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Des associations attentives à la condition des Roms

Dans l’agglomération grenobloise, l’association Roms Action a identifié environ 800 personnes Roms accompagnées (1), dont plus de la moitié vivent dans des campements de fortune, réparties sur une vingtaine de lieux de vie. Comment les institutions et les acteurs locaux interviennent-ils auprès de ce public ?

© Roms Action

Après-midi sportif avec de jeunes filles Roms, proposé par l’association Big Bang Ballers © Roms Action

 

Le constat fait par Roms Action ne fait aucun doute : une grande partie de la population Roms grenobloise est dans le besoin d’une solution d’hébergement d’urgence. Et bien que cela soit du ressort de l’Etat (2), la Ville de Grenoble est la première concernée par l’interpellation des habitants et les colères sociales des associations qui dénoncent la détresse et la misère de ces personnes.

Des mesures « bénéfiques » mais limitées

Certains acteurs institutionnels et associatifs mettent en place des moyens pour améliorer les conditions de vie des Roms. Par exemple, la Maîtrise d’Oeuvre Urbaine et Sociale (MOUS) permet à 45 personnes de bénéficier d’un dispositif d’insertion par l’emploi et l’hébergement. Il est le fruit d’un partenariat entre La Métro, la Ville de Grenoble, le Département Roms Action et le Secours Catholique, depuis 2013.

Dans le secteur du Rondeau, la municipalité a aménagé un village d’insertion sur un terrain lui appartenant, à destination de familles Roms. Elle a également signé une convention avec le CCAS, visant à leur attribuer les logements non occupés de jeunes instituteurs.
Des actions « bénéfiques », mais qui, selon Patrick Baguet, co-président de l’Association Roms Action, « n’ont pas la capacité d’apporter une solution pour tous. »

Un soutien et une médiation des associations

img_4800 Parmi les associations qui oeuvrent aux côtés des Roms au quotidien, Roms Action va à leur rencontre, les oriente et les accompagne dans leurs démarches. Ses membres alertent sur les conditions d’hébergement précaires, engendrant des problèmes de santé, une difficulté de maintenir la scolarité des enfants et de trouver un emploi pour les adultes.

« Ces personnes aimeraient travailler, mais même si elles en ont les capacités, la maîtrise de la langue, la correspondance de leur diplômes avec le système français, ainsi que les conditions d’hygiène sont bloquants », témoigne Simina Balan, médiatrice sanitaire. Pour autant, Serge Guerin, bénévole, souligne « quelques petits succès », telle que l’obtention d’un CAP par deux jeunes Roms, l’an dernier.

 

(1) Nombre pouvant varier en fonction des déplacements de la population.
(2) La circulaire du gouvernement Valls du 26 aout 2012 impose aux préfets la recherche de solutions alternatives et d’accompagnement des personnes, lors de l’évacuation d’un campement illicite, à l’appui d’un diagnostic préalable.

informationRenseignements divers
courrielhttp://www.romsaction.org
téléphone 04 76 43 47 56

Patrick Baguet

Interview

Interview de Patrick Baguet, co-président de l’Association Roms Action, qui intervient auprès des familles Roms ressortissantes de l’Union européenne dans l’agglomération grenobloise.

Pouvez-vous nous parler de la population Roms ?

Historiquement, les Roms sont originaires d’Inde. Ils sont actuellement 11 millions dispersés en Europe. La Turquie en accueille 3 millions. En France, ils sont entre 15 000 et 20 000. C’est une population victime de ségrégation et de discrimination depuis des siècles. De fait, elle a un faible taux de scolarisation et connait une grande précarité.

Quelle est leur principale difficulté ?

Leur intégration. Pour cela, nous pensons qu’il y a deux piliers : l’hébergement et l’insertion professionnelle. Au sujet de l’hébergement, certaines familles sont là depuis plus de 10 ans et sont toujours dans des campements…

Mais pour que les gens puissent s’intégrer, il y a besoin d’une hygiène et d’une domiciliation… Concernant l’emploi, dans un contexte de marché de travail difficile, leur insertion l’est tout autant. Viennent ensuite les problèmes de santé et de scolarisation. Beaucoup de bénévoles de notre association vont rencontrer les familles sur les campements, pour voir combien il y a d’enfants. Ils prennent ensuite contact avec la commune, puis font le lien entre les familles et l’école pour l’inscription et la logistique.

L’an dernier, tous les enfants qui pouvaient être scolarisés l’ont été. Mais le suivi de la scolarité peut être interrompu, notamment lorsque la famille de l’élève se fait expulser de son terrain, et qu’elle est relogée loin de l’école, et cela parfois plusieurs fois par an.

Comment sont suivies ces familles au quotidien ?

C’est toute la difficulté. Il y a deux types de personnes. Celles qui rentrent dans un des dispositifs d’insertion et qui ont un logement stable, et de fait, une domiciliation, une aide médicale, etc. La scolarisation des enfants et l’insertion professionnelle des adultes sont alors envisageables.

C’est ce qui a été mis en place par exemple avec le dispositif MOUS (Maîtrise d’œuvre urbaine et sociale). C’est l’idéal mais cela ne concerne que 15 familles. Puis, il y a les personnes qui sont dans les bidonvilles et les squats, soit approximativement 450 personnes sur l’agglomération grenobloise.

Je constate que les conditions sont de plus en plus dures, que les endroits accessibles le sont de moins en moins, les conditions d’hygiène et de sécurité sont plus difficiles également, puisque les squats sont en surpopulation…

Quelles sont vos missions au sein de l’association Roms Action ?

Nous intervenons sur la parentalité, la scolarisation des enfants, la médiation sanitaire et l’insertion professionnelle. Nous les aidons dans leurs démarches. C’est un accompagnement global. Soit on reste sur les campements et on les oriente, soit ils viennent à la permanence de notre association.

Nous donnons également des cours de français, que nous considérons indispensables pour l’intégration. Aussi, le travail partenarial est important. En ce qui concerne le soin et la santé, nous travaillons avec Médecins du monde, le planning familial, la permanence d’accès aux soins du CHU, le Centre de santé et le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de Grenoble en particulier.

Selon vous, quel est le combat principal qu’il convient de mener ?

Le combat pour la non-discrimination. Plus on discrimine les Roms, plus ils sont discriminés et marginalisés, et plus ils ont les comportements qu’on les accuse d’avoir. La situation dans laquelle on les maintient accentue ce phénomène, étant donné les difficultés qu’ils ont pour travailler.

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