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Les femmes et la Commune

À l’occasion des 150 ans de la Commune, Gre.mag se penche sur le statut des femmes, leur rôle et leurs droits durant cette période insurrectionnelle de l’Histoire de France. Entretien avec Mathilde Larrère, historienne des révolutions et de la citoyenneté, enseignante-chercheuse à l’UPEM.

©Julien Milet

Quel est le statut des femmes à l’époque de la Commune ?

Leur statut légal est terrible. La Révolution française leur avait donné une capacité juridique égale à l’homme, avec la reconnaissance de l’égalité dans le couple et la famille : égalité face au mariage et au divorce, égalité dans les successions.

Le Code civil napoléonien annule à peu près tout cela : la femme mariée est en incapacité civile et n’a pas plus de droits qu’un enfant mineur. Elle doit obéissance à son mari et ne peut rien faire sans son accord, ni travailler, ni se former, ni toucher un salaire, ni se syndiquer… Et n’a évidemment pas le droit de vote. Le salaire des femmes est près de deux fois inférieur à celui des hommes.

N’ont-elles pas obtenu quelques droits au moment de la Commune ?

Peu de choses, ce qui a été une déception. Elles ont gagné un droit à l’instruction et peuvent aller à l’école primaire mais tous les parents n’y envoient pas leurs filles. La Commune est le lieu et le temps d’une prise de conscience qui laissera des traces durables.

Quel a été le rôle des femmes dans la Commune ?

Elles ont été actrices, au même titre que les hommes, mais la Commune ne leur a pas permis d’entrer dans les lieux de pouvoir. Elles ont été exclues des votes et des assemblées où se prenaient des décisions, donc c’est dans la rue, les clubs, les journaux, les cafés et les lavoirs qu’elles ont pu s’exprimer. Elles sont en général cantonnées à des tâches genrées. Elles sont souvent ambulancières, vivandières (chargées du ravitaillement) plutôt qu’avec les armes à la main, à part quelques rares femmes comme Louise Michel ou Nathalie Le Mel.

Elles s’organisent en clubs ou en associations, pour faire reconnaître les droits liés au travail, pour la reconnaissance des savoir-faire des travaux « féminins » et un salaire en fonction des compétences. Elles imaginent aussi la possibilité de faire des crèches pour que les travailleuses puissent mieux concilier leur maternité et le travail, et réfléchissent également à un enseignement professionnel, alors quasi inexistant, pour les filles…

Quel effet la Commune va-t-elle avoir sur les droits des femmes ?

La Commune n’en entend qu’une partie. Elle ne leur accorde pas le droit de vote (il faudra attendre 1944). Elle accorde la pension de garde national aux veuves, mariées ou non. Et la Commune reconnaît le statut des orphelins issus de ces unions. Elle accorde l’égalité de salaire pour les instituteurs et les institutrices.

La prostitution, dénoncée par les femmes, est abolie. Mais ces mesures sont en deçà de ce que pouvaient espérer les femmes. André Léo l’exprime ainsi dans son journal La Sociale mi-mai 1871 :

Cela fait un siècle que vous essayez de faire la révolution sans les femmes, mais vous n’y arrivez pas ; vous n’avez renversé les rois que pour vous mettre à leur tête, il vous faut des sujets, or ce sont des sujettes, et c’est nous !

La Commune déçoit les femmes mais c’est malgré tout un moment où, dans ce siècle, on a un peu plus pris en considération les revendications qu’elles portaient.

Quelles répercussions la Commune a-t-elle eues sur les droits des femmes par la suite ?

Il y aura un retour à l’ordre moral après la Commune, pour les hommes comme pour les femmes, mais ces dernières en font davantage les frais. Cependant, la Commune a été l’espace qui a permis aux femmes de s’organiser et de prendre conscience de leurs droits.

Elle a laissé des traces qu’on a retrouvées plus tard avec l’évolution de la société. C’est vrai de tous les mouvements sociaux, qui sont aussi des fêtes et des mouvements heureux avant d’être réprimés parfois tragiquement.

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