ne sentait pas de pression des résultats, ou des sponsors ; tout le monde était avant tout là pour le plaisir d’être là. A mes yeux c’est un peu les derniers Jeux Olympiques « romantiques » avant une ère moderne où l’argent a pris le pas sur le reste. »

Le contexte politique est pourtant tendu – quelques semaines auparavant a débuté le printemps de Prague – et la compétition de hockey sur glace voit justement s’affronter l’URSS et la Tchécoslovaquie, les deux meilleures nations de l’époque avec le Canada (les trois pays formeront d’ailleurs, dans cet ordre là, le podium).

« Je n’ai peut être jamais vu autant d’intensité sur la glace lors du match entre les deux pays », se souvient Jim. « C’était vraiment musclé. Les Tchécoslovaques (qui s’imposeront d’ailleurs 5-4 face aux Soviétiques, ndlr) m’ont incroyablement marqué ce jour-là. Ce n’était pas les meilleurs hockeyeurs sur la glace mais on sentait toute leur fierté d’animal blessé, de l’hymne national aux impacts. Cela dépassait très largement le cadre sportif. Pour l’anecdote, un des joueurs de leur équipe, Josef Horesovsky, a gardé de tels bons souvenirs de ce tournoi qu’il est venu entraîner Grenoble quelques années plus tard. »

Une fois le match fini, crosses et animosité restent en revanche aux vestiaires. « Je tenais le bar réservé aux dirigeants et aux équipes. Là, la convivialité reprenait ses droits. Il faut dire que les dirigeants des différentes équipes « biberonnaient » pas mal (rires) et cela détendait vraiment l’atmosphère. »

Et l’équipe de France dans tout ça ?! Peut-être l’occasion d’avoir une petite pointe de chauvinisme, d’autant que la sélection tricolore est entraînée par le « local » Pete Laliberté ? Perdu, c’est au contraire un des moins bons souvenirs du hockeyeur et l’occasion d’un petit coup de gueule. Si sportivement les Français terminent bons derniers, c’est davantage l’influence « politique » qui agace Biguet.

« Pour re-situer le contexte, la France est sportivement très loin des autres nations. Politiquement, on est en revanche dans une situation où la « grandeur » du pays est importante en terme d’image transmise. Le président de la Fédération, le colonel Crespin, décide donc d’envoyer uniquement des jeunes joueurs, sous prétexte de préparer l’avenir, mais surtout pour avoir une excuse toute faite pour expliquer les mauvais résultats. C’est donc toute une génération de joueurs qui a été sacrifiée. Des mecs qui avaient tout donné pour leur discipline, qui n’ont donc pas pu participer à « leurs » Jeux Olympiques, disputés à la maison. »

Ce qui n’empêchera d’ailleurs pas le hockey sur glace français de connaître un gros boom après 1968. L’équipe de France attendra en revanche quelques décennies avant de briller sur la scène internationale. La discipline restera, pour sa part, le théâtre d’affrontements mythiques, « miraculeux » et parfois politisés…

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