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Capitale verte de l'Europe

Habiter la ville : quelles perspectives pour demain ?

La neutralité carbone en 2050 : tel est le challenge des actrices et des acteurs qui fabriquent et vivent la ville. Avec les crises écologiques et sanitaires, un changement de prisme s’est opéré ces dernières années sur nos manières de penser nos espaces privés et publics. Il s’agit de diminuer notre impact énergétique, sans oublier la justice sociale et le bien-être en ville. Comment notre territoire peut-il répondre à cet enjeu à l’échelle locale, tout en pensant global ? La Ville de Grenoble ouvre des pistes tout ce mois de décembre, qui clôt l’année Capitale verte de l’Europe.

Urbanisme

Santé et hospitalité

Au cœur des Alpes, Grenoble s’est dessinée au fil des siècles par l’activité humaine, épousant les abords du Drac et de l’Isère. Du premier bourg cerné de remparts jusqu’à la ville que nous connaissons aujourd’hui, l’espace urbain n’a de cesse d’évoluer.

©Auriane Poillet

Chaque époque impacte le développement de la ville par ses caractéristiques et ses évènements propres : phase industrielle, Trente glorieuses, Jeux Olympiques de 1968, périodes de piétonnisation… À l’échelle du logement, du quartier comme de la ville et de la métropole, les lignes bougent avec comme marqueur de notre temps les crises économique et climatique.

Dans ce contexte, quels caps voulons-nous prendre aujourd’hui pour la ville qui naîtra demain ?

«L’urgence n’est plus à la dernière construction à la mode, aux gratte-ciel ou aux extensions de zones pavillonnaires sur des champs. L’urgence c’est la neutralité carbone en 2050, c’est de l’emploi local, ce sont des matériaux naturels», énonçait Éric Piolle lors de l’Université d’été des urbanistes en août dernier sur le campus universitaire de Saint-Martin-d’Hères.

Dans cette perspective, la Ville de Grenoble prend deux orientations majeures : un urbanisme favorable à la santé et une ville hospitalière.

Une ville accueillante et hospitalière

Si l’urgence climatique est mondiale, Grenoble détient une particularité.

Nos montagnes sont les premiers témoins du réchauffement climatique. Dans les Alpes, au cours du XXe siècle, les températures annuelles ont augmenté de 2 °C, contre 1,4 °C en moyenne en France.

Margot Belair, adjointe à l’urbanisme et au patrimoine, renchérit : «Le rapport du GIEC estime à 43 le nombre de jours de canicule en 2050 à Grenoble. Comment fait-on pour bien vivre en ville, avec un service public, et surtout où il sera encore agréable de vivre demain ? Garder nos villes vivables est un enjeu pour qu’entre autres, les gens ne désertent pas les villes. Nous nous attachons à anticiper les crises de l’énergie, de la santé, de la chaleur et de la sécheresse.»

©Thierry Chenu

Les activités humaines et nos modes de vie étant en partie responsables du réchauffement de l’atmosphère et du changement climatique, voilà pourquoi «habiter autrement» est une des priorités, autant dans la conception des bâtiments et des espaces publics, que dans les usages et dans nos comportements.

Pour un urbanisme favorable à la santé

Depuis le début du mandat, la Ville de Grenoble a associé les thématiques urbanisme et santé. Ce rapprochement n’est pas spécifique à Grenoble puisqu’en 2014, le Ministère des Affaires sociales et de la Santé éditait le guide «Agir pour un urbanisme favorable à la santé».

Il est le fruit d’un travail d’expertise et de recherche de la Direction Générale de la Santé, réalisé par l’École des Hautes Études en Santé Publique, à l’appui également de travaux de l’OMS.

Margot Belair, adjointe à l’urbanisme et au patrimoine, explique l’appropriation en cours de cette ambition pour Grenoble :

La question de la santé est très transversale. L’idée est de prendre en compte tous les déterminants de santé dans les projets urbains, sachant que 50% des déterminants de santé sont liés aux modes de vie. Cela nous incite à regarder un projet par le prisme de quatre catégories : les modes de vie (alimentation, sports et culture, déplacements), les offres socio-sanitaires (offre de soins de proximité et accueil des personnes fragilisées), la santé environnementale (ambiance, nature, qualité de l’air, climat) et la santé habitée (qualité des bâtiments, mixité, espaces publics).

Cet objectif se décline actuellement sur deux opérations pilotes à Grenoble, dans les quartiers Flaubert et Cambridge. Celles-ci infuseront sur les autres programmes à venir.

Zoom sur trois projets urbains

La Villeneuve : réhabilitation à l'oeuvre

Quartier construit dans les années 1970, La Villeneuve fait l’objet d’un programme de rénovation urbaine d’ampleur depuis 2008, porté par la Ville de Grenoble et la Métropole.

©Thierry Chenu

Une campagne de réhabilitation des bâtiments est en cours sur le secteur de l’Arlequin, avec l’objectif d’une mise aux normes environnementales de l’ensemble du patrimoine et d’un meilleur confort pour les habitant-es, d’ici 2023.

Cinq ensembles sont rénovés ou en passe de l’être, soit au total 586 logements (à la fois privés et sociaux). Les principes clés : une isolation thermique par l’extérieur, ainsi qu’une restructuration de la sécurité incendie et des parties communes.

Balade et baignade dans le parc Jean-Verlhac

Le parc Jean-Verlhac, conçu par le paysagiste Michel Corajoud, fait l’objet d’un réaménagement paysager. Le principe est que cet espace vert de 14 hectares soit plus ouvert sur le quartier et sur la ville, avec notamment la «porte d’entrée» du quartier La Bruyère.

Tout en conservant le dessin original du parc, le projet vise à clarifier les parcours, améliorer l’éclairage public et étudier la possibilité de réglementer la baignade dans le lac.

Pour ce dernier, l’étude porte sur la gestion durable de l’eau : sa qualité, son utilisation pour la baignade et puis sa réutilisation pour l’arrosage du parc.

Flaubert : la santé au coeur de l’aménagement urbain

Au centre géographique de Grenoble, ce projet d’écoquartier favorable à la santé et au bien-être est en pleine éclosion. De nouveaux bâtiments sortent de terre au fil des mois, avec comme «colonne vertébrale» le parc Flaubert.

Inauguré en 2014, cet espace vert joignant les rues Stalingrad et Marcellin-Berthelot en a été le premier jalon. D’ici 2023, il s’étirera pour rejoindre le pied des immeubles, notamment grâce la piétonnisation de la rue Gustave-Flaubert.

Une manière d’étoffer la canopée du quartier (son recouvrement par les arbres) et de rendre le sol plus perméable à l’eau, pour rafraîchir l’atmosphère en été.

L’aménageur du site pour le compte de la Ville de Grenoble, la SAGES, prend en compte un panel de déterminants de santé. Un des aspects innovants est la forte proportion de matériaux bio-sourcés dans les bâtiments (bois, terre et paille), privilégiant un approvisionnement local.

Urbanisme transitoire

La réhabilitation des anciens locaux de l’Institut National Supérieur de Professorat et de l’Éducation, en cours de rachat par la Ville, va ajouter une nouvelle «pièce» à Flaubert (environ 400 logements).

Dans l’attente du démarrage des travaux, la Ville souhaite «activer» le site avec une occupation temporaire des locaux par des porteurs de projet en lien avec des enjeux favorables à la santé. À suivre…

Interview

«Les fortes chaleurs vont modifier nos rythmes de vie»

Xavier Foissard, géographe-climatologue, spécialiste du climat aux échelles fines

©Xavier Foissard

Qu’appelle-t-on «îlot de chaleur urbain» (ICU) ?

L’îlot de chaleur urbain est un phénomène climatique à l’échelle locale. Il correspond à l’écart de température de l’air entre la ville et la campagne avoisinante ; une diminution plus lente de la température en ville par rapport à la campagne.

La journée, on a un stockage de l’énergie reçu par le rayonnement solaire et le type des matériaux, sur les bâtiments et les façades exposés. C’est un phénomène exclusivement nocturne qui apparaît dès le coucher du soleil et disparaît avec l’ensoleillement matinal. L’ICU est favorisé dans les hypercentres, par un ciel clair et dégagé, et un vent faible.

Quelles problématiques pose l’ICU ?

Les températures plus élevées en ville exercent une influence sur la santé des citadins avec notamment une surmortalité lors des épisodes caniculaires intenses.

Cela se traduit plus généralement par de l’inconfort, tel que des insomnies selon les personnes. Lors des vagues de chaleur, l’ICU maintient des températures nocturnes élevées sur la durée, nuit après nuit.

La phase de récupération des habitant-es et de la marge de manœuvre pour se rafraîchir diminuent. D’autres problématiques surviennent avec l’exposition prolongée à des températures élevées, telle que l’augmentation des consommations d’énergie ou l’usage intensif de la climatisation.

Y a-t-il une particularité de l’îlot de chaleur urbain grenoblois ?

Dans le cadre de l’étude que j’ai menée avec la Ville de Grenoble, un réseau d’observation à l’échelle locale a été mis en place depuis 2020, avec 30 capteurs pour observer les gradients de températures, complétés par 3 stations météorologiques.

À l’issue de cette campagne de mesures, il apparaît qu’à Grenoble, l’été, les ICU sont quasiment présents une nuit sur deux, avec +4,5 °C en moyenne dans le centre-ville par rapport à la campagne. En 2020, l’écart maximal atteint était de +6,2 °C.

Autre spécificité grenobloise : des phénomènes de brises de montagne ont pour effet d’étendre l’ICU à d’autres quartiers en périphérie du centre-ville.

Est-ce que des solutions se dégagent ?

Dans un projet d’aménagement, l’important est d’éviter l’effet canyon et la densité des bâtiments. Cependant, les quartiers étant le plus souvent déjà bâtis, la végétation est l’élément le plus envisagé.

En plus de l’ombre qu’ils apportent la journée, les arbres atténuent l’ICU la nuit grâce au phénomène d’évapotranspiration et ce phénomène sera d’autant plus efficace avec des sols qualitatifs de pleine terre.

Et en tant qu’habitant-e, que peut-on faire ?

Lors des fortes chaleurs, fermer son habitat comme si on se protégeait du froid l’hiver. Les heures les plus chaudes sont vers 16-18h. À ces heures-là, il ne faut pas tenter d’aérer, même si le soleil a commencé à décliner. Il vaut mieux attendre tôt le matin pour ouvrir.

Peut-être doit-on modifier notre rythme de vie ? Se lever aux heures les plus fraîches, vers 4h ou 5h, et dormir les après-midis ? C’est l’une des questions de l’adaptation : la modification de nos rythmes de vie.

Capitale verte de l'Europe

Une cérémonie de clôture aux allures de tremplin

Si l’année Grenoble Capitale verte de l’Europe 2022 s’achève, elle est un tremplin pour l’avenir.

©Elsa PICHOU

Elle a donné lieu à la mobilisation de très nombreux acteurs du territoire, des rencontres locales et européennes, une foule d’évènements pour toutes et tous, une douzaine de thèmes comme autant d’enjeux à saisir, de réflexions et de défis…

Le dernier mois de l’année sera dédié à la thématique «Habiter la ville demain», l’occasion de se projeter vers 2030. Il sera aussi question de faire une rétrospective de l’année écoulée, et de remercier toutes les parties prenantes engagées tout au long de ces douze mois intenses.

L’évènement de clôture qui nous rassemblera durant le week-end du 10 décembre, loin d’être une fin en soi, a vocation à impulser une nouvelle dynamique pour relever ce défi de transformer le territoire, dès aujourd’hui.

Cette fête annonce un nouveau début : continuons tous ensemble à penser, à rêver et à agir !

Soyez acteurs du spectacle de Transe Express !

Venez participer à Mù, spectacle participatif ouvert aux habitant-es avec la Cie Transe Express.

Nous recherchons :

  • 5 percussionnistes
  • 14 manipulateurs-porteurs d’objets géants.

Disponibilité requise :

  • jeudi 8 décembre de 18h à 21h : formation et essayage des costumes
  • vendredi 9 décembre de 18h à 23h : répétition générale
  • samedi 10 décembre de 17h à 21h : spectacle

Inscriptions : ceremoniesofficielles.capitaleverte@grenoble.fr – 04 76 00 76 62

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